Pourquoi les hommes ont peur des femmes : la fabrique culturelle de la misogynie
Après avoir décortiqué la romantisation des hommes toxiques par la pop culture dans le formidable essai Désirer la violence, Chloé Thibaud poursuit son exploration des représentations culturelles avec Pourquoi les hommes ont peur des femmes : la fabrique culturelle de la misogynie. Il a été publié aux éditions Les Insolentes le 11 mars dernier et voici ce que j’en ai pensé… Extrait: « Accordons-nous le droit de faire sœurs et le droit de faire peur.» Après son essai passionnant Désirer la violence, Chloé Thibaud s’est interrogée sur la représentation des femmes dans les productions culturelles, principalement films et séries, notamment celles qui alimentent la peur des hommes, et ce que ça traduit de la culture de la misogynie. Elle évoque dans cet ouvrage différents archétypes pour lesquels elle analyse avec brio les manières dont les films et séries participent à construire une image des femmes qui sont effrayantes pour le patriarcat. Dessins animés, teen movies, films d’horreur ou encore série télévisée grand public passent sous le crible de cette étude fouillée qui invite à repenser la manière dont les histoires et les personnages féminins nous sont proposés (bien souvent par des hommes) et la manière dont ça alimente notre misogynie. Des petites filles aux vieilles femmes, des épouses aux femmes mortes en passant par les hystériques, les lesbiennes ou encore les « moches », Chloé Thibaud explore tous ces archétypes féminins de la pop culture et démontre avec brio combien toutes ces femmes et filles traduisent une peur patriarcale pour celles qui sortent de leur contrôle et de leur idéal. Extrait: « Dans un monde où le masculinisme est en plein essor, il est temps de diaboliser ceux qui doivent l’être. Ceux qui veulent nous faire taire. Contrôler nos ventres. Ceux qui font de leurs peurs et de leurs fantasmes des croyances qui imprègnent tous nos imaginaires. Ceux qui rêvent d’un monde où « Vos corps, notre choix » ne serait pas le scénario d’un film d’horreur mais une devise inscrite sur la façade des hôpitaux.» Son étude s’appuie aussi sur des travaux de nombreuses chercheuses et féministes et n’oublie pas non plus d’être inclusif dans ses réflexions. Chloé Thibaud parle donc évidemment des biais racistes et lgbtphobes qui s’infiltrent également dans ces représentations féminines de la pop culture et traduisent les constructions erronées de nos imaginaires collectifs. J’ai adoré cette lecture qui se dévore sans peine, qui pique là où il faut, quand il faut, et qui aide à repenser notre manière de concevoir ce que les œuvres culturelles veulent nous dire. J’ai maintenant envie de revoir certains films ou séries pour oublier ma peur de certains personnages et voir leur histoire sous un autre angle. J’ai adoré la manière dont l’essai est pensé, construit et écrit, la façon à la fois limpide, passionnante et complète avec laquelle Chloé Thibaud a traité ce sujet. Mon regard s’en trouve plus éduqué, plus déconstruit et j’ai encore plus à cœur de voir naître des productions réalisées et/ou écrites par d’autres personnes que des hommes blancs hétéros. Pour que la production culturelle apporte d’autres manières de dire et de voir les choses. Pour qu’on construise des imaginaires plus justes qui participeront à une société plus égalitaire. Si j’avais adoré Désirer la violence, j’ai préféré encore ce nouvel essai qui va plus loin dans l’analyse et éclaire d’une formidable manière la fabrique culturelle de la misogynie, les quelques avancées existantes et les failles des productions passées et actuelles qu’on ne doit plus nier. C’était savoureux et engageant et si ça peut inciter à repenser notre manière de créer des œuvres moins soumises aux règles patriarcales, ce sera formidable. Extrait: « Ne soyons pas naïves et naïfs. Le trope de l'affreuse belle-mère, celui de la nullipare vengeresse, et tous ceux des mères abusives, hystériques, dangereuses, ne sont pas seulement des ressorts narratifs. Ils s'inscrivent dans un projet politique, antiféministe, qui est bien réel. » En bref, Pourquoi les hommes ont peur des femmes est un essai formidable qui analyse comment les œuvres culturelles, notamment cinéma et série télévisée, fabriquent la misogynie et participent à une construction patriarcale des figures féminines. C’est très plaisant à lire, complet, et ça invite à regarder d’un autre point de vue toute cette production culturelle qui manque encore cruellement que d’autres voix aient accès à la création. Inclusif, engageant et piquant quand il faut, ce livre est une pépite à glisser entre toutes les mains. Résumé : « Depuis plus d’un siècle, la pop culture regorge de figures féminines présentées comme dangereuses : petites filles inquiétantes dans les couloirs d’un hôtel, adolescentes aux pouvoirs destructeurs, vieilles femmes monstrueuses, séductrices manipulatrices ou épouses castratrices… Ces récits ont construit l’idée que les femmes sont des menaces à contenir, à punir, voire à éliminer. Après Désirer la violence, où elle analysait la romantisation des hommes violents, Chloé Thibaud s’attaque à un phénomène miroir : la diabolisation de toutes les femmes. De Shining à Carrie, en passant par Blanche-Neige, Desperate Housewives ou Lolita malgré moi, cet essai met au jour la fabrique culturelle de la peur des femmes, jusqu’alors théorisée majoritairement… par des hommes. À l’heure où les discours antiféministes occupent une place croissante dans l’espace médiatique, l’autrice passe au crible les archétypes qui nourrissent encore la misogynie contemporaine. Et si la peur des femmes était avant tout une stratégie politique ? Que gagnent les hommes à les faire passer pour des sorcières, des hystériques ou des « ex folles » ? Derrière chaque fille d’horreur ne se cacherait-il pas l’angoisse masculine de voir les femmes échapper au contrôle patriarcal ? »