Face au genre inhumain

On entend répéter qu’il faut « faire confiance », s’abandonner, lâcher prise. La confiance est même le maître mot de la démarche religieuse, synonyme de foi en Dieu, en sa miséricorde et sa providence.

Autant le « lâcher-prise » m’insupporte – et je lui tords le cou –, autant la confiance me questionne. À vrai dire, je ne la conçois pas sans alliance avec le discernement.

C’est toujours le même refrain : les chrétiens répètent que Dieu est Amour et ils omettent le fait que Dieu est également Justice. Ou encore on parle du chevalier médiéval comme d’un homme vaillant qui défend le pauvre, la veuve et l’orphelin, mais on oublie de dire qu’il est tout autant celui qui fait justice, qui redresse les torts et pourfend méchants et félons.

La juste attitude est bien celle d’une confiance où ne sombre pas le discernement, d’un abandon qui n’est pas faiblesse et lâcheté, d’une foi qui n’est pas facilité mais quête ardente et périlleuse de la Vérité.

L’attitude du chat est pleine d’enseignement. Même s’il vit dans la compagnie humaine et semble apprivoisé, il demeure un petit félin : toujours sur ses gardes, il ne dort que d’un œil, bondit sur ses pattes au moindre bruit inquiétant, sort ses griffes, tout en acceptant par ailleurs des caresses et s’y abandonnant. Un chat est toujours vigilant, prêt à se défendre ou se sauver. Loin de se méfier de tout, il rappelle aux hommes qui apprécient sa présence que la confiance n’est pas une abdication, une torpeur, qu’elle est toujours soumise à caution et précaution.

Au fond, ceux qui ne cessent d’invoquer la confiance – les politiciens, les gurus, les thérapeutes et autres bonnes âmes – y trouvent leur intérêt : ils encouragent une mentalité passive, une conscience endormie, une attitude obéissante, voire résignée. « Faites-moi confiance », disent-ils. À ces mots, un individu sain d’esprit devrait fuir immédiatement. Parce que c’est la porte ouverte à la tromperie et à la soumission.

Je ne suis pas sûre du tout que la confiance soit la qualité première requise par et pour le combat spirituel. La force, oui, la justice, bien sûr, et tout ce qui va de pair, le courage, la hardiesse, le défi, la persévérance…

Lorsqu’un chevalier engage un combat ou doit repousser des assaillants, il ne pense pas en premier à la confiance (confiance en soi, en ses ressources, confiance en Dieu qui mène à bien la bataille, en la Justice finale), et, bien sûr, il n’imagine nullement s’abandonner ni lâcher prise. Il se bat au nom de la justice, de la beauté, de l’amour, il se bat pour l’honneur, pour la fierté d’être une âme libre, à jamais insoumise. La valeur du combat tient en cet engagement. Entrer dans l’arène, monter au créneau, prendre les armes, se présenter face à l’adversaire… autant d’expressions qui désignent une âme héroïque.

Ces chevaliers ne triomphent pas nécessairement, ils ne viennent pas à bout de tous leurs ennemis, ils se retrouvent blessés, ils sont trahis, moqués aussi, mais ils ne renoncent pas, ils se relèvent et persistent jusqu’au trépas. Nulle trace de confiance béate ou d’abandon. Nulle vanité personnelle non plus. D’une âme libre, d’une âme noble, on peut dire seulement : en ce monde elle a bien combattu.

