Dilexi te : Exhortation apostolique de Léon XIV

Bien. Je viens d’achever Je t’ai aimé – Dilexi te : Exhortation apostolique de Léon XIV. Un mois entier à en lire quelques pages chaque matin, entre 7h00 et 7h15, dans le balancement du métro, comme on entre dans une méditation. Ce texte, par certains accents, rappelle l’écriture du pape François : François, pape de l’élan et de l’action, écrivait comme on marche au-devant de l’autre ; Léon, lui, semble écrire comme on réfléchit : par raison, par lenteur, par profondeur. Et cela se ressent à chaque ligne.

Je ne sais rien des coulisses de la rédaction d’un tel document ; j’imagine un texte écrit, relu, repris, discuté par plusieurs mains, mais dont l’essentiel demeure façonné par une seule voix, celle du pape. Ses inflexions, ses inclinations, ses fidélités intérieures traversent la page.

Je ne vais pas répéter ce qu’indique le résumé de l’éditeur. Je dirai seulement ceci : cette lecture m’a fait me tenir, longuement, devant la figure du pauvre, non pas une abstraction, mais la réalité singulière de chacun. Elle m’a aussi interrogé sur l’engagement, social et politique, et sur la manière dont il résonne avec ma foi. Je crois désormais que mon engagement, que d’aucuns qualifieraient volontiers de proche de l’esprit LFI, procède en vérité de la même source que mon engagement chrétien : l’autre, toujours l’autre.

Ma devise, retournée comme un gant, reprend celle de la France :
Adelphité, sorofraternité,
Égalité, en dignité,
et alors s’ouvre la Liberté, celle de vouloir ce que l’on fait et pas de faire ce que l’on veut.

Elle rejoint profondément ma foi dans l’amour du Christ, dans Celui que je nomme Abbahimma, et dans tout ce que ce nom porte d’infini et d’inconnaissable. Le tout évidement sans aucune certitude à imposer aux autres. L’amour n’est pas là.


Contempler une personne plongée dans la souffrance de sa pauvreté ne m’empêchera jamais de donner. Mais cela ne m’empêchera pas non plus de vouloir une société qui se donne pour tâche de relever ceux qui tombent, et non de se décharger sur la seule charité individuelle de ce qui relève aussi du politique.


Ces derniers temps, je m’agace de ceux qui affirment que la foi n’a pas sa place dans la sphère publique. Comment le pourrais-je ? Faudrait-il cesser de croire au moment précis où je pense, décide, m’engage ? Je prie pour que l’amour de Dieu rayonne depuis ma prière ; je prie pour la paix en ce monde : pour les victimes de Gaza, d’Ukraine, de tant de pays d’Afrique, et désormais d’Iran. Et, en même temps, en cohérence avec cette prière, j’agis et je prends position, dans la mesure de mes forces, pour que les mensonges soient dévoilés. Mon opinion n’est qu’une opinion, bien sûr, et pour devenir féconde, elle doit se confronter à d’autres dans la délibération. Ma personne importe peu. Ce qui compte, c’est la relation.


C’est pourquoi je termine avec cette citation que j’aime et qui dit l’essentiel :

« Il est évident, pour ceux qui aiment vraiment, que l’aumône ne dégage pas les autorités compétentes de leurs responsabilités, ni n’élimine l’engagement organisationnel des institutions, ni ne remplace la lutte légitime pour la justice. Mais elle invite au moins à s’arrêter et à regarder la personne pauvre en face, à la toucher et à partager avec elle quelque chose de soi-même. En tout état de cause, l’aumône, même modeste, apporte un peu de pietas dans une vie sociale où chacun court après son intérêt personnel. Le livre des Proverbes dit : « L’homme bienveillant sera béni, car il donne de son pain au pauvre » (Pr 22, 9). »

Haïku

Sous le froid du jour,
un pauvre me regarde,
mon cœur se réveille.

Tanka

Lecture du matin,
dans le bruit sourd du métro
mon âme s’éclaire.
Un visage pauvre appelle
à marcher vers la justice.

Psaume

Seigneur, tu ouvres mes yeux sur le pauvre que je croise,
et soudain son visage devient lumière sur mon chemin.

Tu ne me demandes pas de détourner le regard,
mais de m’arrêter, de toucher, de partager un peu de moi.

Car la charité ne remplace pas la justice,
et tu m’appelles à unir mes mains à celles de ceux qui relèvent.

Comment séparer ma foi de mes actes,
mon prière de ma voix, mon espérance de mon combat ?

Tu sais que je suis petit,
mais tu fais de ma petite parole une graine portée par le vent.

