L'Asie en mouvement, cette semaine, nous raconte la transformation de la dictature militaire birmane en un gouvernement d'apparence civile. Les 55 millions d'habitants vivent toujours au milieu de la guerre civile qui fait rage depuis le violent coup d'État de 2021.
L'opposition démocratique est en prison, les combats sont toujours en cours dans une large partie du territoire et l'armée contrôle fermement les grandes aires urbaines. Malgré cela, les chefs des diplomaties chinoise et thaïlandaise sont de passage cette semaine en Birmanie.
Un véritable coup de baguette magique en Birmanie. Des élections largement truquées, un général sanguinaire devenu président, quelques milliers de prisonniers graciés et une dictature militaire qui vient de se donner l'apparence d'un gouvernement civil... Min Aung Hlaing, le leader de la junte, devenu officiellement chef de l'État le 3 avril, caresse l'espoir de voir sa légitimité reconnue sur la scène internationale. Ses alliés historiques, Pékin et Bangkok, l'aident à entrevoir l'espoir d'un retour du pays au sein de l'Organisation des nations d'Asie du Sud-Est (Asean). Cette semaine, les ministres des Affaires étrangères chinois et thaïlandais se sont déplacés dans le pays. Des visites qui sont loin d'être une surprise. Tout eci amorce tout de même la fin de l'isolement de la junte, mise au ban des nations après le coup d'État de 2021.
96 000 morts en cinq ans
À sa prise de pouvoir, le 1er février 2021, le général #MinAungHlaing renverse un gouvernement démocratiquement élu d'Aung San Suu Kyi. La prix Nobel de la paix 1991, leader du principal parti politique, la Ligue nationale pour la démocratie, est envoyée en prison, comme la plupart des opposants. Au total, selon l'Association d'assistance aux prisonniers politiques, la junte aurait fait 31 000 prisonniers politiques. Les manifestations suivant le coup d'État sont réprimées dans le sang, la liberté de la presse disparaît, toute critique est muselée et une guerre civile éclate.
L'armée se distingue par sa violence et la multiplication des crimes de guerre, prenant fréquemment pour cible la population civile. L'ONG #ACLED estime qu'au moins 96 000 personnes sont mortes en plus de cinq ans d'un conflit largement oublié. Maintenant, le chef de la junte se trouve en position de force sur le terrain. Cette semaine, il a même proposé un plan de paix largement rejeté par les groupes rebelles. Un retournement de situation par rapport à l'année 2023 : une alliance d'armées ethniques situées proche de la frontière chinoise avançait à grands pas, l'armée manquait cruellement d'hommes, les villes tombaient... Mais la Chine, justement, lasse de voir autant d'agitation et d'instabilité chez un voisin aux ressources minières considérables, a décidé d'agir.
Mascarade électorale
En soutenant l'armée et en jouant de son influence sur les armées ethniques, la Chine a permis à l'armée birmane de récupérer du terrain. La junte a également eu recours à la conscription forcée pour regarnir ses effectifs. Ensuite, Pékin a poussé son nouvel allié à organiser des élections. Elles ont eu lieu en décembre 2025 et janvier 2026. Sur place, RFI a pu constater que le processus n'était ni libre ni juste, sans réelle opposition. Une mascarade électorale qui a permis à l'armée et à l'USDP, le parti politique de la junte, de prendre le contrôle de 86% des sièges à l'Assemblée.
Un score qui a permis au général Min Aung Hlaing d'atteindre son rêve : celui de devenir président. Arrivé au pouvoir, il a déclaré l'amnistie pour plus de 4 000 condamnés, dont l'ancien chef d'État Win Myint. Une manœuvre visant à marquer le grand retour de la junte sur la scène internationale. Même si l'Union européenne et les États-Unis restent très critiques, leur aide aux groupes rebelles est nettement inférieure aux livraisons d'armes de Pékin et Moscou. Certains à Naypyidaw ou Yangon craignent maintenant de voir les États-Unis engager le dialogue avec la junte, notamment pour contrer les intérêts chinois. En 2025, en menaçant le pouvoir birman de droits de douane dans une lettre, Donald #Trump avait de fait commencé à reconnaître le contrôle exercé par la junte.
https://www.rfi.fr/fr/podcasts/l-asie-en-mouvement/20260424-le-tour-de-magie-de-la-junte-birmane
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