Parce qu’une grande âme ne peut rien faire d’autre en ce monde mensonger et factice, promis à la mort, voué aux multiples séductions démoniaques. Elle ne peut ni se taire ni adhérer. Ni se réfugier au fond d’un ermitage ni se contenter de faire du bien à autrui. Elle n’a en ce monde aucun lieu où se reposer parce qu’elle n’est pas de ce monde, parce qu’en celui-ci elle ne se fie pas, elle ne se fixe pas. Son seul destin est de combattre, de témoigner sans relâche du Royaume de lumière, de repousser ou abattre les puissances ténébreuses – et d’abord les démasquer. Elle se doit donc d’être aux aguets, sur ses gardes, tel un félin. La confiance suave ici n’est pas de mise puisque l’issue du combat métaphysique est incertaine. Ce n’est pas, comme le disent benoîtement les religieux, le Bien (alias l’amour, le pardon, la miséricorde) qui triomphera et sauvera tous les humains indistinctement. Non, l’issue finale n’est pas assurée, et peut-être que le combat continuera éternellement (quelle vision éreintante !) dans les cieux et en d’autres mondes.

Dans cette perspective, l’humour est requis ainsi qu’une légèreté certaine : ils s’avèrent bien plus précieux qu’une confiance naïve. Le guerrier spirituel n’a rien d’un Goliath, il est souple et non pas monolithique, bardé de certitudes et de technologies. Il doit aller au combat avec ardeur et finesse, de tout son être, mais sans jamais se prendre pour un héros ni pour le sauveur du monde. Au fond, c’est sa nature, il est fait pour cela : moins pour terrasser dragons et ennemis que pour rappeler à ses pleutres contemporains qu’une âme digne de ce nom n’est jamais assagie et qu’elle veille toujours.

Jacqueline Kelen dans Impatience de l’Absolu: Face au genre inhumain

Une pièce musicale de Schubert : Le trio n°2, op. 100 Renaud Capuçon, Gautier Capuçon et Frank Braley

https://www.youtube.com/watch?v=3kuFzjkUcLw&list=RD3kuFzjkUcLw&start_radio=1

#amour #attitude #chrétiens #compagnieHumaine #confiance #courage #défi #Dieu #discernement #enseignement #foi #hardiesse #humour #JacquelineKelen #justice #lâcherPrise #lâcheté #légèreté #miséricorde #nature #persévérance #providence #quête #sAbandonner

OISEAUX DES ILES… (Ruben Dario)

OISEAUX DES ILES... (Pájaros de las islas...) Oiseaux des îles, en votre affluence il y a une volonté, il y a un art secret, une divine science, grâce d'éternité. Vos évolutions d'élégance expressive, signes sur l'azur, épandent rêve à l'Orient, à l'Occident passion, paix au Nord et au Sud. Le triomphe des roses et la candeur des lys sont pour vos yeux; pour vos ailes lyriques, les brises d'Ulysse et les vents de Jason. Âmes douces, hermétiques, à l'éternel […]

https://arbrealettres.wordpress.com/2026/04/30/oiseaux-des-iles-ruben-dario/

OISEAUX DES ILES… (Ruben Dario)

OISEAUX DES ILES… (Pájaros de las islas…) Oiseaux des îles, en votre affluence il y a une volonté, il y a un art secret, une divine science, grâce d’éternité. Vos évolutions d&rsq…

Arbrealettres
Teaser L’odyssée de LUCA de Catherine BRECHIGNAC

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Deux quêtes, une même faim

Deux quêtes, une même faim

Par Khalid Akayousse13 février 2026

Pas un regard mais une vision

Par Khalid Akayousse13 février 2026

Présents. Absents.

Par Khalid Akayousse13 février 2026

Les mots sont fatigués

Par Khalid Akayousse12 février 2026

Et pendant ce temps, les êtres humains s’ignorent

Par Khalid Akayousse12 février 2026

La peur d’être bien

Par Khalid Akayousse11 février 2026

Tu prends soin de tout… sauf de toi

Par Khalid Akayousse11 février 2026

Quand le visage s’éclaire, l’âge recule

Par Khalid Akayousse10 février 2026

Quand le silence intérieur devient un guide

Par Khalid Akayousse10 février 2026

Le jour où l’être humain s’est oublié

Par Khalid Akayousse8 février 2026

Ce que vivent les jeunes dans leur tête (et qu’ils n’osent pas toujours dire)

Par Khalid Akayousse8 février 2026

Le silence qui hurle à l’intérieur

Par Khalid Akayousse7 février 2026

Si t’es en colère, lis ça

Par Khalid Akayousse7 février 2026

Quand la vie commence à parler vrai

Par Khalid Akayousse5 février 2026

“L’âge ne compte pas”… vraiment ?

