Auxiliaires et auxiliation
Plan de l’article :
I. Définition générale
Quels sont les auxiliaires du français ?
En français, comme dans d’autres langues du monde, le noyau verbal peut se présenter soit sous une forme simple (1a), soit sous une forme composée (1b, 1c, 1d) mettant à profit une forme non-personnelle du verbe, participes ou infinitif, qui suit une forme personnelle. Comme ces dernières viennent « aider » la conjugaison du verbe, en lui apportant différents types d’instructions sémantiques, temporelles, aspectuelles ou modales, on les appelle naturellement des auxiliaires et le mécanisme général qui les réunit, l’auxiliation.
(1a) Je chante.
(1b) J’ai chanté.
(1c) Je vais chantant.
(1d) Je vais chanter.
Les auxiliaires permettent ainsi de créer des formes analytiques du verbe, qui s’opposent donc aux formes synthétiques ou « simples ». Comme les exemples précédents le montrent, il existe différents types d’auxiliaires mais nous pouvons les réunir sous une même grande famille, comme ils partagent plusieurs propriétés syntaxiques et sémantiques :
En revanche, on peut identifier deux grandes sous-familles d’auxiliaire : (i) les auxiliaires à proprement parler, être et avoir, qui construisent avec le participe subséquent une forme composée généralement substituable par un équivalent simple. Ils sont pleinement grammaticalisés dans le système de la conjugaison, et ne peuvent être substitués par un synonymes. (ii) Les semi-auxiliaires, qui ne sont pas pleinement grammaticalisés pour la plupart, et qui apportent généralement des instructions modales ou aspectuelles, et non pas toujours temporelles. Nous les évoquerons successivement dans cet article.
II. Être et avoir
Ces auxiliaires sont pleinement intégrés dans notre système grammatical, et ils sont toujours suivis d’un participe passé. Par excellence, l’auxiliaire permettant de construire les temps composés de notre système (passé composé, passé antérieur etc.) est l’auxiliaire avoir. Les formes ainsi construites alternent avec des formes simples.
(2a) J’ai mangé.
(2b) Je mangeai.
L’auxiliaire être, quant à lui, est employé soit dans le cadre de la diathèse passive (La souris est mangée par le chat), soit dans les formes composées de verbes traduisant un changement ontologique (mourir, naître) ou spatial (tomber, aller etc.). On rappellera que les formes composées codent, en français, en plus d’une temporalité passée l’aspect accompli. Ce codage aspectuel a pu, dans des états anciens de la langue, et peut, dans la langue populaire contemporaine encore parfois, permettre d’opposer les auxiliaires selon le caractère duratif ou non de l’action :
(3a) Je suis descendu (aspect accompli et duratif, « long » ; je suis descendu, et je suis resté en bas)
(3b) J’ai descendu dans mon jardin (« Gentil coquelicot », aspect accompli « court » : je suis descendu, puis je suis remonté)
Les auxiliaires peut être eux-mêmes auxiliés pour former des temps dits « surcomposés », qui apportent des informations temporelles ou aspectuelles complémentaires. Ces temps surcomposés sont perçus aujourd’hui comme relevant d’un registre archaïsant, mais on peut encore les entendre dans certaines variétés contemporaines.
(4) J’ai eu chanté (sous-entendu : « il y a longtemps, mais je ne chante plus maintenant »)
III. Semi-auxiliaires
Au regard d’être et avoir, les semi-auxiliaires ne sont pas suivis d’un participe passé et ils gardent encore une partie de leur sémantisme original. Leur interprétation, cependant, les conduit à faire bloc avec la forme non-personnelle qui les suit directement, en formant une périphrase verbale qui peut, dans certains cas, être substituée par une forme simple plus ou moins équivalente (je vais manger <=> je mangerai), mais pas systématiquement (je veux manger). On peut les distinguer également selon le type d’informations sémantiques qu’ils apportent au prédicat.
III.1. Semi-auxiliaires aspecto-temporels
Ces semi-auxiliaires apportent des informations relevant de l’aspect ou du temps, à l’instar d’aller ou de venir, qui codent respectivement le futur proche et le passé proche.
(5a) Je vais manger.
(5b) Je viens de manger.
On notera que le sens directionnel ou spatial, pour aller, est parfois difficile à distinguer du sens aspectuel, « grammaticalisé », comme le second vient historiquement du premier : il suffit effectivement de rajouter un complément locatif pour totalement basculer dans l’interprétation (je vais manger dans la cuisine / je vais dans la cuisine manger). En revanche, ces deux sens se sont grammaticalisés différemment pour venir, en opposant le semi-auxiliaire venir de et le verbe support sans préposition (je viens manger [chez toi]).
III.2. Semi-auxiliaires modaux
Les semi-auxiliaires vouloir, devoir et pouvoir codent des relations modales, c’est-à-dire en relation avec l’univers de vérité du locuteur ou de la locutrice, ou encore la potentialité de réalisation de son action. Ils peuvent être, là encore, assez proches de verbes support ou à sens plein, mais on notera encore une fois deux éléments susceptibles d’orienter l’analyse :
- D’une part, leur sens dévié au regard d’une lecture littérale ou synthétique : je peux nager la brasse signifie davantage je sais nager la brasse, et non j’ai l’autorisation de nager la brasse. Ce deuxième sens est réactivable, là encore, avec un complément idoine (je peux nager la brasse grâce à mon permis de maître brasseur)
- D’autre part, comme ces semi-auxiliaires apportent des instructions modales, les formes verbales peuvent être remplacés par un tour impersonnel traduisant le même effet : je dois partir est sémantiquement équivalent à il faut partir ou il faut que je parte, ou encore à partez ! à l’impératif.
III.3. Semi-auxiliaire actantiel
Signalons enfin le cas particulier du semi-auxiliaire faire, qui permet de changer la structure d’actance du verbe en permettant de rajouter un complément au prédicat. Ainsi, dans l’exemple (6) :
(6) Je fais manger de la compote à la petite.
Le verbe manger qui ne peut d’ordinaire recevoir, en plus de son sujet, qu’un complément d’objet direct (« La petite mange de la compote »), reçoit ici un troisième actant grâce au verbe faire, ici désigné par je, et qui renvoie au commanditaire ou à la source de l’action (« La petite mange de la compote grâce / à cause de moi »). On remarquera ici que le semi-auxiliaire peut être substitué par un verbe d’obligation (J’oblige la petite à manger de la compote), mais ce n’est pas toujours le cas (7).
(7) Je fais traduire ce livre du latin au français par un spécialiste.
IV. Conclusions et bibliographie
La question de l’auxiliaire et de l’auxiliaire soulève des questions relevant de deux grandes problématiques, passées en revue dans ce billet : d’une part, la question de son origine et de sa grammaticalisation, notamment et pour le français, au regard du latin classique qui préférait les formes synthétiques même si on trouvait déjà des formes composées ; d’autre part, la question de son interprétation sémantique, et des valeurs temporelles, aspectuelles ou modales qu’il code. Pour commencer votre parcours, vous pouvez consulter ce numéro de la revue Langages de 1999, consacré exclusivement à la question de l’auxiliaire, ainsi que ce numéro de Langue française de 2022, qui étend la question aux périphrases verbales.
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