Je viens de finir le livre-enquête de Sophie Houdart sur la résidence recherche qu’elle a mené sur place pendant la décennie après la triple catastrophe de Fukushima (tremblement de terre, tsunami, explosion nucléaire). Avec forcément des retours sur l’énergie nucléaire militaire et civile (particulièrement au Japon (Hiroshima, Nagasaki), mais aussi ailleurs comme l’un est né de l’autre et jusqu’à aujourd’hui intrinsèquement liés malgré les efforts incessants de tous les communicateurs pro-nucléaires)
Aussi pour faire le lien entre le pratiquement improbable, purement abstrait jusqu’aux trois “accidents” majeurs, qui effacent un peu les incidents permanents, du moins réguliers.
De ce livre incroyable, le premier qui me fait un peu moins déprimer, car il tient la même ligne qu’Anna Tsing avec son champignon de la fin du monde - les champignons comme guides, je retiens quelques mots centraux - translocation, oubli contre faux aiguillage, et retour à la normale contre solutions extensives.
Tout étant lié aussi, comme la translocation tient compte d’une radioactivité permanente qui ne disparaît pas d’elle même ou très peu sur une longue durée, donc une radioactivité à laquelle il faut donner à manger, la concentrer ailleurs que dans ce qu’on voudrait consommer, la piéger par le potassium par exemple, tout un tas de pratiques qui s’acquièrent en faisant, certes avec le soutien des chercheurs, mais très peu avec des théories généralisables.
L’ironie de l’histoire est que la région de Fukushima a été relativement protégée du productivisme, du remembrement, et d’autres formes du progrès prônées après 45, et même un haut lieu de la culture biologique et de collecte de tout ce qui est comestible en poussant dans des lieux non cultivés
Retrouver ces pratiques et liens d’entre aides semblait dans un premier temps le meilleur moyen pour s’installer dans la longue durée de vie avec une radioactivité plus ou moins faible et lutter ainsi contre l’oubli. Malheureusement pendant ce temps ceux qui veulent retourner à la normale ne dorment pas et préparent leurs interventions contre les “rumeurs néfastes”
Il y a tant de choses à dire sur ce livre, d’autant plus que je pense que tous ces mécanismes observés ne concernent pas que la pollution nucléaire (des fois pouvant être traitée de “radiophobie” ou anxiété purement psychologique) mais aussi toute autre pollution due au productivisme capitalistique - une conscience qu’il faut vivre avec tout en la combattant. Il y a de l’inspiration à trouver chez les Seki, Ono et Nonaka qui peuplent le livre, pour ne retenir que les trois qui m’ont le plus impressionné.
S’installer dans la longue durée.
Je conseille chaudement la lecture, vous verrez bien
#Fukushima #Tchernobyl #radioactivity #PFAS #pollution #Lechampignondelafindumonde
https://leseditionsdesmondesafaire.net/produit/un-territoire-qui-comme-une-pulsation/