L’Autorité islamique de la santé n’est pas le seul organisme à avoir été pris pour cible par l’armée israélienne. Le 11 mars, Youssef Assaf, un jeune bénévole de la Croix-Rouge libanaise, a été tué alors qu’il portait secours à des personnes coincées sous les décombres d’un bâtiment visé par une frappe à Majdal Zoun, proche de la ligne de démarcation avec Israël.
« Ils sont arrivés en reconnaissance sur place et ont été visés par une frappe de drone. La deuxième équipe a dû abandonner l’opération de sauvetage pour les amener à l’hôpital », explique Ali Safieddine, chef de la base de la défense civile de Tyr. Youssef Assaf était aussi bénévole pour la défense civile. Une enquête sur les circonstances de sa mort a été ouverte par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). « Ça nous affecte tous car il travaillait avec nous depuis plus de quinze ans, poursuit le secouriste. Maintenant, personne ne sait ce qui nous attend. »
Les doubles frappes de l’armée israélienne
Dans ce centre, une dizaine d’ambulances sont garées sur un simple parking où les secouristes ont installé une table et quelques chaises en plastique. De part et d’autre du petit bâtiment, au milieu du terrain vague, des traces de frappes récentes sont encore visibles. « Je ne sais pas ce qu’ils visaient. Sûrement les maisons voisines », explique encore le secouriste en montrant les dégâts causés sur l’abri en tôle qui protège les ambulances.
En octobre 2024, l’armée israélienne avait tué cinq secouristes de la défense civile de Tyr lors d’une opération de sauvetage sur le site d’une frappe. « Pourquoi nous ciblent-ils ? Je n’ai pas de réponse », déplore Ali Safieddine, qui a perdu sa fille de 1 an et demi pendant la guerre de 2006 dans un bombardement israélien sur une base de la défense civile libanaise, où il pensait l’avoir mise à l’abri.
La défense civile, dépendante du ministère de l’intérieur, a peu de moyens pour secourir les blessé·es. « On travaille à mains nues », déplore Ali Safieddine, qui précise que leurs missions reposent sur « la rapidité ». Mais à cause des « doubles frappes », technique largement utilisée à Gaza consistant à lancer une deuxième attaque au même endroit que la première, une fois les secours arrivés, la défense civile comme l’Autorité islamique de la santé disent être maintenant contraintes d’attendre un certain temps avant d’intervenir, réduisant alors les chances de survie des victimes.
Et, parfois, les précautions ne suffisent pas. Lundi 16 mars, deux membres de l’Autorité islamique de la santé ont été tués lors d’une mission de secours après un bombardement à Kfar Sir, dans le sud du Liban. « Nous avions pourtant appliqué le protocole et attendu vingt minutes, mais ils ont frappé dès l’arrivée de l’ambulance », raconte Mohamed Karaki, un de ses porte-parole.
« Tous ces jeunes ont des familles, des enfants », souffle Ali Safieddine, qui assure que ces attaques ne découragent pas les volontaires, « au contraire ». « On n’a pas un travail facile, on va là où les autres fuient, continue-t-il. Mais on ne s’arrêtera pas de travailler, quoi qu’il arrive. »
L’Autorité islamique de la santé est aujourd’hui celle qui paie le plus lourd tribut face aux attaques israéliennes contre les soignant·es au Liban. Israël élargit ses frappes au-delà des cibles militaires, visant des institutions civiles liées au Hezbollah et décimant des familles vivant dans les zones où le parti est influent, ce que beaucoup dénoncent comme une logique qui a pour but de punir collectivement la communauté chiite libanaise.
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