Par Khalid Akayousse5 février 2026

L’attitude intérieure face à ce qui ne nous convient pas

Par Khalid Akayousse4 février 2026

Quand les mots des autres étouffent notre intuition

Par Khalid Akayousse4 février 2026

Par quel chemin la vie nous mène

Par Khalid Akayousse3 février 2026

Pourquoi cherchons-nous si loin ce qui se transforme à l’intérieur ?

Par Khalid Akayousse3 février 2026

Montre moi la personne que tu es quand personne ne te regarde

Par Khalid Akayousse2 février 2026

Ne vends pas ton âme au diable

Par Khalid Akayousse1 février 2026

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Par Khalid Akayousse31 janvier 2026

Mon outil de travail n’est pas matériel… et pourtant, il transforme

Par Khalid Akayousse31 janvier 2026

La voix qui parle à l’intérieur

Par Khalid Akayousse30 janvier 2026

Péchés et Chakras : le duel secret qui façonne nos émotions »

Par Khalid Akayousse29 janvier 2026

Le Bien-Être Intérieur : Ce Rebelle Silencieux Qui Te Sabote Parce Que Tu Ne L’Écoutes Pas

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Le Drame Silencieux du Stress

Par Khalid Akayousse29 janvier 2026

Après le dernier souffle : le voyage invisible de l’âme

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« Mieux vaut tard que jamais » : et si c’était maintenant, le vrai moment de ta vie ?

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On peut être entouré… et se sentir profondément seul

Par Khalid Akayousse27 janvier 2026

Il y a ceux qui traversent des montagnes pour trouver de l’or.
Et ceux qui traversent des épreuves pour trouver l’amour.

Deux quêtes différentes en apparence.
Mais au fond, une seule et même faim : se sentir vivant.

Les chercheurs d’or

Au XIXe siècle, des milliers d’hommes ont quitté leur terre pour rejoindre la ruée vers l’or en Californie, notamment lors de la célèbre California Gold Rush.

Ils vendaient tout.
Ils partaient sans garantie.
Ils bravaient le froid, la faim, la solitude.

Pourquoi ?

Parce qu’ils croyaient qu’au bout du chemin, il y avait un trésor capable de changer leur vie.

Le chercheur d’or est habité par une image :
un éclat jaune dans le tamis,
une pépite lourde dans la main,
la promesse d’une autre existence.

Mais la réalité était souvent plus rude.
Beaucoup ne trouvaient rien.
Certains perdaient plus qu’ils ne gagnaient.
D’autres découvraient que l’or, une fois obtenu, ne comblait pas le vide intérieur.

Car l’or rassure.
Il sécurise.
Il impressionne.

Mais il ne console pas.

Les chercheurs d’amour

Eux aussi partent à l’aventure.

Ils traversent des déceptions.
Ils changent de villes, de cercles, parfois de pays.
Ils investissent leur cœur comme d’autres investissent leurs économies.

Leur ruée à eux ne se passe pas dans les rivières, mais dans les regards.

Ils cherchent :

  • Une présence
  • Une reconnaissance
  • Une chaleur
  • Une promesse de ne plus être seuls

Le chercheur d’amour, lui aussi, est habité par une image :
deux mains qui se tiennent,
un sourire complice,
une paix intérieure partagée.

Mais la quête est semée d’illusions.
On confond attachement et amour.
Besoin et choix.
Peur de la solitude et véritable rencontre.

Et parfois, après avoir tant cherché, on découvre que l’on cherchait surtout à combler un manque ancien.

La même poussière sur les mains

Ce qui frappe, c’est la ressemblance.

