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Deux nouvelles découvertes archéologiques d'objets de la fin du Ier siècle apr. J.-C., aux Pays-Bas actuels, laissent penser que des Romains consommaient délibérément la jusquiame noire, une plante hallucinogène. On savait que cette plante était connue des auteurs grecs (Plutarque) et romains (Pline l'Ancien) mais les découvertes de vestiges de ces plantes sont rares. C'est un exemple des apports de l'archéobotanique à la connaissance de l'Antiquité.
https://hyperallergic.com/871183/archaeologists-find-evidence-of-hallucinogenic-drug-in-ancient-rome/
Archaeologists Find Evidence of Hallucinogenic Drug in Ancient Rome

Physiological reactions to a plant called black henbane were well documented throughout the Ancient Mediterranean world.

Hyperallergic
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L'étude a été publiée le 8 février par les zooarchéologues Maaike Groot et Martijn van Haasteren et l'archéobotaniste Laura I. Kooistra dans la revue savante "Antiquity".
https://www.cambridge.org/core/journals/antiquity/article/evidence-of-the-intentional-use-of-black-henbane-hyoscyamus-niger-in-the-roman-netherlands/A06E000B17E1642C878E469157D5131C
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Evidence of the intentional use of black henbane (Hyoscyamus niger) in the Roman Netherlands | Antiquity | Cambridge Core

Evidence of the intentional use of black henbane (Hyoscyamus niger) in the Roman Netherlands - Volume 98 Issue 398

Cambridge Core
@GeeksAnciens Est-ce qu'on peut imaginer d'éclaircir la répartition géographique de la prise de jusquiame sur le territoire romain, et éventuellement sa répartition "sociologique" ? Si les classes sociales les plus aisées/proches des lieux de pouvoir ne consommaient pas (souvent) de jusquiame cela expliquerait peut-être pourquoi les textes ne parlent pas (beaucoup) de cette pratique.
@hist_myth Alors, à ma connaissance (et si j'ai bien compris l'article), ce n'est pas rare que les textes romains *parlent* de cette plante. Les auteurs grecs connaissent déjà les propriétés apaisantes et curatives de la jusquiame à graines noires, ainsi que ses désavantages. On savait donc déjà que les Grecs et les Romains s'en servaient. En revanche, je pense qu'on n'a pas assez de données pour savoir quelles catégories sociales s'en servaient.
@GeeksAnciens Disons que je trouve surprenant que, justement, les auteurs grecs n'aient pas dit qu'on prenait de la jusquiame volontairement pour ses propriétés hallucinogènes (alors qu'ils ne se gênent pas pour décrire, par exemple, la forme locale d'alcool dans un pays donné, ça a quasi l'air d'un topos de l'ethnographie grecque si je peux me permettre cet anachronisme ; cf. Xénophon en Géorgie qui aspire de l'alcool dans une paille, tout ça)
@GeeksAnciens Et donc je cherche une explication - peut-être que ce n'est pas un usage qu'ils connaissaient/pratiquaient/jugeaient bon de pratiquer
@hist_myth La découverte montre seulement qu'il s'agissait d'un "usage volontaire", par distinction avec "consommation accidentelle parce qu'il y avait des grains de jusquiame qui se mélangeaient aux plantes cultivées parce que ça poussait à côté". Mais ça peut être un usage volontaire comme remède. Donc on ne sait toujours pas si des Romains se payaient des very bad trips.

@hist_myth Alors, pour être tout à fait prudent, je ne sais pas si les auteurs grecs ou romains disent ça quelque part ou non (même si je pense que non). Il faudrait aller lire.

Pour être prudent aussi : cette découverte ne prouve pas que les Romains consommaient la jusquiame pour ses propriétés hallucinogènes (plutôt que dans un but médicinal). J'ai d'ailleurs modifié mon premier message, qui s'avançait un peu. L'article d'Hyperallergenic et son image sont un peu sensationnalistes.

@hist_myth Pour citer l'étude dans "Antiquity" :
" Black henbane is a ‘weed of cultivation’, it grows in the favourable conditions of cultivated land and its seeds may be harvested and sown unintentionally, effectively migrating with farming communities. This makes it particularly difficult to prove intentional use of the plant when it is found at archaeological sites; seeds may have accidentally been harvested and stored or entered archaeological features when plants grew in settlements."

@hist_myth Ce qui est rare, c'est qu'on arrive à retrouver bel et bien cette plante sur des sites archéologiques.

Jusqu'à présent, les archéologues trouvaient surtout de la jusquiame noire en bordure d'anciennes cultures et de bâtiments. Mais on n'avait pas moyen de savoir si elle n'avait pas simplement poussé là de manière sauvage, car elle pousse naturellement près des cultures.

Là, on a un contexte archéologique qui montre que la plante a été récoltée et conservée.

@hist_myth Pour en revenir aux textes, c'est vrai qu'ils sont écrits par des élites cultivées. Mais les auteurs grecs et romains connaissent les plantes qu'ils ne consomment pas eux-mêmes. Une personnalité comme Pline l'Ancien, qui est curieux de tout, documente toutes sortes de savoir-faire qui relèvent de catégories sociales, professionnelles et même géographiques variées. (Certes, je prends un exemple d'auteur génial dont n'importe quel-le archéologue parle avec des cœurs dans les yeux.)