The River has roots
Publiée en français en octobre 2025 dans la collection Nouveaux Millénaires des éditions J’ai Lu, The River has roots est une novella de l’autrice canadienne Amal El-Mohtar. De l’autrice, je n’avais lu que le récit écrit à quatre mains, Les oiseaux du temps, chez Mu. Et c’était un chef-d’œuvre. J’ai donc tenté la lecture de ce titre qui fait partie des finalistes du prix Nebula 2026, et voici ce que j’en ai pensé… Extrait: « Parfois la rivière ploie comme un coude, parfois elle s’étire large et droite comme une ombre. Tant qu’on entend ses eaux, tout paraît possible: que le soleil soit la lune, qu’une étoile soit un nuage, que le crépuscule soit l’aube, et tout est à la fois sacré et hanté.» Il ne m’aura fallut qu’une page pour avoir la certitude que je tenais entre mes mains un coup de cœur. Une seule page où l’écriture m’a immédiatement soufflée pour la poésie et l’onirisme qui s’en dégageaient. Une seule page pour déceler un univers de fantasy atypique, une ambiance de conte aussi mystérieuse que belle. Une seule page pour ne plus avoir envie de le lâcher. Alors que mon rythme de lecture est particulièrement en chute libre depuis quelque temps, j’ai dévoré The River has roots sans parvenir à m’arrêter. Et c’était si beau! Amal El-Mohtar nous propose ici un conte, avec tout le merveilleux que le genre suppose, créant dans le monde réel une inclusion de la Féérie particulièrement belle. J’ai retrouvé un peu de ce que j’avais lu dans l’inclassable mais sublime TysT de luvan, avec cet ailleurs que les mots ne suffisent pas à décrire, qui ne répond à aucune de nos logiques connues et qui pourtant trouve, dans les pages du livre, un écrin où apparaître et où nous immerger. Extrait: « Mais c’est surtout de la harpe dont on joue comme d’un corps aimé: on apprend à coucher son corps contre sa poitrine, à trouver avec les mains ces points où la tension est la plus profonde et la plus dure pour que les doigts la libèrent en une palpitation. » C’est aux frontières de cet ailleurs, que l’autrice nous raconte l’histoire de deux sœurs qui chantent pour les arbres, deux sœurs qui s’aiment d’un amour puissant, deux sœurs qui se sont juré de rester ensemble. Si les critères du conte sont respectés, Amal El-Mohtar souligne aussi que leur histoire sort des stéréotypes véhiculés par le genre habituellement. Ici les femmes ne se trahissent pas, ne portent pas de mauvaises intentions, surtout jamais l’une envers l’autre. Et ça, c’est important de le souligner. On remet à l’honneur la sororité, tout comme on parle d’amour avec beaucoup de poésie. L’ensemble de cette histoire dégage un onirisme envoûtant, nous emportant dans les flots de la Liss à la rencontre d’une maîtrise des mots qui semble presque magique. J’ai été conquise dès les premières phrases, je n’ai jamais été déçue ensuite. Et les remerciements de l’autrice ajoutent un supplément à mon enthousiasme, rappelant que le rejet de l’étranger, dont font preuve certains personnages à l’égard des habitants de Féérie, est surement le plus grand mal de notre temps. Amal El-Mohtar, par cette magnifique histoire, redore non seulement le blason des sœurs, mais aussi celui de la différence, le temps d’une parenthèse enchantée dans l’écoulement du réel qui fait beaucoup de bien. Ajoutons à tout ce plaisir un objet livre très réussi, avec de nombreuses illustrations intégrées au récit par Kathleen Neeley et qui participent à l’envoûtement. Extrait: « Oh, qu’y a-t-il de plus fort qu’une mort? Deux sœurs, qui chantent d’un seul souffle.» En bref, The River has roots est un immense coup de cœur. Dès les premières pages, j’ai été conquise par la beauté de la plume, par l’onirisme de l’œuvre et par la manière de raconter le merveilleux. C’est un magnifique récit d’amour, de sororité, une ode à la différence et un hommage au genre du conte. C’était si beau que mon âme est un peu restée sous les saules, à écouter s’écouler la rivière et la voix de deux sœurs qui chantent à propos du vent du nord. Résumé : « Dans la petite ville de Thistleford, non loin de la Féerie, vit la mystérieuse famille Hawthorn. C’est là qu’elle plante, soigne et taille ses arbres, des saules enchantés dont elle utilise chaque partie : les feuilles pour le thé, l’écorce pour les remèdes, le bois pour les instruments. Personne n’est plus dévoué à ce travail que les filles Hawthorn, Esther et Ysabel, qui s’aiment autant qu’elles chérissent leurs arbres. Mais lorsque Esther rejette un prétendant insistant au profit d’un amant venu de l’énigmatique Arcadie, le lien qui unit les deux sœurs est menacé, tout comme leur vie…» (Illustration de couverture: Studio J’ai Lu, d’après © Shutterstock/zunaki, Phoebe Yu, GN. Studio, Mozahidul848) D’autres avis dans la blogosphère: Syndrome Quickson, Les blablas de Tachan, ... > Content warning