Le chercheur d’or tamise des tonnes de sable pour une pépite.
Le chercheur d’amour traverse des expériences pour une connexion vraie.

Tous deux :

  • Espèrent un bouleversement
  • Supportent l’incertitude
  • Endurent les désillusions
  • Continuent malgré les échecs

La quête forge le caractère.

Elle révèle les failles.
Elle expose les croyances.
Elle met à nu les illusions.

Et surtout, elle pose une question essentielle :

Que suis-je réellement en train de chercher ?

L’or extérieur, l’or intérieur

Certains chercheurs d’or ont fini par comprendre que le véritable trésor n’était pas seulement dans la rivière, mais dans ce qu’ils étaient devenus pendant la traversée : plus résistants, plus lucides, plus vivants.

Il en est de même pour les chercheurs d’amour.

On croit chercher l’autre.
Mais on apprend à se rencontrer soi-même.

On croit vouloir être aimé.
Mais on découvre qu’il faut d’abord s’aimer.

L’amour durable ne se trouve pas comme une pépite tombée du ciel.
Il se construit comme une mine que l’on creuse ensemble.

Et cela demande autre chose que de la chance :

  • De la maturité
  • De la conscience
  • De la responsabilité

Le danger des mirages

Dans les deux quêtes, le plus grand danger n’est pas l’échec.

C’est le mirage.

Le chercheur d’or peut passer sa vie à poursuivre une richesse toujours repoussée à demain.

Le chercheur d’amour peut multiplier les relations en croyant que la prochaine sera la bonne, sans jamais regarder en lui.

À force de chercher à l’extérieur, on oublie de se demander :

Suis-je prêt à accueillir ce que je demande ?
Suis-je capable de garder ce que je poursuis ?

Quand la quête devient initiation

Le périple transforme.

Il use les illusions.
Il affine les attentes.
Il révèle les blessures.

Certains rentrent bredouilles mais grandis.
D’autres trouvent peu mais comprennent beaucoup.

Car au fond, l’or et l’amour ont un point commun :

Ils révèlent notre rapport à la valeur.

  • Quelle valeur je me donne ?
  • Quelle valeur j’accorde à l’autre ?
  • Quelle valeur j’attribue à ma vie ?

Et si le trésor était la conscience ?

Peut-être que la vraie richesse n’est ni dans la pépite ni dans la promesse d’un cœur.

Peut-être qu’elle est dans la capacité à traverser, à apprendre, à se transformer.

Le chercheur d’or finit par comprendre que l’abondance matérielle ne suffit pas à nourrir l’âme.

Le chercheur d’amour finit par comprendre que l’autre ne peut pas remplir un vide qu’il refuse de regarder.

Alors la quête change.

On ne cherche plus pour combler.
On cherche pour partager.

On ne court plus après.
On marche avec.

Et peut-être qu’à cet instant précis, sans bruit, sans ruée, sans mirage…

On découvre que le véritable trésor n’était pas au bout du chemin.

Il était en train de naître à l’intérieur.

Et si la plus grande pépite que nous puissions trouver était simplement cette conscience nouvelle…

Que ferions nous alors de notre vie ?

Je souris, mais à l’intérieur, je suis épuisé

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Arrête de te raconter des histoires : ton bien-être crève pendant que tu trouves des excuses

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Quand deux êtres se rencontrent, c’est leur passé qu’ils confrontent

Par Khalid Akayousse25 janvier 2026

Nous parlons au présent avec des mots d’hier

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Ce que j’aimerais que tu ressentes en m’écoutant

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La répétition des choix : une mécanique humaine

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Le cri muet de milliers de vies brisées

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Par Khalid Akayousse8 janvier 2026

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Par Khalid Akayousse8 janvier 2026

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Par Khalid Akayousse7 janvier 2026

On attire rarement l’amour que l’on cherche, mais souvent celui que l’on est prêt à recevoir.

