Auxiliaires et auxiliation

Plan de l’article :

  • I. Définition générale
  • II. Être et avoir
  • III. Semi-auxiliaires
  • III.1. Semi-auxiliaires aspecto-temporels
  • III.2. Semi-auxiliaires modaux
  • III.3. Semi-auxiliaire actantiel
  • IV. Conclusions et bibliographie
  • I. Définition générale

    Quels sont les auxiliaires du français ?

    En français, comme dans d’autres langues du monde, le noyau verbal peut se présenter soit sous une forme simple (1a), soit sous une forme composée (1b, 1c, 1d) mettant à profit une forme non-personnelle du verbe, participes ou infinitif, qui suit une forme personnelle. Comme ces dernières viennent « aider » la conjugaison du verbe, en lui apportant différents types d’instructions sémantiques, temporelles, aspectuelles ou modales, on les appelle naturellement des auxiliaires et le mécanisme général qui les réunit, l’auxiliation.

    (1a) Je chante.
    (1b) J’ai chanté.
    (1c) Je vais chantant.
    (1d) Je vais chanter.

    Les auxiliaires permettent ainsi de créer des formes analytiques du verbe, qui s’opposent donc aux formes synthétiques ou « simples ». Comme les exemples précédents le montrent, il existe différents types d’auxiliaires mais nous pouvons les réunir sous une même grande famille, comme ils partagent plusieurs propriétés syntaxiques et sémantiques :

  • Ils sont suivis, comme dit précédemment, d’une forme verbale non-personnelle qui forme, avec l’auxiliaire et pour la langue moderne, une unité soudée dans laquelle ne peut s’interpoler un constituant spécifique (*je vais une chanson chanter). C’est ce qui les distingue, notamment, de constructions transitives à verbe support qui acceptent l’interpolation (j’entends chanter les oiseaux / j’entends les oiseaux chanter). On notera que certains auxiliaires exigent une préposition, typiquement à (je commence à manger) ou de (je viens de manger).
  • L’auxiliaire porte les informations de la conjugaison du verbe, notamment les indications de personnes et de temps, et c’est notamment lui qui sera encapsulé par les marques de négation (je ne vais pas chanter, je n’ai pas chanté)
  • En revanche, on peut identifier deux grandes sous-familles d’auxiliaire : (i) les auxiliaires à proprement parler, être et avoir, qui construisent avec le participe subséquent une forme composée généralement substituable par un équivalent simple. Ils sont pleinement grammaticalisés dans le système de la conjugaison, et ne peuvent être substitués par un synonymes. (ii) Les semi-auxiliaires, qui ne sont pas pleinement grammaticalisés pour la plupart, et qui apportent généralement des instructions modales ou aspectuelles, et non pas toujours temporelles. Nous les évoquerons successivement dans cet article.

    II. Être et avoir

    Ces auxiliaires sont pleinement intégrés dans notre système grammatical, et ils sont toujours suivis d’un participe passé. Par excellence, l’auxiliaire permettant de construire les temps composés de notre système (passé composé, passé antérieur etc.) est l’auxiliaire avoir. Les formes ainsi construites alternent avec des formes simples.

    (2a) J’ai mangé.
    (2b) Je mangeai.

    L’auxiliaire être, quant à lui, est employé soit dans le cadre de la diathèse passive (La souris est mangée par le chat), soit dans les formes composées de verbes traduisant un changement ontologique (mourir, naître) ou spatial (tomber, aller etc.). On rappellera que les formes composées codent, en français, en plus d’une temporalité passée l’aspect accompli. Ce codage aspectuel a pu, dans des états anciens de la langue, et peut, dans la langue populaire contemporaine encore parfois, permettre d’opposer les auxiliaires selon le caractère duratif ou non de l’action :

    (3a) Je suis descendu (aspect accompli et duratif, « long » ; je suis descendu, et je suis resté en bas)
    (3b) J’ai descendu dans mon jardin (« Gentil coquelicot », aspect accompli « court » : je suis descendu, puis je suis remonté)

    Les auxiliaires peut être eux-mêmes auxiliés pour former des temps dits « surcomposés », qui apportent des informations temporelles ou aspectuelles complémentaires. Ces temps surcomposés sont perçus aujourd’hui comme relevant d’un registre archaïsant, mais on peut encore les entendre dans certaines variétés contemporaines.

