Hier, en revenant sur Lyon, je me suis plongée dans Les Œuvres de miséricorde, de Mathieu Riboulet.

Riboulet, c'est un auteur que j'aime beaucoup -- surtout parce qu'il donne à lire beaucoup d'amour. J'ai tendance à l'opposer à Dustan (Guillaume), parce que les 2 écrivent des trucs pornos homosexuels ; mais là où l'écriture de Dustan est (dans ses 3 premiers livres du moins) très froide, clinique, et donne une image du sexe principalement comme performance, je ressens beaucoup d'amour dans toutes les baises décrites par Riboulet -- which I kinda relate to. Après, voilà : Riboulet, c'est aussi une œuvre plus... précieuse ? -- je sais pas, il y a quelque chose de maniéré, classique, bourgeois dans sa manière d'écrire, qui le rend tout à la fois plus difficile à lire et plus facilement assimilable à la culture légitime.

J'ai pas encore fini Les Œuvres de miséricorde, mais je me sens quand même de faire quelque remarques :

  • déjà, on retrouve certaines des obsessions de Riboulet : la Bible et les mecs (cf. Le Regard de la source). C'est un truc que j'aime pas mal chez lui, ces liens qu'il établit entre la foi et la baise (l'amour, toujours), la dimension sacrée qu'il donne au sexe. Ici, les différents chapitres qui composent le livre sont tous nommés en référence à l'une des 7 œuvres de miséricorde (corporelle) -- liste établie à partir de l'Évangile selon Matthieu ;
  • toutefois, j'ai l'impression qu'au cœur du livre se nichent ces questions : qu'est-ce qu'on fait de l'H/histoire ? Qu'est-ce que nous fait l'H/histoire ? (Je pense que ça vaut tant pour la grande que pour les petites histoires.) Au départ de ce livre en effet, il y a ce sentiment du narrateur qu'il a quelque chose à "régler" avec l'Allemagne et les Allemand·es -- quelque chose qui a tout à voir avec les 3 guerres qui ont opposé la France et la Prusse/Allemagne, les Français·es et les Allemand·es. Et donc il décide de coucher avec un Allemand. Histoire de conjurer le sort, presque -- ce qui l'amène par ailleurs à comparer les gestes d'amour et de violence ;
  • "tout un programme !" vous sentez-vous peut-être de soupirer à la lecture des dernières phrases. Et, en effet ! c'est dense, pas très simple à saisir (qui plus est dans le train, bercée par son roulis) -- d'autant que Riboulet a le gout des phrases compliquées (cf. supra) ;
  • après, ça m'a grave rassurée de voir comment il ponctuait certaines phrases ! Je crois que ça me légitime dans la façon que j'ai parfois de ponctuer mes textes. (Oui, j'aime bien me dire que quelqu'un·e que j'admire l'a déjà fait. On flatte son égo comme on peut.)

En tout cas, même si ça demande aussi pas mal d'efforts pour arriver à saisir quelque chose, ça m'a fait du bien hier de commencer ce livre plutôt que de continuer Tout va bien se passer de Nathalie Quintane -- l'histoire que se raconte la narratrice, d'un torse de ministre qui, après s'être fait épiler, court pour se rendre à son conseil.

#vendredilecure #mastolivres #mastolivre

@NoisetteDor

Il cherchait probablement son #VendrediLecure ;)

#vendredilecure en retard ou en avance, c'est vous qui me direz -- mais j'ai pas mal lu ces 4 derniers jours so here I am !

  • Trois Récits, de Jean-Luc Lagarce
    Il y a un mois environ, j'ai écouté un podcast sur Jean-Luc Lagarce qui m'a grave donné envie de le lire ! J'étais particulièrement intriguée par ces Trois Récits, vu qu'un extrait du Bain avait été lu pendant l'émission et, well, c'était nice ! L'écriture de Jean-Luc Lagarce peut être un peu agaçante car très répétitive par moments (de ce point de vue-là, je trouve que L'Apprentissage est le texte le plus pénible à lire), mais je retiens surtout de ce livre beaucoup de tendresse et de... pudeur ?? (Ce que j'appelle "pudeur", c'est ce refus de nommer la maladie dont souffre le narrateur/auteur [on parle ici de "récits" et pas de "nouvelles"], qui fait qu'on ne peut pas clairement rattacher ces textes à la littérature du sida, mais qu'ils gardent une certaine universalité.) S'agissant de la tendresse... C'est tellement doux Le Bain... cette façon qu'ils ont de s'aimer très doucement, en ayant peur de se casser... -- trop beau. Lagarce et Riboulet, même combat. (Mathieu Riboulet se répète moins, j'ai l'impression.)