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Là où le silence commence à parler

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Le Bien-Être Intérieur : Ce Truc Dont Tout le Monde Se Fout Jusqu’au Jour Où Ça Explose

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Les enveloppes coquelicots et les grains de sable

Des enveloppes coquelicots disséminées comme des grains de sable invisibles dans un désert, mais essentielles à son existence.

Atypikal Life

Les enveloppes coquelicots et les grains de sable

Je me suis retrouvé cette semaine avec une hésitation sur le contenu de cette lettre dominicale. J’avais, de prime abord, envisagé le développement de l’un des sujets suivants :

. Le commerce des hommes ou la misanthropie naturelle du genre humain contrarié.
. L’administration française.
. Est-ce que toutes les vies se valent ?
. L’humanisme du législateur est-il un danger pour la démocratie ?
. Les aphorismes du memento mori.
. La société de la surveillance et de l’auto surveillance.
. La connaissance est-elle une nécessité du développement ontologique de l’humanité ?
. L’ataraxie d’Épicure

Et puis, j’ai eu une semaine chargée d’occupations professionnelles et personnelles, avec une envie folle de lire davantage et de récupérer un peu de sommeil en ce qu’il s’évade souvent quelque part sans moi.
Bref, je n’ai préparé aucun de ces sujets…

J’avais choisi comme sujet dominical, ma bibliothèque personnelle que j’envisage de transformer en fond littéraire dans le but de fonder une bibliothèque associative, mais je l’ai laissé en chantier pour en commencer un nouveau sur la France en guerre depuis le XXe siècle, mais je l’ai laissé en chantier pour en commencer un nouveau, concernant l’abandon des lettres coquelicots depuis plusieurs mois, mais je l’ai laissé en chantier, car j’en ai retrouvé un autre plus ancien qui est, lui aussi, encore en chantier et concerne la vie et le travail.
A ce rythme, je vais finir par me reconvertir comme chef de chantier dans les travaux publics, mais j’ai des obligations quotidiennes professionnelles et comptables à assurer pour la Métropole de Lyon, des engagements hebdomadaires bénévoles à assurer dans des associations, des livres à lire et un fond littéraire à développer pour ma future bibliothèque associative qui doit ouvrir au cours de l’année 2026. Et parfois, j’ose imaginer que je mènerai une vie agréable en consacrant l’intégralité de mes journées aux œuvres de l’esprit, et durant ce temps que je passe à rêvasser, le temps m’échappe de nouveau, le Dominical Day se rapproche et l’angoisse de l’inachevé me rattrape parfois jusqu’à me frôler.
Le sujet dominical que j’ai finalement décidé de traiter ne l’a pas été en tirant au sort à la manière de :
Am stram gram,
Pic et pic et colegram,
Bour et bour et ratatam,
Am stram gram…
Et pas davantage avec la formule : plouf-plouf.

Cette courte introduction résume assez bien ce que peut être une vie d’autiste qui veut embrasser le monde d’un seul regard et qui ne porte qu’une brève attention aux multiples paysages pour finalement s’attacher à tout ce qui se déroule en chaque lieux du monde de manière éphémère. Mais parce que le temps qui m’est imparti est inexorablement toujours le même, nous allons, toi et moi, parcourir le sujet des enveloppes coquelicots dont l’abandon définitif de la dispersion ne se réalisera pas.