    (4) J’ai eu chanté (sous-entendu : « il y a longtemps, mais je ne chante plus maintenant »)

    III. Semi-auxiliaires

    Au regard d’être et avoir, les semi-auxiliaires ne sont pas suivis d’un participe passé et ils gardent encore une partie de leur sémantisme original. Leur interprétation, cependant, les conduit à faire bloc avec la forme non-personnelle qui les suit directement, en formant une périphrase verbale qui peut, dans certains cas, être substituée par une forme simple plus ou moins équivalente (je vais manger <=> je mangerai), mais pas systématiquement (je veux manger). On peut les distinguer également selon le type d’informations sémantiques qu’ils apportent au prédicat.

    III.1. Semi-auxiliaires aspecto-temporels

    Ces semi-auxiliaires apportent des informations relevant de l’aspect ou du temps, à l’instar d’aller ou de venir, qui codent respectivement le futur proche et le passé proche.

    (5a) Je vais manger.
    (5b) Je viens de manger.

    On notera que le sens directionnel ou spatial, pour aller, est parfois difficile à distinguer du sens aspectuel, « grammaticalisé », comme le second vient historiquement du premier : il suffit effectivement de rajouter un complément locatif pour totalement basculer dans l’interprétation (je vais manger dans la cuisine / je vais dans la cuisine manger). En revanche, ces deux sens se sont grammaticalisés différemment pour venir, en opposant le semi-auxiliaire venir de et le verbe support sans préposition (je viens manger [chez toi]).

    III.2. Semi-auxiliaires modaux

    Les semi-auxiliaires vouloir, devoir et pouvoir codent des relations modales, c’est-à-dire en relation avec l’univers de vérité du locuteur ou de la locutrice, ou encore la potentialité de réalisation de son action. Ils peuvent être, là encore, assez proches de verbes support ou à sens plein, mais on notera encore une fois deux éléments susceptibles d’orienter l’analyse :

    • D’une part, leur sens dévié au regard d’une lecture littérale ou synthétique : je peux nager la brasse signifie davantage je sais nager la brasse, et non j’ai l’autorisation de nager la brasse. Ce deuxième sens est réactivable, là encore, avec un complément idoine (je peux nager la brasse grâce à mon permis de maître brasseur)
    • D’autre part, comme ces semi-auxiliaires apportent des instructions modales, les formes verbales peuvent être remplacés par un tour impersonnel traduisant le même effet : je dois partir est sémantiquement équivalent à il faut partir ou il faut que je parte, ou encore à partez ! à l’impératif.

    III.3. Semi-auxiliaire actantiel

    Signalons enfin le cas particulier du semi-auxiliaire faire, qui permet de changer la structure d’actance du verbe en permettant de rajouter un complément au prédicat. Ainsi, dans l’exemple (6) :

    (6) Je fais manger de la compote à la petite.

    Le verbe manger qui ne peut d’ordinaire recevoir, en plus de son sujet, qu’un complément d’objet direct (« La petite mange de la compote »), reçoit ici un troisième actant grâce au verbe faire, ici désigné par je, et qui renvoie au commanditaire ou à la source de l’action (« La petite mange de la compote grâce / à cause de moi »). On remarquera ici que le semi-auxiliaire peut être substitué par un verbe d’obligation (J’oblige la petite à manger de la compote), mais ce n’est pas toujours le cas (7).

    (7) Je fais traduire ce livre du latin au français par un spécialiste.

    IV. Conclusions et bibliographie

    La question de l’auxiliaire et de l’auxiliaire soulève des questions relevant de deux grandes problématiques, passées en revue dans ce billet : d’une part, la question de son origine et de sa grammaticalisation, notamment et pour le français, au regard du latin classique qui préférait les formes synthétiques même si on trouvait déjà des formes composées ; d’autre part, la question de son interprétation sémantique, et des valeurs temporelles, aspectuelles ou modales qu’il code. Pour commencer votre parcours, vous pouvez consulter ce numéro de la revue Langages de 1999, consacré exclusivement à la question de l’auxiliaire, ainsi que ce numéro de Langue française de 2022, qui étend la question aux périphrases verbales.

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    Est-ce qu’on pourrait normaliser l’emploi du terme « oligarchiste » comme antonyme de « populiste » ?

    Par exemple : « s’il est vrai que LFI est un parti populiste, alors les macronistes sont des oligarchistes ».

