https://blogs.mediapart.fr/elisha-baskin/blog/110526/tsedek-quand-la-justice-se-fait-slogan-interrogation-par-une-refuznik (“Tsedek !” quand la justice se fait slogan : interrogation par Elisha Baskin, refuznik)
- https://leftrenewal.org/fr/articles-fr/baskin-tsedek/
# Extraits
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Pour un groupe occupant autant d’espace en ligne sur la question israélo-palestinienne, j’ai été stupéfaite de constater que le livre ne traite jamais vraiment d’Israël/Palestine, ni des personnes qui y vivent.
Il ne contient aucune définition du sionisme, ni de l’antisionisme .
À part qu’Israël est un projet colonial et donc mauvais, et une brève mention des horreurs du génocide, on n’y trouve ni discussion ni analyse de l’histoire ou de la réalité de la vie dans la région.
Tout au long du récit, le Proche Orient paraît très lointain.
Comment un mouvement qui se prétend décolonial peut-il s’arroger le droit de dicter à tout un peuple la bonne manière de s’émanciper ?
Le fond importe-t-il si peu, pourvu que le test soit réussi ? ¶
Dans tout le livre, la décontextualisation permanente repose sur une incapacité à tenir ensemble deux vérités :
1 qu’Israël est un État créé pour et par des réfugiés ,
2 qu’il est aussi un projet colonial .
Cette contradiction, la grande majorité des Palestiniens avec lesquels j’ai collaboré au fil des années en Israël et en Cisjordanie la comprennent parfaitement
Que sommes-nous censés faire des Israéliens qui vivent en Israël et des Palestiniens qui aspirent à un État indépendant ? ¶
Mais, si le sionisme se résume exclusivement et depuis toujours à un mouvement colonial, que sommes-nous censés faire des Israéliens qui vivent en Israël et des Palestiniens qui aspirent à un État indépendant ?
Ce genre de positions simplistes et idéologiques évincent le réel et rendent donc impossible de penser des solutions opérantes pour les personnes qui peuplent la région.
Penser Israël comme un projet colonial “à l’européenne”, et donc aspirer à la disparition d’Israël comme si ses habitant.es juif.ves étaient des colons disposant d’une métropole où “retourner”, c’est nier la matérialité des faits
Est-ce là le combat du collectif ?
Rester collé aux communautés marginalisées pour tenter de se maintenir dans une oppression perpétuelle ?
Mais alors, pourquoi Tsedek! s’allie-t-il avec des groupes comme LFI, qui luttent précisément pour conquérir le pouvoir ?
Émanant de personnes situées du côté le plus privilégié de l’humanité, la question “Que faire de notre pouvoir ?” est légitime et cruciale.
Mais, dès lors qu’elle est posée à travers le prisme étroit de l’anti-impérialisme campiste https://leftrenewal.org/tag/campism/ (ajout NDLR) , elle ne sert plus qu’une gauche autoritaire, incapable de condamner Assad, Poutine, ou le régime iranien – quand elle ne les défend pas explicitement .
Tsedek! est présent dans la rue et réalise un vrai travail d’organisation.
Mais le collectif surfe surtout sur une vague de culpabilité juive, et la culpabilité est toujours égocentrique, narcissique.
Ce qui manque profondément dans les débats que Tsedek! porte, c’est la question de la responsabilité.
- L’Occident contre l’Orient,
- le Bien contre le Mal,
- colonisateurs contre colonisés,
- oppresseurs contre opprimés…
Ce manichéisme enfantin séduit par sa facilité .
Tsedek! convainc ainsi de nombreux jeunes gens, dont l’engagement repose moins sur un projet politique d’avenir que sur une jouissance coupable et une esthétique de la radicalité – une radicalité nourrie de mauvaise conscience plutôt que d’intelligence du réel.
Pour qui, comme moi, cherche un militantisme ancré dans le réel et une famille politique avec laquelle produire des effets concrets, j’ai besoin – et, il me semble, le mouvement antiraciste français a besoin – de pistes d’actions qui prennent en compte la complexité du conflit, de son histoire, et des populations qui y sont impliquées .
Cela suppose une solidarité matérielle à la fois avec les Palestinien.ne.s et avec les militant·es de gauche israélien·nes, trop souvent délégitimé.es comme “sionistes”, alors qu’iels travaillent quotidiennement à la construction d’un avenir différent .
Cette délégitimation des militant·es de terrain, Tsedek! semble aujourd’hui la partager
En 2023, son manifeste fondateur affirmait : “Nous nous tenons aux côtés des Palestinien·ne·s et des Israélien·ne·s qui se battent pour une alternative réellement démocratique…”, ou encore se disait “solidaire de collectifs juifs antiracistes, anti-occupation et antisionistes dans le monde entier, comme de groupes palestiniens et israéliens…”.
De ce soutien, il n’est plus question dans ce nouveau livre.
Quel a été le chemin qui a conduit le collectif à effacer une forme de résistance ?
Leur internationalisme est-il devenu sélectif ?
La course au dé-blanchiment des Juifs diasporiques rend-il les anarchistes et antifascistes israélien·nes infréquentables ?
A-t-on jamais vu un collectif se réclamant de l’émancipation et de l’égalité des droits lutter pour défendre le retour à l’oppression antérieure de la population dont il émane ?
C’est pourtant ce qui ressort de la lecture de Lutter en rupture, lutter en solidarité.
Ce qui en transparaît beaucoup plus clairement, c’est une angoisse permanente autour de l’identité des auteurices, réduite à sa seule judéité, et au mépris de toute approche intersectionnelle de classe ou de genre.
Au final, le plus étonnant dans “Lutter en rupture”, lutter en solidarité, ce ne sont pas tant les positions qui y sont défendues que leur rigidité .
Le ton péremptoire des illibéraux a désormais infusé les espaces progressistes et radicaux, où certaines catégories critiques tendent à se figer en dogmes ¶
Le ton péremptoire des illibéraux a désormais infusé les espaces progressistes et radicaux, où certaines catégories critiques tendent à se figer en dogmes .
La justice (tsedek צדק) ne peut être réduite à un slogan sans complexité .
Elle demande un effort continu de lucidité, d’humilité et d’intérêt pour le réel
Alors seulement elle peut devenir autre chose qu’un cri de ralliement et proposer un horizon politique réellement partagé.
La gauche, ce n’est pas le-genre-humain-mais-là-non
La gauche, ce n’est pas le-droit-des-peuples-à-disposer-d’eux-mêmes-mais-là-non
# Liens
- https://leftrenewal.net/fr/french-version/
- https://leftrenewal.org/wi/
- https://www.reseau-bastille.org/2025/10/08/le-renouveau-de-la-gauche-a-lere-de-lattente-par-ben-gidley-et-daniel-mang/
- https://leftrenewal.org/tag/antisemitism-en/
- https://leftrenewal.org/fr/articles-fr/baskin-tsedek/
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« Tsedek ! » - quand la justice se fait slogan : interrogation par une refuznik
En tant que juive israélienne de gauche désormais établie en France, non sioniste, refuznik, j’ai accueilli avec enthousiasme la sortie du livre « Lutter en rupture, Lutter en solidarité ». Il y a plusieurs idées avec lesquelles je suis d’accord. Mais la justice (tsedek צדק) y est réduite à un slogan sans complexité, au risque d'oublier le réel. Une critique située.