Ainsi, la lettre du 4 mai 2025 n’a pas été essaimée dans les trains comme les précédentes en ce que mon fournisseur d’enveloppes coquelicots avait décidé que ma livraison serait retardée de plusieurs semaines. Plus d’enveloppes rouges, plus de dissémination… Qu’à cela ne tienne, il était prévu une rencontre que je ne soupçonnais pas encore et qui se déroulerait sans le concours de ces enveloppes coquelicots… C’était le 8 mai, soit 4 jours plus tard. Lorsque ma boite aux lettres s’est remplie de mon colis contenant mon nouveau stock d’enveloppes coquelicots, la dispersion de ces mêmes enveloppes ne s’avérait plus nécessaire pour provoquer une rencontre avec une Minerve en ce que j’étais désormais en lien avec elle. Était-ce pour autant une justification acceptable pour en abandonner la dissémination ? La réponse se trouve dans le sens de cette interrogation et pourtant, c’est précisément ce qui s’est déroulé durant près de 194 jours. Plus de 6 mois durant lesquels un rouage essentiel s’est interrompu en ce que je vivais mon utopie sans me préoccuper de ce que la troisième voie que j’avais conçue risquait à tout moment de se briser en de multiples fragments.
Une utopie ne souffre pourtant jamais d’approximation, d’absence de volonté et d’incomplétion, sauf à accepter qu’elle puisse se fragiliser irrémédiablement jusqu’à se fracturer définitivement pour n’avoir jamais existé. Pour ma défense, il me serait loisible d’argumenter en ce que la version numérique s’est inlassablement poursuivie et sans interruption, mais cet argument est-il de réelle valeur alors que cette troisième voie doit précisément être une perpétuelle évolution, un développement continu de la double utopie originellement ainsi conçue. Lui en ôter une partie revenait tout de même à la fragiliser et en ayant pleinement conscience de ce risque majeur, je me suis montré négligeant en abandonnant plus d’enveloppes nulle part. Le 4 novembre dernier, je me suis de nouveau attelé à cette tâche en délaissant désormais les wagons de trains et ses voyageurs au profit de l’espace urbain. Une reprise qui s’est effectuée par la lettre du 4 mai 2025 ainsi que les suivantes… En quelques exemplaires à chaque fois.

Concernant la méthodologie, elle se trouve être d’une grande simplicité, quoi que toujours d’une infinie discrétion en ce qu’une enveloppe coquelicot se doit toujours d’être une énigme lorsqu’elle est découverte.
Une lettre numérique et physique impacte la personne qui s’en empare de façon radicalement différente tant l’appréhension de cette dernière est symbolique. Tandis qu’un écran permet de prendre de la distance et d’oublier en quelques instants un contenu littéraire pour passer à une vidéo de chien qui pète sur Tik Tok ou à un tutoriel pour fabriquer un tournevis en découpant une cuillère à la lime à ongles, une lettre physique contient un contenu entouré d’une forme de mysticisme. On découvre au premier abord une enveloppe coquelicot avec une inscription – la même depuis la toute première lettre, on s’arrête, on s’en saisit, on l’observe comme un objet inconnu, on jette un coup d’œil autour de soi afin de s’assurer d’être seul et non la victime d’un canular, on l’ouvre précautionneusement, les feuillets sont délicatement glissés hors de l’enveloppe, on déplie les documents et l’aventure commence…
Quel est ce contenu si particulier et qui peut avoir eu l’idée de déposer cette lettre en cet endroit précis ? Que signifie ce message et à qui s’adresse-t-il ? Quelle est la symbolique derrière cette pratique et où va me mener ce QR CODE qui se trouve imprimé sur la dernière page ? Suis-je en train d’être observé en cet instant de ma découverte ?
Cette pratique est tellement incongrue dans un monde devenu numérique, dans une ville impersonnelle telle que peut l’être une cité de plusieurs centaines de milliers d’âmes, et pourtant, c’est un rouage essentiel de la troisième voie dont l’article précédent l’explicite.
Une progression vers un accomplissement intellectuel ne peut se réaliser que dans l’impermanence et il convient donc de ne pas s’enfermer dans l’endogamie avec une incarnation quelle que soit sa nature, car l’autophagie surviendrait naturellement provoquant une atrophie et à terme une dégénérescence menant à la normalité de l’anormalité du plus grand nombre. Chaque lettre est ainsi un nouveau grain de sable dans un désert, invisible et pourtant essentiel à l’existence de ce dernier. Une lettre individuelle ne représente qu’une somme de quelques mots, tout au plus quelques minutes de lecture, très probablement une perte de temps pour 99% des personnes qui auront la curiosité de se rendre sur la plateforme numérique attenante, mais qu’importe, car il ne s’agit que de ne retenir l’attention d’une infinitésimale fraction de ces quelques personnes qui trouveront une enveloppe rouge.
Tout comme une rencontre avec l’incarnation de Minerve est irrémédiablement vouée à être une quête qui peut s’étirer sur la totalité d’une vie sans garantie de réalisation, la dispersion des lettres coquelicots peut ne rencontrer sa destinataire qu’au terme de plusieurs dizaines d’années, sinon manquer son but définitivement. Il ne s’agit pas d’être convaincu de parvenir à atteindre son objectif, mais de le dépasser philosophiquement. Une lettre dispersée ainsi au gré de mes pas peut être récupérée demain et être conservée durant plusieurs années avant d’être redécouverte dans un carton, d’accord un grenier, glissée dans un livre. Elle peut ne s’approcher de sa finalité que lorsque l’évolution sera atteinte par la personne qui l’aura ainsi conservée malgré elle en l’ayant oublié derrière une porte. Et combien seront jetées dans des poubelles, froissées, déchirées ? Qu’importe… Une résonance n’est toujours qu’exceptionnelle et elle doit le rester pour conserver sa valeur. Ainsi, la dissémination a repris son cours, non pas dans le fol espoir d’une rencontre avec une autre incarnation, mais afin d’être dans la poursuivance de la troisième voie.