    #politique #sémantique #lexicologie

    Le mode des propositions subordonnées

    Plan de l’article :

  • I. Définition générale
  • II. Modes personnels
  • II.1. Selon le sens de la subordonnée (relatives et circonstancielles)
  • II.1.1. Indicatif contraint
  • II.1.2. Subjonctif contraint
  • II.2. Selon le sens de la principale (complétives)
  • II.2.1. Indicatif contraint
  • II.2.2. Subjonctif contraint
  • II.2.3. Cas particuliers
  • III. Modes impersonnels
  • IV. Interprétations temporelles
  • IV.1. Lorsque la subordonnée est au subjonctif
  • IV.2. Lorsque la subordonnée est à l’indicatif
  • V. Conclusions et bibliographie
  • I. Définition générale

    De quelle façon le mode des subordonnées varie-t-il ?

    Les propositions subordonnées composent une famille particulièrement riche de sous-phrases, qui participent de différentes façons à la syntaxe et au sens de l’énoncé. L’un des éléments les plus discutés est le choix du mode du verbe de la subordonnée car celui-ci, effectivement, peut être parfois libre et alterner, notamment, entre indicatif et subjonctif (1) ; et parfois contraint (2).

    (1) Je cherche un homme qui peut / puisse m’aider.
    (2) Avant qu’il *est / soit venu

    Il peut également se poser la question du tiroir verbal à choisir dans la subordonnée, en relation avec le tiroir verbal de la proposition principale (3), et les nuances de sens en découlant.

    (3) Je lui ai dit qu’il était / est / serait malade.

    D’une façon générale, le choix du mode et du temps dans la subordonnée a des influences décisives sur son sens, et est influencée tant par des contraintes morphosyntaxiques diverses liées tant à sa nature qu’à la nature du terme introducteur, tant par l’interprétation voulue.

    Nous diviserons cet article selon les grandes entrées modales reconnues par la grammaire traditionnelle, et notamment en distinguant les modes personnels d’une part (indicatif et subjonctif), les modes impersonnels de l’autre.

    II. Modes personnels

    Tant l’indicatif que le subjonctif peuvent se retrouver dans des propositions subordonnées, comme vu supra. L’impératif, en revanche, en est strictement exclu et ce quelle que soit la nature de la subordonnée, relative (4a), complétive (4b) ou circonstancielle (4c).

    (4a) *J’ai vu l’homme qui venons.
    (4b) *Je lui ai dit que venons.
    (4c) *Après que venons.

    L’emploi de l’indicatif ou du subjonctif relève, partant, de deux cas de figure : soit d’un choix libre, c’est-à-dire non contrait par la grammaire ; soit d’un choix contraint. Il y a une continuité de fait entre les deux, la contrainte venant, généralement, d’un figement d’une certaine liberté historique qui a sédimenté une certaine interprétation sémantique.

    II.1. Selon le sens de la subordonnée (relatives et circonstancielles)

    L’opposition trouvée entre indicatif et subjonctif dépend de l’interprétation générale de ces deux modes en langue : l’indicatif est lié à l’univers partagé entre les locuteurs et locutrices, monde du réel et du prévisible. Le subjonctif, quant à lui, est le mode de l’irréel et du potentiel, du souhait et de la conditionnalité. Cette opposition se matérialise très bien dans le cadre des subordonnées relatives adjectives restrictives, où l’alternance du monde influence particulièrement l’interprétation (5a, 5b) :

    (5a) Je cherche un homme qui peut m’aider.
    (5b) Je cherche un homme qui puisse m’aider.

    Ainsi, l’indicatif dans (5a) implique que ledit homme recherché existe bel et bien, tandis que le subjonctif dans (5b) va introduire un doute quant à cette existence. Selon, dès lors, les opinions et les sentiments de la personne qui construit cette subordonnée, l’interprétation sera légèrement différente. Ce cas compose, cependant, le seul et véritable endroit où le choix du mode de la subordonnée est parfaitement libre, puisque ce choix est généralement contraint par la nature des subordonnées ou des propositions matrices.

    II.1.1. Indicatif contraint

    L’indicatif est ainsi un choix contraint dans les subordonnées relatives périphrastiques, dans la mesure où elles construisent un groupe nominal dans l’existence est nécessairement présupposée (6). La même raison préside aux relatives substantives, dites encore « sans antécédents » (7).

    (6) Ceux qui veulent / *veuillent venir…
    (7) Qui veut / veuille voyager loin ménage sa monture.