  • Auto-destruction. Pourquoi la voiture détruit le monde (et comment arrêter ça), de Kilian Jörg
    Z, la copine qui m'a prêté ce livre, me fascine : depuis des années, elle ne se déplace plus qu'en vélo et en transports en commun -- quitte à arriver au beau milieu de la nuit et se retrouver à dormir dans un moulin désaffecté. (I love her.) Je vous jure : elle refuse de monter en voiture. Et, franchement, après avoir lu ce bouquin, je me dis qu'il serait temps que je me mette au vélo. J'ai pas trop trop compris le 2ème tiers (les chapitres plus philos sur le fascisme), mais c'est super instructif et, même si je trouve la conclusion pas hyper convaincante (j'ai l'impression que l'auteur·rice croit encore trop en la possibilité de compromis avec les pouvoirs publics), ça m'a aussi donné de l'espoir, des perspectives sur d'autres mondes possibles. À relire, donc -- histoire de m'approprier le discours sur le fascisme inhérent aux courbes des SUV.

  • Je vis dans une maison qui n'existe pas, de Laurène Marx
    Là aussi, ça se répète pas mal -- mais c'est moins agaçant que dans L'Apprentissage. Sans doute le livre qui m'a le moins touchée des 4 que j'ai lus ce weekend. Un long poème sur la folie, l'enfermement, les violences intrafamiliales et comment, enfant puis adulte, on se construit des espaces propres pour survivre. Quelques passages m'ont beaucoup émue quand même -- mais c'est pas hyper évident à suivre, voir où ça mène, etc., donc bon.

  • Le palais des deux collines, de Karim Kattan
    Premier roman de Karim Kattan, le deuxième que je lis de lui -- c'était magnifique. Un mec retourne dans la maison qui l'a vu naitre et grandir, sur le point d'être annexée par des colons isréalien·nes armé·es. Alors que le danger se rapproche, accompagné du fantôme de sa grand-mère, il remonte le cours de l'histoire, déterre les secrets de famille et met au jour les ambiguïtés des un·es et des autres. La structure du récit est un peu confuse par moments, mais ça ne gêne pas la lecture et, comme dans L'Éden à l'aube, je me suis laissé porter par l'écriture, merveilleuse, de Karim Kattan.

#mastolivres #mastolivre

Hier soir j'ai terminé mélusine reloaded, de Laure Gauthier -- une réécriture (encore !) de la légende de la fée Mélusine dans un temps pas si lointain (ma pote Z dirait même que c'est déjà maintenant) d'un monde ravagé par le capitalisme et quasi invivable.

Ici, l'adverbe quasi est important car vraiment, on vit encore dans le monde de cette mélusine 2.0. Certes, ça ressemble davantage à de la survie qu'à autre chose, mais quand même : il y a de la vie dans les ruines du futur.

Et c'est là le principal attrait que je trouve à ce roman -- montrer que, aussi pollué, pathogène et mortifère que soit le monde, on trouvera à vivre dedans.

Alors, certes, encore une fois : ça ne fait pas env-... -- Car il faut bien le dire, même si j'ai été jusqu'au bout de ce livre, je n'ai pas été emballée outre-mesure par celui-ci. Le jeu avec les (très) nombreux acronymes (pour dire : il y a un glossaire sur la 3ème de couverture, qui les reprend tous) prête à sourire ; certains passages (entre autres, sur l'amour) m'ont touchée par leur poésie, et j'ai été agréablement surprise par l'introduction d'un élément plus explicitement queer dans le dernier chapitre -- mais c'est à peu près tout. J'ai eu l'impression en effet d'une intrigue décousue (voire de pas vraiment d'intrigue, en fait), de passages dans leur majorité très abscons -- autant d'éléments qui m'ont rendue cette lecture assez difficile, et ce même si j'ai été jusqu'au bout.

Après, voilà : je ne connais pas vraiment la légende de Mélusine et l'autrice est poète à la base. Or la poésie, pour un paquet de poètes, c'est jouer avec les mots quitte à obscurcir le sens des suites qu'ils forment, fussent-elles des phrases ou des vers.

Aussi tout cela est-il sans doute volontaire et mériterait peut-être une lecture plus approfondie, un temps plus lent que celui qui est souvent le mien quand je lis un roman...

Je laisse cela à d'autres 😘

#vendredilecturedudimanche #vendredilecure #mastolivre #mastolivres

Allez, c'est reparti : mon 4ème livre de Nathalie Quintane : La Cavalière.

