Comment lâarmĂ©e israĂ©lienne cible les secouristes du Liban
Depuis le 2 mars, 38 personnels paramĂ©dicaux ont Ă©tĂ© tuĂ©s par lâarmĂ©e israĂ©lienne, qui cible des ambulances et des infrastructures mĂ©dicales utilisĂ©es, selon elle, Ă des fins « militaires » par le Hezbollah. Souvent visĂ©s par des doubles frappes, les sauveteurs sont inquiets pour leur sort.
Tyr, Burj Qalawiya (Liban).â Depuis quâIsraĂ«l a dĂ©truit le centre mĂ©dical de Burj Qalawiya, dans le sud du Liban, vendredi 13 mars, tuant douze de leurs collĂšgues, Wassim et Ali dorment dans une des rares ambulances Ă©pargnĂ©es par la frappe, garĂ©e non loin du bĂątiment en ruine. « Rien ne nous fera partir ni abandonner notre mission humanitaire », assurent les deux jeunes secouristes de lâAutoritĂ© islamique de la santĂ©, une organisation de secours affiliĂ©e au Hezbollah. Ils se trouvaient pourtant Ă quelques mĂštres seulement lors de lâattaque, qui a visĂ© la seule clinique encore opĂ©rationnelle du village, dĂ©clenchant un incendie majeur avant lâeffondrement de la structure.
« On nâa rien vu, juste entendu un Ă©norme bruit. Puis tout est devenu orange », racontent-ils, en montrant sur leurs tĂ©lĂ©phones des images apocalyptiques de lâhĂŽpital : une boule de feu incandescente, dâoĂč sâĂ©chappe une Ă©paisse fumĂ©e orange en plein milieu de la nuit. Deux jours plus tard, lorsque Mediapart visite le village, la fumĂ©e est toujours lĂ . Elle sâĂ©lĂšve encore, cendreuse, des restes du bĂątiment, oĂč se mĂȘlent boĂźtes de mĂ©dicaments, gravats et papiers administratifs.
Abbas, un autre secouriste survivant de lâattaque, raconte que les flammes ont rongĂ© le corps de certains de ses collĂšgues au point de les rendre mĂ©connaissables. « Jâai dĂ» tirer mes amis des dĂ©combres. Que veux-tu que je te dise ? Il y avait des bouts de chair un peu partout », lĂąche-t-il en montrant du doigt la carcasse calcinĂ©e de lâhĂŽpital. Lâattaque est survenue un peu aprĂšs lâiftar, le moment oĂč les musulman·es rompent le jeĂ»ne pendant le ramadan. « Il nây a aucune arme, aucun combattant ici, câest une institution civile », assure Abbas.
Sur les 912 personnes tuĂ©es par lâarmĂ©e israĂ©lienne au Liban depuis le 2 mars et la reprise dâun conflit ouvert entre IsraĂ«l et le Hezbollah, au moins 38 Ă©taient des paramĂ©dicaux, dâaprĂšs le ministĂšre de la santĂ© libanais. Dans un court message postĂ© sur Telegram le 14 mars, Avichay Adraee, porte-parole de lâarmĂ©e israĂ©lienne, accusait le Hezbollah dâutiliser « largement des ambulances Ă des fins militaires » ainsi que des « infrastructures mĂ©dicales », sans plus de dĂ©tails.
Pour Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban Ă lâONG Human Rights Watch, ces attaques reflĂštent une tendance claire, « le mĂ©pris gĂ©nĂ©ral dont lâarmĂ©e israĂ©lienne fait preuve Ă lâĂ©gard des protections prĂ©vues par le droit international humanitaire ». La lĂ©gislation internationale est pourtant claire et protĂšge le personnel mĂ©dical, quelle que soit son affiliation politique.
Condamnations internationales
Dans un rapport publiĂ© en 2024, Human Rights Watch conclut que plusieurs attaques sur des secouristes, lors de la prĂ©cĂ©dente escalade, pouvaient sâapparenter Ă des crimes de guerre. Et sur les trois cas Ă©tudiĂ©s par lâorganisation, parmi lesquels une attaque sur un centre de lâAutoritĂ© islamique de la santĂ©, elle nâa relevĂ© « aucun Ă©lĂ©ment indiquant que ces installations Ă©taient utilisĂ©es Ă des fins militaires qui auraient justifiĂ© de les attaquer », ajoute Ramzi Kaiss.
Ă ce jour, il nâexiste aucun cas documentĂ© prouvant que la milice chiite utilise des ambulances ou des hĂŽpitaux pour transporter des combattants ou stocker des armes. En automne 2024, lâarmĂ©e israĂ©lienne avait tuĂ© au moins 163 membres du personnel mĂ©dical au Liban, dont 95 employĂ©s de lâAutoritĂ© islamique de la santĂ©.
Le gouvernement et la communautĂ© internationale ont fermement condamnĂ© lâattaque du centre mĂ©dical de Burj Qalawiya. Si lâAutoritĂ© islamique de la santĂ© est une organisation de secours affiliĂ©e au Hezbollah, elle opĂšre en Ă©troite collaboration avec les autoritĂ©s libanaises. En temps de guerre, elle constitue souvent le dernier recours dans les zones sensibles oĂč la Croix-Rouge et la dĂ©fense civile libanaise peinent Ă intervenir. Câest le cas Ă Burj Qalawiya, prĂšs de la ligne de front, oĂč le bruit de lâartillerie israĂ©lienne et des tirs de roquettes du Hezbollah retentit sporadiquement dans le ciel.
Pourquoi nous ciblent-ils ? Je nâai pas de rĂ©ponse.
Ali Safieddine, chef de la base de la défense civile de Tyr
Beaucoup de ses membres sont volontaires, comme Wassim et Ali, et leur mission principale est de porter secours aux victimes des bombardements en fouillant les dĂ©combres. « Il nây a personne pour nous remplacer ici si on part », assurent les deux jeunes hommes.
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https://www.mediapart.fr/journal/international/190326/comment-l-armee-israelienne-cible-les-secouristes-du-liban?utm_source=global&utm_medium=social&utm_campaign=SharingApp&xtor=CS3-5
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