    On trouve également l’indicatif dans les subordonnées relatives prédicatives, comme elles décrivent nécessairement des événements du monde réel, non soumis à interprétation (8).

    (8) Dix heures, et Pierre qui veut / veuille venir !

    L’indicatif est également contraint dans les subordonnées circonstancielles qui expriment, là encore, des événements non soumis à condition ou interprétation, notamment celles exprimant l’antériorité ou la simultanéité au regard de l’événement principal (9), les circonstancielles introduites par un si hypothétique dans la mesure où elles construisent un univers potentiel pour établir une conséquence imaginée (10) ; dans celles introduites par quand ou comme, qui présentent la temporalité de la subordonnée comme nécessaire et incontestable (11a et 11b) ; enfin, dans les circonstancielles argumentatives, qui présentent une cause à une conséquence donnée dans la proposition principale, là encore du fait de la temporalité logique entre les événements (12).

    (9) Après qu’il est / ?soit venu, on a fait la fête.
    (10) S’il vient / *vienne, alors on fera la fête.
    (11a) Quand il viendra / *vienne, on fera la fête.
    (11b) Comme il vient / *vienne, on fera la fête.
    (12) Parce qu’il est / *soit venu, on a fait la fête.

    Notons qu’on entend souvent le subjonctif dans les exemples similaires à (9), sans doute par analogie avec les subordonnées introduites par avant que (14 infra). Là, outre la symétrie des structures qui invite à généraliser le processus, le subjonctif étant souvent trouvé dans les locutions conjonctives composées par que (comme bien que, pour que 15 infra etc.), son emploi se trouve dans des structures qui, sémantiquement, devraient en être exemptes.

    II.1.2. Subjonctif contraint

    Le subjonctif est lors contraint dans toutes les autres occurrences de subordonnées relatives et circonstancielles, et notamment dans toutes les subordonnées exprimant la concession (13). Ces subordonnées construisent des mondes possibles dans lesquels on imagine tel événement se produire, mais qu’on élimine immédiatement de notre décision puisque la conséquence arrivera nécessairement.

    (13) Quel qu’il soit / *est, je l’aime. (c’est-à-dire, qu’il soit un tel, un tel, un tel… peu importe, je l’aime de toutes façons)

    On trouve également le subjonctif dans les subordonnées exprimant un événement ultérieur à la principale, dans la mesure où celui-ci, n’étant pas encore survenu, peut éventuellement ne pas avoir lieu (14).

    (14) Avant qu’il (ne) vienne / *vient, on fera les courses.

    On notera dans cet exemple l’emploi éventuellement d’une marque négative, dit encore ne explétif, relique d’une ancienne négation en tant que telle. Ce ne a, dans ces cas de figure, parfaitement perdu son rôle niant, mais il garde une valeur discordantielle, marquant un désaccord ou, tout u moins, l’ouverture d’une éventualité contrecarrée.

    On trouve également le subjonctif dans les circonstancielles évoquant des conséquences, dont la cause est dans la principale, puisque la conséquence n’est donc pas encore survenu (15).

    (15) Je lui écris pour qu’il vienne / *vient me voir.

    II.2. Selon le sens de la principale (complétives)

    Dans les subordonnées complétives, le choix du mode dépend d’un calcul sémantique plus complexe, qui prend en compte le sens du verbe de la proposition principale et ce toujours selon une logique opposant « univers réel » et « univers supposé ».

    II.2.1. Indicatif contraint

    L’indicatif est de mise si le verbe de la proposition principale évoque une prise de parole (comme dire), une perception sensible (sentir), un savoir présenté comme certain (savoir, être évident). Ces verbes et périphrases verbales ancrent nécessairement le prédicat subséquent dans un univers partagé (16a, 16b, 16c et 16d).

    (16a) Je dis qu’il faut / *faille partir.
    (16b) Je sens qu’il faut / *faille partir.
    (16c) Je sais qu’il faut / *faille partir.
    (16d) Il est évident qu’il faut / *faille partir.

    II.2.2. Subjonctif contraint

    Le subjonctif est employé dans les complétives dans les cas où le verbe principal implique une action recommandée ou à venir, par obligation ou nécessité, ou encore avec des verbes de souhait : ainsi, les verbes falloir, souhaiter, vouloir ou désirer introduisent une complétives au subjonctif (17a, 17b, 17c, 17d) dans la mesure où l’action de la subordonnée est soumise à conditionnalité. C’est par excellence, l’emploi attendu du subjonctif en français.

