lien direct sur la vidéo : https://youtu.be/ZY4ObLOUG2c (1h04)

Wikipedia : #MichelFeher, né le 12 juillet 1956, est un auteur belge juif, philosophe et « ce qu'on appellerait aux États-Unis un critical theorist, c'est-à-dire un producteur d'argumentations critiques destinées à mieux appréhender l'évolution de la société ».

#Feher a étudié à l'université libre de Bruxelles, l'université Columbia et à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il a cofondé la maison d’édition new-yorkaise #ZoneBooks en 1986, l'association #CetteFranceLà en 2008 et le média en ligne https://diagrammes.fr en 2025.

« Toutes les vannes ont lâché. L’union des droites est en train de s’accomplir »

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- https://www.palim-psao.fr/2026/03/michel-feher-ou-la-misere-a-tendance-antisemite-de-la-pseudo-critique-de-l-ideologie-par-clement-homs.html (Michel Feher, ou la misère (à tendance antisémite) de la pseudo-critique de l'idéologie, par Clément Homs )

# Liens

- https://www.editions-crise-et-critique.fr/ouvrage/collectif-le-peril-antisemite/ (Collectif – Le Péril antisémite)

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Pour ma part, Michel Feher, qui fait encore aujourd'hui parlé de lui suite à l'un de ses propos dans l'émission A l'air libre du 5 mars 2026 (Médiapart), je ne l’ai jamais vraiment senti.

Sa manière de reprendre à son compte sur la scène française, le concept de « producérisme » relève, au mieux, de l’incompétence intellectuelle et, au pire, d’une malhonnêteté que Debord qualifierait de « maspérisatrice ».

Certes, dans 𝑃𝑟𝑜𝑑𝑢𝑐𝑡𝑒𝑢𝑟𝑠 𝑒𝑡 𝑝𝑎𝑟𝑎𝑠𝑖𝑡𝑒𝑠, il reconnaît — en les mentionnant brièvement en notes de bas de page — qu’il reprend ce concept à deux auteurs états-uniens : Mark Loeffler (historien, élève de Moishe Postone, dont l’article central sur le producérisme, « Populistes et parasites. Sur la logique des populismes productifs », (https://www.palim-psao.fr/2023/02/populistes-et-parasites-sur-la-logique-des-populismes-productifs-par-mark-loeffler.html) a justement été traduit par William Loveluck dans la revue Jag­ger­naut n°1 en 2019 [1]) et John Abromeit (un autre article épatant qu’il faudrait traduire).

Tous deux s’inspirent pourtant directement de la théorie postonienne/wertkritik du capitalisme comme abstraction réelle et de la dichotomie idéologique entre l’ « abstrait » et le « concret » dans les formes de conscience contemporaines pour élaborer ce concept.

On pourrait d’ailleurs ajouter un troisième auteur important, Marcel Stoetzler, fondamental dans la théorisation du producérisme et dans la compréhension de l’antisémitisme comme vision fétichisée du capitalisme, que Feher ne cite même pas.

Or, sans la compréhension postonienne/wertkritik du capitalisme comme abstraction réelle, et donc comme forme sociale produisant une conscience dichotomique opposant un abstrait hypostasié à un concret tout aussi hypostasié (personnifiés par différentes instances), il n’est pas possible de théoriser rigoureusement le producérisme (William à l'époque, du fait de la difficulté de traduire producerism, avait opté pour « populisme productif », alors que Feher a préféré le néologisme). C’est précisément cette structure fétichisée de la conscience sociale qui rend possible l’opposition idéologique entre les « producteurs » supposés concrets et les « parasites » réputés abstraits.

Michel Feher, en bon marxiste traditionnel (car il l'est, à plusieurs signes, c'est évident), élude largement (volontairement ou par incompétence) ce soubassement théorique, en ne disant rien de la transformation de la critique de l’économie politique qu’un tel concept implique.

Dans son livre, qui demeure en partie idéologique sur ces points indiqués, s’il se sent bien sûr obligé d’esquisser un très bref historique — et partiel — du producérisme des gauches, il tend à le cantonner presque exclusivement au passé.

Il ne prend donc pas réellement pour objet le producérisme comme forme idéologique transversale, susceptible, y compris aujourd’hui, de traverser l’ensemble du champ politique.

Au contraire, il n’en retient qu’une moitié : celle qui permet de critiquer la seule extrême droite (le RN en l'occurrence).

Autrement dit, il ne traite que du producérisme réactionnaire/fasciste, tout en passant sous silence — ou presque — les formes de producérisme présentes à gauche (c'est-à-dire aujourd'hui, essentiellement l'altercapitalisme producériste de La France Insoumise, avec nécessairement sa tendance objective vers l'antisémitisme).

Cette omission n’est pas anodine.

Car le producérisme n’est pas une idéologie propre à l’extrême droite : il constitue plutôt une idéologie de crise du capitalisme, fondée sur une perception fétichisée de la socialisation capitaliste induite par l'abstraction réelle capitaliste elle-même sur le plan de la socialisation structurante dans la modernité.

À ce titre, il est parfaitement transclasse et transpolitique, et peut se déployer aussi bien dans certains populismes de gauche — par exemple dans certaines rhétoriques opposant « le peuple productif » aux élites financières — que dans les discours de l’extrême droite.

En attribuant presque exclusivement cette idéologie à l’extrême droite, Feher réduit ainsi un phénomène idéologique structurel à un simple adversaire politique.

Le concept de producérisme, au lieu de servir d’outil critique pour analyser une forme générale de conscience sociale produite par le capitalisme, devient alors un instrument de parti.

Pour cette raison, Feher m’apparaît moins comme un véritable théoricien de cette question que comme le faux nez d’une critique : un usage partiel, idéologique et finalement dévoyé d’un concept pourtant solide.

Qu’aujourd’hui il se montre aussi indifférent à la rage antisémite contemporaine — et en alimente maintenant docilement le moulin — n’a dès lors rien d’une incongruité.

En s’appropriant le concept de producérisme tout en le vidant de ses déterminations théoriques, il s’est privé des outils permettant d’en saisir la portée réelle.

Dès lors, avec cette vieille rengaine de « l’auto-antisémitisme » des Juifs — recyclée aujourd’hui sous la forme d’une dénonciation du sionisme comme source de l’antisémitisme — il finit par rejoindre, qu’il le veuille ou non, ceux qui reconduisent précisément la structure idéologique qu’il prétendait analyser : la vision fétichisée opposant un « abstrait » hypostasié à un « concret » tout aussi hypostasié.

Autrement dit, la même matrice de pensée fétichisée qu’il croyait pouvoir attribuer quasi exclusivement à l’extrême droite, sous les seuls traits du producérisme, se trouve ainsi reproduite ailleurs, sous des habits « critiques », et cette fois-ci dans sa propre bouche d'antisémite [2].

Telle est présentement la misère de la pseudo-critique de l’idéologie.

Clément Homs, 8 mars 2026.

[1] https://www.palim-psao.fr/2023/02/populistes-et-parasites-sur-la-logique-des-populismes-productifs-par-mark-loeffler.html

[2] Pour une démonstration voir l'ouvrage collectif, Le Péril antisémite. Antisémitisme structurel dans la modernité capitaliste (Crise & Critique, 2025): https://www.editions-crise-et-critique.fr/ouvrage/collectif-le-peril-antisemite/

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#antisemitisme #Postone #ClementHoms #feher #LFI

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