Hôtel de l’univers – Hédi CHERCHOUR – 2023 – Ed. Van Loo
Quatrième de couverture
Hôtel de l’Univers c’est juste l’enfance qu’on a connue : on déteste son voisin, parce qu’on est mieux que lui, mais on vit à côté, on est prolo et on se retrouve entre gamins à péter les rétroviseurs des bagnoles dans le parking et à jouer au foot contre la porte du garage. Pour Hédi ça se passe en banlieue, dans les cages d’escaliers des immeubles où les mômes se retrouvent après l’école et pendant les longs mercredi d’ennui. C’est un vrai chant du prolétariat immigré, sans religion ou communautarisme sans revendication, juste l’enfance. Puis Hédi Cherchour fait grandir Farida. Elle s’enfuit dans un road-trip à travers la France. On y vole un peu tout ce qu’on peut, on y fait surtout des restos-basket. Tout ça pour échouer dans un hôtel borgne de Marseille, Hôtel de l’Univers le bien nommé, où se retrouve toute la misère du monde. C’est le début de la fin, c’est le début de la vie. Avec, en-dessous des désillusions, la naïveté de la petite Farida de cinq ans qui continue à chanter.
Mon Avis
Que peut penser une fillette de cinq ans, du monde qui l’entoure? Des évènements auxquels elle assiste, qu’ils soient bons ou mauvais? Sa cité est son château-fort. Son bâtiment est son monde et son bouclier. Son terrain de jeu, aussi. Elle se raconte. Elle raconte sa famille, ses voisins, de manière décousue, passant du coq à l’âne, ainsi que le fait tout enfant de son âge. A cinq ans, tout est source de découverte. Tout est grand et beau. Tout est aventure, même les désobéissances. La curiosité excuse tout. Le monde est bien vaste dans cette cité où tout le monde se connaît. Surtout pour une fillette de cinq ans. Ses héros sont ses parents. Ce qu’ils disent est parole d’évangile. Cependant, dans son regard innocent, elle retient de petites choses, qu’elle ne comprend pas toujours.
Farida est une petite fille dans une cité de Marseille. Une cité calme, longée par la N7. A cinq ans, son regard innocent fait du bâtiment où elle réside, un microcosme qu’elle raconte à travers ses mots d’enfant. Le récit est drôle, vivant, innocent. Ce sont les mots d’une fillette de cinq ans qui grandit, en sécurité, dans sa cité. Des mots qu’elle usurpe aussi aux adultes de sa famille, de sa cité. Des mots qui résonnent bizarrement dans le langage d’une enfant. Cette petite fille est à la fois, amusante et sérieuse. C’est tout naturellement qu’elle utilise les mots d’adultes sans trop en comprendre la portée. Cependant, sa vie est une aventure sans fin, même si elle en connait tous les acteurs. Son bâtiment est plus vaste que le monde.
Comment ne pas sourire, quand Farida, cinq ans, raconte, en toute innocence, la vie de sa cité, de son bâtiment, de sa famille, de ses voisins? Puis, en grandissant, elle narre les années 70. Son regard a changé. Elle redécouvre ce microcosme qu’elle pensait connaître et maîtriser. Elle raconte son quartier qui commence à devenir un ghetto lépreux et qui débute une plongée sans fin dans la délinquance. Cependant, sa cité reste dans son cœur, dans son sang, dans ses souvenirs et marque, de son sceau, les actions de la jeune adulte qu’elle est devenue. Une cité qui imprègne son quotidien. Son désir de liberté. Peut-elle oublier une cité qui l’a vu grandir? Tout change avec la maturité: les gens, le quartier, etc. Pour Farida, l’essentiel est de rêver, de choisir une nouvelle vie. Une vie qui peut s’avérer beaucoup plus difficile que prévu. La fillette a grandi et son regard a perdu son innocence. Elle quittera, un jour, la cité qui lui colle à la peau. Pour se révolter. Pour vivre. Pour ne plus en faire partie. Mais, est-ce si simple? Elle oubliera son bâtiment. Peut-être. Sûrement. Un jour…
9791093160788 Ed. Van Loo Coll. V2O 256 p. 18€
#éditionsvanloo #Cités #Enfance #Instalire #Instalivres #Leeham #Leschroniquesdeleeham #Littérature #Marseille #Récit #Romans #Terroir




