Jenny Marx, vivre et lutter avec Karl
Le 26 février, les éditions Textuel publieront un nouveau titre dans leur collection Petite encyclopédie critique signé par Camille Leboulanger, auteur que j’apprécie pour ses romans d’imaginaire. Intitulé Jenny Marx, vivre et lutter avec Karl, cet ouvrage constitue un essai de biographie de l’épouse de Karl Marx. Je suis complètement sortie de ma zone de confort pour découvrir ce titre et voici ce que j’en ai pensé… Nota bene : Je ne suis pas une experte en histoire ni même en pensée marxiste. Je ne jugerai donc pas de la qualité de l’ouvrage sur ces aspects, n’ayant pas le bagage ou la légitimité pour le faire. Mon avis est celui d’une néophyte, qui ne connaît que les grandes lignes de la pensée de Marx et Engels ainsi que celles des évènements de l’époque et qui a eu la curiosité de se plonger dans cet essai, en partie par volonté d’expérimenter une lecture de ce type et par confiance et sympathie envers son auteur. Extrait: « Voyez comme il est facile de ne pas parler d’elle! Comme il est aisé de parler de tout le monde sauf d’elle. Le mots sont attirés, comme par gravité, vers les noms les plus importants, les plus familiers. Nous voulons trouver dans cette assistance un astre autour duquel notre esprit a appris à orbiter.» Un texte hybride et accessible Camille Leboulanger sort de son rôle habituel d’auteur de SFFF pour nous proposer un ouvrage hybride entre l’essai biographique et le roman historique. On retrouve en effet ici à la fois une ouvrage documentaire classique, dressant une fresque de l’époque et réunissant de nombreuses données sur la vie de la famille Marx tout autant que des échanges fictifs et romancés imaginés par l’auteur à partir des données qu’il a pu réunir et qui donnent vie à ces personnages historiques. Ce côté hybride m’a vraiment permis d’accrocher à l’ouvrage, moi qui lit finalement très peu d’essai pur et dur. L’auteur parvient en effet à donner une humanité et une épaisseur à ces personnes et donc à nous accrocher à leur histoire, à leur vie et à leurs pensées. L’ouvrage est également parfaitement accessible à une néophyte comme moi, mais plaira certainement aussi aux personnes plus connaisseuses, donnant une belle introduction à la lutte et aux idées de Marx et consorts ainsi qu’à la réalité de cette époque. Il constitue une fresque synthétique mais riche des mouvements sociaux et géopolitiques européens du XIXème siècle et, par la figure de Jenny et ses filles, aborde également la place de la femme à cette époque avec un usage de la nuance et une remise en contexte précieuse. J’ai regretté parfois de ne pas avoir suffisamment de notions sur certains sujets pour que la lecture soit plus « facile » (après une journée de travail, difficile parfois de s’y consacrer) mais l’ensemble m’a paru globalement accessible et m’a même donné envie de lire des références citées en bibliographie pour aller plus loin. Extrait: Dans la cuisine, assises à la table de la cuisine, Jenny et Lenchen étaient occupées l’une à faire les comptes, l’autre à repriser une chaussette. « Bourgeois, prolétaires… ils ne sont pourtant pas si différents… » commenta Jenny d’une voix blanche. Lenchen leva les yeux de son ouvrage. « Les prolétaires aussi ont besoin qu’on leur fasse la lessive.» Une femme remarquable Alors que les données sur Karl nous nombreuses, celles sur Jenny sont beaucoup plus parcellaires, notamment ses propres écrits. Le travail de biographie demande ainsi parfois quelques reconstructions, quelques propositions de réponse sur les zones d’ombre. Et bien qu’il ait grande peine à détourner le regard de la figure charismatique de Karl pour nous faire appréhender Jenny Marx, l’auteur fait l’effort constant de nous ramener à elle tout au long de ce texte pour ne pas éclipser ses idées et son importance. Cette biographie nous fait ainsi (re)découvrir une femme intelligente, amoureuse, qui a sacrifié beaucoup pour la lutte et a participé activement aux idées de son mari ainsi qu’à leur diffusion. C’est aussi le récit d’une mère et épouse qui a fait face à la rudesse de ce rôle au XIXème siècle dans une vie mouvementée et parfois vraiment difficile qu’elle a pourtant affronté avec sa force. La personnalité qui se dessine ici est remarquable et très intéressante. C’est aussi un ouvrage qui nous permet d’appréhender la collectivité qui se cache derrière un nom unique. Car sans Jenny et sans tant d’autres, il est peu probable que les idées de Karl Marx eussent eu cet impact et cette persistance à travers le temps. Cette biographie elle-même participe d’un collectif bien mis en lumière qui a permis de la faire naître et le résultat est franchement passionnant. Extrait: « Poétique et politique du raisonnement circulaire: les femmes ne pensent pas, car elles n’ont pas de bureau; si elles avaient un bureau, elles penseraient; si elles pensaient, elles auraient besoin d’un bureau. » En bref, Jenny Marx, vivre et lutter avec Karl est un ouvrage passionnant qui nous permet de recentrer notre regard sur l’épouse Marx et d’entrevoir, à travers elle, la fresque d’une époque et la condition des femmes au XIXème siècle. L’ouvrage constitue également une introduction réussie aux idées marxistes et nous donne à découvrir une personnalité remarquable dans un récit entre le documentaire et le roman. Et si ce n’est pas du tout ma zone de confort, j’ai apprécié cette lecture pour son côté hybride et pour cette époque si fascinante mais aussi pour la rencontre avec une femme dont on ne connaît effectivement que le nom. Résumé: « Vous connaissez son nom. Mais avez-vous déjà entendu son prénom ? La vie de Jenny Marx, qui embrasse l’essentiel du xixe siècle, est restée effacée derrière la silhouette de Karl Marx. Nourri par un solide travail de documentation, notamment l’abondante correspondance entre les deux époux, Camille Leboulanger restitue toute la place de Jenny dans la vie et l’œuvre de Karl. Issue de l’aristocratie libérale prussienne, élevée dans une ville et une famille où l’influence française des Lumières était forte, cette femme a fait le choix résolu du déclassement et du dénuement matériel, par amour certes, mais surtout par engagement et par conviction politique. Jenny Marx est ici révélée comme l’alliée la plus proche et l’égale intellectuelle de son époux. Elle est pourtant restée dans l’ombre de cette figure patriarcale, ombre projetée sur elle comme sur les travaux intellectuels de ses filles Jenny, Laura et Eleanor. Entre déboires personnels et épopées politiques, ce récit haletant, qui mêle la grande histoire à la petite, est aussi une contribution politique à la mise en lumière de la place des femmes dans l’histoire de la gauche. » (Couverture : © Agnès Dahan) - Livre reçu en service presse. Publication non rémunérée. Merci aux éditeurs. -