M’astreindre à écrire quotidiennement pour compléter une lettre dominicale est parfois épuisant en ce que l’intellect a également besoin de repos pour être performant, mais nécessaire afin de progresser davantage. Le juste milieu pour un autiste se trouve toujours dans un excès et fréquemment à l’extrême de celui-ci.

En ce jour, les enveloppes rouges contenant leurs homologues numériques datées du 4 mai au 21 septembre ont été de nouveau semées. Je ne suis pas dans l’attente d’une future moisson de réponses, car aucune n’est attendue, bien que la possibilité en soit offerte. Il s’agit uniquement d’allumer une chandelle quelque part afin qu’une personne puisse s’extirper de sa torpeur, sinon se souvenir qu’elle s’est engagée, depuis de longues années, sur un chemin qui ne devait être que provisoire, en ce que sa vie devait être la somme de ses espoirs, de ses rêves, sinon davantage. Je me plais à penser que chacun ne possède que le quotidien, que la vie qu’il mérite. La liberté ne nous est pas offerte de nous réaliser intellectuellement à notre naissance, elle nous est immanente et ce sont nos choix individuels qui nous emportent sur tel océan ou vers tel précipice. Chacun n’est victime que de lui-même et ne peut blâmer autrui de ses échecs, de son sort, de sa vie, même si l’air du temps propage des idées opposées. Nous possédons tous une cage sans barreau et il revient à chacun de ne pas se croire enfermé en celle-ci avec des gardiens qui veilleraient à l’extérieur pour nous contraindre à rester à l’intérieur. Mon utopie ne m’a pas été offerte ou accordée par quiconque et je n’ai pas davantage patienter d’avoir l’autorisation de la concevoir. J’ai construit ma vie, mon bonheur tout au long de ma vie, en faisant des choix, parfois heureux, parfois maladroits et désastreux, et je ne suis à ce jour que la somme de tout cela. Je vis sans regret et sans remords, car j’ai une vie à vivre et que je ne peux vivre qu’une vie à la fois en attendant la prochaine.