    (17a) Il faut qu’il vienne / *vient.
    (17b) Je souhaite qu’il vienne / *vient.
    (17c) Je veux qu’il vienne / *vient.
    (17d) Je désire qu’il vienne / *vient.

    De même, les verbes exprimant une probabilité, un doute ou une crainte, introduisent également une complétive au subjonctif pour les mêmes raisons (18a et 18b).

    (18a) Je crains qu’il (ne) vienne / *vient.
    (18b) Je doute qu’il (ne) vienne / *vient.

    Notons que l’on peut encore trouver là le ne explétif dont nous parlions précédemment.

    II.2.3. Cas particuliers

    Deux cas particuliers doivent être évoqués ici, dans la mesure où ils autorisent une alternance entre indicatif et subjonctif. Il y a, tout d’abord, le cas des verbes de croyance (comme croire), qui appellent l’indicatif à la forme affirmative (19a) et le subjonctif à la forme négative (19b).

    (19a) Je crois qu’il vient / *vienne.
    (19b) Je ne crois pas qu’il vienne / *vient.

    L’interprétation sémantiquement est ici à l’origine de cette distinction : à la forme affirmative, le verbe croire implique une croyance présentée comme véritable ; à la forme négative, il implique un doute et, partant, introduit une action qui peut ne pas se réaliser.

    Un autre cas particulier concerne le tour il est probable que, pour lequel le choix du mode détermine le degré de certitude envisagé, avec l’indicatif, évidemment, marquant une grande certitude (20a) et le subjonctif, une certitude moindre ou faible (20b).

    (20a) Il est probable qu’il vient.
    (20b) Il est probable qu’il vienne.

    III. Modes impersonnels

    Les modes impersonnels (gérondif, participe et infinitif) se rencontrent dans des équivalents fonctionnels à certaines subordonnées complétives ou circonstancielles. Ainsi, le gérondif pourra alterner avec une subordonnée introduite par alors que (21), l’infinitif avec une complétive lorsque le sujet du prédicat second est le même que la principale (22), le participe peut construire des subordonnées circonstancielles elliptiques de différentes façons (23).

    (21) En venant (alors que je venais)
    (22) Je veux venir (*je veux que je vienne)
    (23) Le temps écoulé (une fois le temps écoulé)

    IV. Interprétations temporelles

    L’interprétation temporelle du prédicat de la subordonnée s’analyse en relation de l’événement dénoté par la proposition principale, et détermine différents types de relation. On distingue notamment une interprétation de l’ordre de la simultanéité, fût-elle présente, passée ou future (24), et une autre sous la forme d’une antériorité d’une action sur une autre (25).

    (24) Je vois / ai vu / verrai la femme qui parle / a parlé / parlera.
    (25) Je vois la femme qui a parlé / J’ai vu la femme qui parle.

    La relation temporelle entre les propositions a donné lieu à des tendances particulières, appelée souvent la concordance des temps, qui donne lieu à deux cas de figure selon le mode de la subordonnée. Cette concordance vise à rendre explicite les relations temporelles entre les subordonnées.

    IV.1. Lorsque la subordonnée est au subjonctif

    Lorsque la proposition principale est au présent ou au futur, le subjonctif présent marquera la simultanéité entre les événements (26a), alors que le subjonctif passé marquera l’antériorité de la subordonnée sur la principale (26b) :

    (26a) Je veux / voudrai que tu viennes (l’action de venir est concomitante à l’action de vouloir)
    (26b) Je veux / voudrai que tu sois retardé (l’action d’être retardé est antérieure à l’action de vouloir).

    Lorsque la proposition principale est à un temps du passé, on attendrait légitiment les subjonctifs imparfait et plus-que-parfait pour traduire les mêmes relations de simultanéité (27a) et d’antériorité (27b). Leur paradigme très irrégulier, cependant, les rend difficiles à manipuler et dès l’époque classique, on a préféré, tant à l’écrit qu’à l’oral, employer les subjonctifs présents et passés à leur place (28).

    (27a) Je voulais que tu vinsses (l’action de venir est concomitante à l’action de vouloir)
    (27b) Je voulais que tu fusses venu (l’action de venir est antérieure à l’action de vouloir)
    (28) Mon père a consenti que je suive mon choix. (Corneille, Le Menteur, 1643)

    On notera qu’en l’absence de « subjonctif futur », l’ultériorité de la subordonnée au regard de la principale est prise en charge par les mêmes formes que celles témoignant d’une simultanéité entre les événements, qui peut donc s’interpréter de plusieurs façons.

