Petit livre, grand plaisir : ce #vendredilecture je me régale avec, rassemblé dans un seul volume, « Sylvie », la nouvelle de #GérarddeNerval, faisant face en double page à une version allemande traduite pour l’occasion, suivi de l’essai d’analyse de son traducteur italien : #UmbertoEco, « La bruma, tra la parola e l’altra », et puis des notes textuelles, bio- et bibliographiques édité par #BurkhartKroeber, le traducteur allemand de quasiment toute l’oeuvre d’Eco. C’était lui qui en 1999 avait découvert « Sylvie di Gérard de Nerval nella traduzione di Umberto Eco » avec son essai en prime chez Einaudi et en faisait l’édition allemande son projet de cœur. 1/3
L’image de brume entre les phrases de Nerval vient de #MarcelProust : « … ce n’est pas dans les mots, ce n’est pas exprimé, c’est tout entre les mots, comme la brume d’un matin de Chantilly. » #Eco en tirait son « effetto nebbia » qu’on ressentit à la fois au niveau spatial que temporel : la réalité devient incertaine, une désorientation comme en franchissant le « seuil matinal où l'on s'éveille lentement, et où les premières réflexions conscientes se confondent avec les dernières lueurs des rêves. » En dépit de ses conférences sur « Sylvie » à Bologne, Columbia et Harvard et une cinquantaine de relectures Eco prétend n’avoir jamais percé le brouillard. 2/3
Comment la traduction de « Sylvie » en allemand par #Kroeber (la dixième depuis 1921) à partir de l’original français s’informe des choix de mots et des modifications subtiles de phrases par son traducteur italien est à la fois révélateur et amusant. #Kroeber s’en sert de la version de #Eco en italien pour mieux comprendre ce que #Nerval a bien voulu dire, et rajoute les explications que Eco l’y a apporté, comme ce que Proust disait au sujet du temps perdu chez Nerval qu’il allait rechercher (et maîtriser) lui-même, si ce n’est que pour la rédemption de son aïeul littéraire. Texte intégral de « Sylvie » par ailleurs ici : https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Filles_du_feu/Sylvie 3/3
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