Ces enveloppes coquelicots sont la somme d’une équation complexe de plus de cinq décennies de choix et chacun est libre de poursuivre son existence comme un coureur de fond qui s’échine après son avenir sans jamais pouvoir le rattraper, comme un sprinter qui s’épuisera après un intense effort pour s’abandonner à la paresse, sinon comme une victime autoproclamée dont le bourreau ne sera autre qu’elle-même. Le regard des autres existera toujours et le prendre en compte, c’est confier son bonheur à des inconnus. Et fréquemment, le regard des autres, c’est notre propre regard à l’égard de nous-même dont il conviendrait de s’en détourner pour n’être que dans la réalisation plutôt que dans l’observation.

On ne se connait pas, on ne se rencontrera sans doute jamais, mais cette enveloppe coquelicot que tu vas trouver plus tard, en cet instant et que tu viens de découvrir en cet autre instant de l’éternité en ce que son homologue numérique existe dans un flux immatériel depuis quelques jours pour le lecteur immédiat et depuis plusieurs semaines pour toi, cette enveloppe disais-je, ne la froisse pas immédiatement et conserve-là quelques jours, sinon quelques semaines dans un carton derrière une porte. Il se pourrait que tu en viennes à oublier son existence et que tu la redécouvres par un heureux hasard dans quelques années et qui sait si ce n’est pas ce dont tu auras besoin pour effectuer un choix que tu avais abandonné alors qu’il était pour toi une utopie à réaliser. Si toutefois, tu croises une corbeille à papier et que tu aimes à t’imaginer que là est sa place, je te souhaite de vivre la vie que tu aspires sans prendre en compte, le regard des autres, car c’est à des inconnus que tu confieras ton bonheur.
Une autre solution existe. Remettre les feuillets dans l’enveloppe,  la refermer et la redéposer quelque part pour qu’une autre personne puisse s’en emparer…

J’avais envisagé de scripter encore un peu, mais le temps me manque, mes livres me manquent, le sommeil également… Pas de temps à perdre et impossible de gagner du temps.
Rendez-vous la semaine prochaine…

Nouvelle lettre de ma tante Jeanne

03 avril 1975
La paresse intellectuelle

Mon Cher Nicolas,
Bien que tu sois encore un très jeune enfant, il ne sera jamais trop tôt pour que je te prodigue des conseils, mes réflexions, ainsi qu’un enseignement basé sur la liberté, le bonheur, la vie en société et de multiples sujets, qui, s’ils sont trop complexes à intégrer cérébralement aujourd’hui pour ta maturité naissante te seront d’une grande utilité plus tard.
Toutefois, ne te sens jamais l’obligation de les suivre, car je te souhaite libre de tracer ton propre chemin en raison que, ne vouloir défricher de nouvelles contrées cérébrales par paresse intellectuelle serait une injure à tes ancêtres, et en particulier à ceux qui ont conçu un navire dont je te donnerai des indices régulièrement au fil de ton enfance afin que tu puisses le trouver à l’âge adulte et en avoir la charge durant le reste de ta courte vie au regard de l’âge du monde dont je n’ai de doute qu’il est également le tien.
Tante Jeanne

Une lettre ne devant plus se refermer sans le passage de mes livres lus au cours de la semaine.

Au nom de la race
Marc HILLEL
Édition Fayard
Dépôt légal : 1er trimestre 1975
Page 270
Les sources principales, auxquelles nous avons eu recours pour la préparation de cet ouvrage, ne figurent que très rarement dans les bibliographies, désormais classiques, qui accompagnent les études consacrées à la SS.
La recherche, hors des sentiers battus de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, nous aura permis de découvrir un nombre appréciable de documents non publiés, souvent inédits. Cette source inestimable de renseignements constitue donc l’essentiel des matériaux relatifs à l’Organisation SS des Lebensborn et ses autres activités, en Allemagne comme dans le reste de l’Europe occupée.
Lu et déposé dans un tiroir de mon bureau le 20 novembre 2025

Une lettre ne devant plus se refermer sans une citation personnelle qui vaut parfois mille mots.

Être une fille à chat et sentir la croquette, n’est pas très glorieux ; pour un garçon, c’est pire. Mais le chat, lui, il s’en fout.

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