À Lille, accompagner les femmes victimes d'excision
Un dispositif rare à l'échelle nationale propose un accompagnement global pour les femmes victimes d'excision. En poussant la porte du service d'aide aux femmes excisées (Safe), à Lille, elles trouvent une première écoute et un panel d’accompagnements possibles, du soutien psycho-social jusqu'à la chirurgie réparatrice.
Elles sont plusieurs à patienter ce matin-là dans le couloir de l'hôpital Saint Vincent de Paul, à Lille. Un vendredi sur deux, l'ensemble de cette aile est dédié au service de soutien aux femmes victimes d'excision (Safe). Il est presque neuf heures et d'un bureau à l'autre, les professionnelles du service s'activent pour bientôt recevoir ces femmes, souvent nerveuses. Sexologue, psychologue, assistante sociale viennent compléter une équipe médicale composée d'une infirmière, d'une sage-femme et d'une chirurgienne. Elles cherchent à offrir à ces femmes victimes de multiples traumatismes un accompagnement complet, pluridisciplinaire et soutenant. Car ces dernières viennent souvent chercher bien plus que la chirurgie pour réparer leur clitoris et leur vulve mutilés par l'excision. Elles viennent comprendre leur histoire, se réapproprier leurs corps et tenter de trouver des réponses à leur mal-être.Une initiative personnelle
Marianne Com, infirmière du Safe, devant les patientes en attente d'être reçues. Un vendredi sur deux, l'ensemble de cette aile de l'hôpital Saint-Vincent de Paul ; à Lille est dédié à ce service.
Lucie Pastureau / Hans Lucas pour Le Media Social
À ce jour, le service est reconnu et accompagné par l'agence régionale de santé (ARS) des Hauts-de-France en tant que « Maison des femmes / santé » (lire notre encadré) et compte huit professionnelles entièrement ou partiellement dédiées. Mais la gynécologue Estelle Declas a débuté seule, animée par sa volonté d'aider ces femmes à se réparer.« Je venais de finir mon internat lorsque j'ai échangé avec mon chef de service sur la situation d'une patiente qui venait de se faire opérer à Paris. On s’est dit qu'il était quand même dingue que les femmes de notre région soient obligées d'aller jusqu'à Paris pour se faire opérer. » Elle commence à s'intéresser à l'excision et prend « une grande claque » : « Je ne m'étais jamais posé la question de l'excision, je n'avais jamais eu de cours sur le sujet. J'ai donc décidé d'aller me former à Angers auprès du Dr Sébastien Madzou, qui prend en charge ces patientes depuis longtemps et forme aussi des médecins à l'international. »« Les écouter quelle que soit la demande »Les femmes poussent la porte du Safe via le bouche-à-oreille ou sur orientation de partenaires sociaux, comme des centres communaux d'action sociale (CCAS), des associations comme le Rifen (Rencontres internationales des femmes noires), des établissements médico-sociaux accompagnant des femmes victimes de violences ou encore des structures dédiées aux demandeurs d'asile. De retour dans le Nord, elle construit Safe, pierre par pierre. « J'ai pris conscience très vite que la chirurgie seule ne suffisait pas. Je me suis donc entourée : au fil du temps, une sexologue, une assistante sociale, une psychologue ont rejoint le service, en plus des collègues du secteur médical. »
Aïssatou* (de dos), penchée sur le bureau d'Estelle Declas, gynécologue, qui lui explique l'opération prévue à l'aide d'une peluche en forme de vulve.
Lucie Pastureau / Hans Lucas pour Le Media Social