Quelles conséquences a eues votre rapport dénonçant l’«économie du génocide»?
Ce fut un succès, car il a permis de voir Israël autrement, en s’intéressant aux causes systémiques de l’occupation illégale et de la colonisation. Le génocide ne pourrait avoir cours sans la participation et la complicité d’acteurs étatiques et non étatiques. C’est tout un écosystème, qui comprend les industries militaire, de la construction, du tourisme, des universités, des fonds de pension ou des banques. Google, Palantir, Airbnb, Microsoft… ces entreprises sont dans notre vie à tous.
Ce rapport a amplifié les revendications de boycott et de choix financiers éthiques. Il a déplu à beaucoup d’États, dont les États-Unis qui m’ont sanctionnée en tant que menace pour l’économie globale. Mais je suis contente de la mettre en danger quand elle menace la survie des populations.
Vous exercez votre fonction à la jonction entre l’institution onusienne et l’activisme. Comment articulez-vous ces rôles?
Je n’ai jamais été activiste. Mais on le devient quand des gouvernements restent passifs face à un génocide. Cela m’a amenée à endosser mon rôle de façon très engagée. Le «plus jamais ça» fait profondément partie de ma constitution en tant que citoyenne. En outre, comme Européens, avec ce qui se passe en Palestine, nous avons une possibilité de tourner notre page coloniale.
Quel regard portez-vous sur la régionalisation du conflit?
Elle ne m’étonne pas, car le projet de Grand Israël vise une domination économique et militaire de la région. Les États-Unis et l’Occident veulent créer un tampon avec la Chine et la Russie. Je vois aussi la guerre contre l’Iran comme une façon de détourner l’attention du génocide à Gaza, mais aussi des «Epstein files», une bombe atomique pour la société occidentale.
Outre le Hamas, c’est maintenant le régime iranien et le Hezbollah qu’Israël et les USA veulent faire tomber. Cette perspective n’est-elle pas souhaitable?
Les premiers à souffrir du Hamas sont les Palestiniens, et j’ai condamné sans équivoque les crimes commis contre des civils le 7 Octobre. Les criminels doivent être jugés. Mais il y a une question qui dépasse le Hamas, celle de la résistance contre l’occupation militaire.
Pour vous, le Hamas, ce sont des résistants ou des terroristes?
Ils seront toujours des résistants pour les uns et des terroristes pour les autres. Pour moi, ils sont la conséquence de l’occupation prolongée. Israël a le droit de se protéger, mais, comme l’a dit la Cour internationale de justice, pas d’occuper le reste de la Palestine historique. Encore moins de forcer les Gazaouis à vivre dans la misère la plus totale. Si nous n’avons pas d’empathie pour eux, alors quelque chose est cassé en nous.
La Palestine est un test pour l’universalisme des droits. Où est la liberté d’expression quand Israël tue près de 300 journalistes, ces «historiens de l’instant»? J’aurais attendu une solidarité de la presse internationale. Au lieu de ça, les médias occidentaux sont largement désintéressés ou complices.
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#StopGenocidio