    IV.2. Lorsque la subordonnée est à l’indicatif

    Les contraintes de la concordance des temps sont ici moins fortes, mais notons cependant que le conditionnel peut être employé pour ouvrir sur une interprétation modale potentielle, et ainsi suppléer l’impossibilité d’employer un subjonctif, de sens approchant, par exemple dans les subordonnées périphrastiques (29).

    (29) Ceux qui viendraient seront récompensés.

    On notera le cas particulier des paroles rapportées, où le choix des tiroirs verbaux dénotent des prises en charge énonciatives plus ou moins fortes. Avec une principale au passé notamment, le choix dans la subordonnée d’un verbe en passé semble témoigner d’un rapport plus objectif qu’un verbe au présent, qui oriente davantage vers une interprétation ou une reformulation des propos effectivement prononcés (30a et 30b).

    (30a) Il a dit qu’il parlait anglais.
    (30b) Il a dit qu’il parle anglais.

    Enfin, signalons que dans le cas des complétives introduites par un verbe de croyance, la concordance des temps doit être plus strictement observée dans la mesure où les deux événements sont perçus comme très fortement liés l’un à l’autre (31).

    (31) Il croyait que je m’étais / *me suis perdu.

    V. Conclusions et bibliographie

    On se reportera en priorité à la bibliographie des différents articles évoqués dans ce billet, et on complètera ces différentes questions avec cet article de Muller (2011), qui s’est penché sur la sémantique des relatives prédicatives. Également, bien qu’un peu plus vieux, cet article de Rosier & Wilmet (2003) interroge la notion de concordance des temps et montre, au-delà du caractère mécanique qui a été présenté précédemment, que les occurrences doivent toujours être contextualisées pour être interprétées.

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    Bien que j’aie rédigé cet essai en décembre, je ne l’ai volontairement pas publié avant aujourd’hui. J’attendais que A LIH paraisse en premier. Ce texte prolonge le LIH au-delà des limites de la langue anglaise. Il ne s’agit pas d’une simple traduction, mais d’une extension conceptuelle : la même contrainte structurelle réapparaît, malgré une tradition linguistique et philosophique différente.
    https://doi.org/10.5281/zenodo.18041385
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    Nous ne le répèterons jamais assez, semble-t-il * : non content de s’approprier les biens et les terres des habitants d’un état reconnu par la quasi-totalité de la communauté internationale, le gouvernement israélien détourne à son seul profit l’adjectif « sémite » qui, étymologiquement, s’applique aux Palestiniens autant qu’aux Israéliens.
    lire l'article :
    https://www.franckyvonrichard.com/2026/01/les-mots-de-linfo/
    MONTÉE DU FASCISME : "RETAILLEAU, C'EST LE SAL*UD À L'ÉTAT PUR" | HUGUES JALLON, JULIEN THÉRY

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    (14/15) ... rectification' #semantique -> convoque la centaine des écrivains les plus en vue et exige qu'il se mette au service du Parti sinon accusation d'être 'contre-révolutionnaire' + obligation de s'entre-diffamer publiquement pour ne pas être soi-même accusé -> obligation de 'réformer' sa pensée et 'avouer' des crimes imaginaires dont tendances bourgeoises -> élargie à tous les intellectuels et cadres -> dissidents ...

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    Comment on appelle, en France, les partis et les regroupements politiques éphémères ? des mouvements, des majorités, des groupes, des blocs, des socles, des alliances, des fronts... Les mots sont importants, évidemment.

    Bref article de notre collègue Michelle Lecolle, d'un point de vue sémantique et discursif : « Désignation de groupes politiques : alliances, composition et recomposition en période instable (France, 2024) » : sur la page de l’Information Grammaticale, ici : https://poj.peeters-leuven.be/content.php?url=issue&journal_code=IG&issue=0&vol=184 (accès sur abonnement)

    sur Hal en accès libre, ici ⤵️⤵️ https://shs.hal.science/hal-05043540v1

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    STRONG, B, I, EM : gras ou italique, quelle balise utiliser et pourquoi ?

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    (5/12) ... rurale (cf 1976 2014 2016 2017) + Psdt de la 'République' arrêté dans la Cité Interdite -> torturé pendant des semaines par ses propres subalternes (cf 1969).

    "Notre État a pour régime la dictature démocratique du Peuple.
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