Je crois que c'est celui qui m'a le plus touchée ? Je saurais pas dire exactement pourquoi -- le fait qu'elle se livre davantage peut-être que dans les autres ? qu'il y soit davantage question de personnes incarnées, d'individus ? ... -- je sais pas. En tout cas, j'ai eu l'impression en le lisant que, pour apprécier les textes de Nathalie Quintane, il faut accepter de se laisser porter par eux, ne pas chercher à comprendre bien chaque phrase, mais garder confiance : des liens vont finir par se faire, des phrases se rappeler à d'autres... -- un sens va émerger, se dégager à force.

Encore une fois, il y est question de l'Éducation nationale -- mais sous un autre prisme : celui de celleux qui, dans les années post-68, en ont été radié·es car trop perturbateur·rices de l'institution. Nathalie Quintane reconstitue en particulier la trajectoire de Nelly Cavallero, mais, ce faisant, elle en vient à rencontrer d'autres gens, tisser leurs histoires à la sienne et brosser le tableau de ces années de révolution. Elle établit aussi des parallèles entre cette époque et la nôtre, donnant à voir 2 constantes : l'État comme force de répression d'une contre-force -- le désir d'une autre vie, qui ne soit pas dictée que par des impératifs économiques.

Vraiment, ça m'a beaucoup touchée.

#vendredilecure #lundilecture #mastolivres #mastolivre

Ça y est : j'ai enfin terminé La Lance de Peretur, de Nicola Griffith ! Emprunté début septembre, j'avais laissé trainer ce livre sur un coin de mon bureau parce que "j'étais pas dans le mood de lire de la fantasy 🙄" -- boring, la meuf. Et puis bon, le weekend dernier, ça allait pas fort et je me suis dit que, plutôt que de me lancer dans un énième bouquin de littérature blanche sur l'absurdité du monde, il valait sans doute mieux que je me change les idées avec un roman de chevalerie.

Et j'ai bien fait !!

Ainsi, La Lance de Peretur est une réécriture de la légende de Perceval, qui fait partie de ce qu'on appelle "la matière de Bretagne", et plus particulièrement de "la légende arthurienne" (le roi Arthur, la Table ronde, etc.). Dans cette réécriture, Peretur est une femme qui, après avoir été élevée à l'abri du monde par sa mère, cherche à s'y faire une place -- et pourquoi pas en intégrant les Compagnons du roi Arturus. Sauf que, pour cela, il ne suffit pas juste de passer pour un homme et mettre à terre le préfet du roi : il faut encore faire ses preuves -- et encore, car rien n'est simple pour Peretur, dont la véritable nature lui a été cachée par sa mère magicienne...

J'en dis pas plus, mais c'est vraiment passionnant !

Si la structure du récit est tout ce qu'il y a de plus traditionnelle (on est en plein voyage du héros, quoi, même si l'autrice explique dans une note à la fin du livre qu'on n'y retrouve pas certains tropes), c'est pour le reste super queer et feel-good à plein d'endroits, très doux (notamment avec les animaux) et, well, que dire de plus ??

(Si, peut-être un petit bémol : y'a quelques phrases [vraiment pas beaucoup] que j'ai trouvées un peu maladroitement traduites ?? En vrai, on comprend ce qu'elles veulent dire et je salue globalement le travail de Marie Koullen, d'autant que Nicola Griffith a l'air d'avoir fait exprès d'utiliser des expressions pas communes pour parler de la manière de sentir le monde qu'a Peretur, mais voilà, à 2 ou 3 endroits, je me suis dit que ça marchait pas trop.)

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En cours de lecture "Des femmes qui tombent", unique roman de Pierre Desproges. Court. Efficace. Cynique.

#VendrediLecure #Desproges

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"Soixante printemps en hiver" de Dejongh et Chabbert

Josy quitte son mari et sa maison à soixante ans. Une belle histoire pleine de douceur, de liberté, d'amour...

En ce moment, je lis aussi Druide d'Olivier Peru.

L'histoire se déroule dans un monde qui peut paraître très générique, mais qui revisite agréablement l'archétype du sage de la forêt.

Loin du cliché solitaire à barbe blanche, on se laisse entraîner dans une course contre le temps, entre enquête, diplomatie et transmission.

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J'ai commencé Les Maîtres enlumineurs de Robert Jackson Bennett.

On fait connaissance in medias res avec Sancia, une voleuse dotée du pouvoir d'écouter les objets par simple contact physique.

Sa mission partait simple au départ, mais je suis sûr que ça va se gâter.

#VendrediLecure #fantasy