> Le gouvernement a censurĂ© toutes les politiques de protection de lâeau
Alors quâun nouveau projet de planification de la gestion de lâeau du bassin de la Vilaine est en cours dâadoption, un moratoire instaurĂ© par le premier ministre SĂ©bastien Lecornu bloque toutes politiques de lâeau et rend son avenir incertain.
AprĂšs trois ans de travail, la Commission locale de lâeau (CLE) du bassin de la Vilaine est parvenue Ă une rĂ©vision du schĂ©ma dâamĂ©nagement et de gestion des eaux (Sage), qui prĂ©voit notamment lâinterdiction des herbicides dâici Ă 2029 sur les parcelles de maĂŻs situĂ©es Ă proximitĂ© des aires de captage dâeau potable jugĂ©es prioritaires.
Lâobjectif : protĂ©ger la ressource en eau et ainsi notre santĂ©. Et pourtant, cette mesure suscite de vives oppositions, notamment de la part de la FĂ©dĂ©ration nationale des syndicats dâexploitants agricoles (FNSEA).
Le 21 mars 2025, le projet de Sage a Ă©tĂ© votĂ© par les 72 membres de la CLE, constituĂ©e notamment dâĂ©lus et de reprĂ©sentants de la Chambre dâagriculture, dâassociations environnementales et des services de lâĂtat, avec 39 voix pour et 18 abstentions. Aucun des membres ne sây est opposĂ©. Comme le veut la procĂ©dure habituelle, « nous avons soumis ce projet Ă la consultation des personnes publiques associĂ©es, dont les collectivitĂ©s », raconte Michel Demolder, prĂ©sident de la CLE et de la CollectivitĂ© Eau du Bassin Rennais, Ă La RelĂšve et La Peste, prĂ©cisant quâelles ont majoritairement donnĂ© un avis favorable.
Une réunion de la CLE bloquée en décembre
Mais ces Ă©tapes ont Ă©tĂ© entachĂ©es dâactions dâopposition. « Les manifestations ont commencĂ© avant le vote du projet de Sage par la CLE, avec une manifestation de 80 agriculteurs, essentiellement de la FNSEA, devant la prĂ©fecture de Redon en dĂ©cembre 2024 », souligne Michel Demolder. Il a notĂ© une accĂ©lĂ©ration des actions au moment de la consultation des collectivitĂ©s. « Des courriers leur ont Ă©tĂ© envoyĂ©s par la FĂ©dĂ©ration dĂ©partementale des syndicats dâexploitants agricoles (FDSEA) et le syndicat Jeunes agriculteurs (JA) qui dĂ©naturaient complĂštement notre projet. »
Le 11 dĂ©cembre 2025, le prĂ©sident a dĂ» suspendre la rĂ©union de la CLE prĂ©vue dans une salle de ChĂąteaubourg. « Nous devions prĂ©senter les contributions du public ainsi que les aides prĂ©vues pour la mise en Ćuvre de la rĂšgle dâinterdiction des herbicides sur les parcelles de maĂŻs Ă risque fort situĂ©es au niveau des aires dâalimentation prioritaire », rapporte-t-il, se dĂ©solant des blocages mis en Ćuvre par la FDSEA et les JA, rejoints par la Coordination rurale. « Jâai personnellement trouvĂ© curieux que la salle soit bloquĂ©e malgrĂ© le dĂ©ploiement des forces de lâordre⊠Cinq jours plus tĂŽt, Emmanuel Macron avait eu une discussion avec le secrĂ©taire de la FDSEA 35. »
La démocratie locale bafouée par un moratoire
Si Michel Demolder nâa pas eu vent de la teneur de ces Ă©changes, la position du Premier ministre est plutĂŽt claire : le 13 janvier, SĂ©bastien Lecornu a instaurĂ© un moratoire national sur toutes les dĂ©cisions concernant la politique de lâeau, empĂȘchant ainsi toute adoption dĂ©finitive du Sage de la Vilaine.
« Jâai reçu une rĂ©ponse trĂšs courte du Premier ministre, mâindiquant que le moratoire Ă©tait fait pour permettre plus de temps de concertation, condamnant presque les services de lâĂtat qui avaient votĂ© pour ce projet de Sage », rapporte Michel Demolder, estimant que ce moratoire nâa aucun cadre rĂ©glementaire ni juridique.
« Je ne comprends pas lâattitude du prĂ©sident de la RĂ©publique et du Premier ministre, mais je ne mets pas en cause les services de lâĂtat, avec lesquels nous travaillons trĂšs bien en rĂ©gion. Le prĂ©fet mâa indiquĂ© suivre les ordres. » Michel Demolder sâinquiĂšte dâ« une rĂ©appropriation nationale de la politique de lâeau, alors que lâeau se gĂšre par les Ă©lus locaux en concertation avec tous les acteur grĂące aux CLE ». Il considĂšre que SĂ©bastien Lecornu a fait « une faute politique majeure » avec ce moratoire : « MĂȘme dans son propre camp, certains Ă©lus ne comprennent pas cette façon de bafouer la dĂ©mocratie locale. »
Le prĂ©sident de la CLE dĂ©nonce le lobbying de la part des organisations syndicales et de lâagrochimie, alors que « lâagriculture subit des crises Ă rĂ©pĂ©tition et que la plupart des agriculteurs sont prĂȘts Ă faire Ă©voluer leur pratique en Ă©tant accompagnĂ©s ».
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