Seigneur, fais-moi demeurer dans l’adelphité,
dans la dignité partagée,
et dans la liberté qui naît de l’amour.

Alors, pas à pas,
le monde deviendra un lieu où nul ne sera oublié.

#Agape #Oraison #Politique
Oraison

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La huche et la pierre à aiguiser

Dans le petit cagibi derrière la cuisine, celui où la lumière ne filtrait que par la porte de bois, reposaient deux objets qui faisaient partie du paysage de mon enfance : la huche de ma grand‑mère, lourde et rassurante, où attendaient le pain et les farines, et la pierre à aiguiser de mon grand‑père, posée là comme un outil toujours prêt, témoin silencieux des travaux de la maison. La huche gardait la nourriture du jour, la matière première du pain partagé ; la pierre, elle, affûtait les lames de la maison ou de la ferme, redonnant du tranchant au quotidien. Dans ce recoin simple s’unissaient la conservation et la transformation, le repos et la préparation, le pain et le fil du fer.

En revoyant ces objets, je pense à Marie‑Madeleine.
À ce qu’elle porte un message gardé comme un trésor dans la huche du temps, et une parole capable d’aiguiser les consciences, de redonner du tranchant à la vérité. Un évangile préservé, prêt à ressurgir ; une voix longtemps affûtée dans le silence, prête à dire ce qui doit enfin être entendu.

Depuis les premiers siècles, la figure de Marie‑Madeleine fascine et interroge. Les évangiles, cependant, s’accordent sur un point : elle occupe une place unique auprès de Jésus. Jean rapporte qu’elle est la première à rencontrer le Ressuscité au matin de Pâques, et qu’il lui confie une mission décisive : aller annoncer la nouvelle aux disciples. En lui disant « Va trouver mes frères et dis‑leur », Jésus fait d’elle la première messagère de l’événement central de la foi chrétienne, dans un contexte où la parole des femmes n’a aucune autorité. Cette scène, simple et bouleversante, renverse déjà l’ordre établi : Jésus confie à une femme le message fondateur, comme pour signifier que l’Évangile s’adresse à tous, sans distinction ni hiérarchie.

Cette dynamique traverse tout le Nouveau Testament. Luc mentionne des femmes qui accompagnent Jésus, soutiennent sa mission et mettent leurs biens au service du groupe. Paul, dans ses lettres, salue Phoebé, diaconesse de Cenchrées, Priscille, enseignante reconnue, ou Junia, « remarquable parmi les apôtres ». Ces rôles féminins bousculent les structures patriarcales de l’époque. À la Pentecôte, Pierre affirme que l’Esprit est donné « à vos fils et à vos filles », capables de prophétiser. La vocation ne suit plus les anciennes lignes de pouvoir.

La déclaration de Paul aux Galates marque un tournant : « Il n’y a plus ni homme ni femme : vous êtes tous un. » Il ne s’agit pas d’effacer les identités, mais de rappeler que dignité et appel ne dépendent plus du sexe ou du statut social. Dans un monde façonné par la domination masculine, cette affirmation bouleverse les repères. Ces textes ne détruisent pas immédiatement le patriarcat, mais ils en minent les fondements. Jésus lui-même renverse la logique de domination en rappelant que la véritable royauté se mesure au service. Le Nouveau Testament ne propose pas seulement une spiritualité : il esquisse une vision nouvelle de la personne, fondée sur une égalité profonde. Marie‑Madeleine, première envoyée pour annoncer la Résurrection, en devient un symbole. À travers elle et toutes les femmes engagées dans la mission, le message se clarifie : la Bonne Nouvelle s’adresse à toustes, hommes et femmes, appelé·e·s à avancer ensemble dans une dignité partagée.

La nuit dernière, un rêve me saisit, ou une vision, je ne sais pas, et il continue de m’habiter au réveil.

J’y vois Marie‑Madeleine après la Pentecôte. Elle se retire loin des villes, dans des montagnes abruptes, vivant en ermite dans des grottes, portée par une quête intérieure que nul ne pourrait comprendre. Dans le silence des rochers, elle écrit son propre évangile. L’histoire n’en garde que des fragments incertains, peut‑être d’elle, peut‑être d’autres voix proches.

Dans mon rêve, pourtant, cet évangile ultime n’est pas perdu. Il dort, conservé pour un temps où l’humanité sera prête à l’entendre. Je vois qu’il pourrait resurgir comme un rappel lumineux des vérités oubliées, capable d’aider à défaire les derniers fils du patriarcat et d’ouvrir un chemin nouveau.

Alors je m’interroge :
Est‑ce seulement un rêve né d’un désir de justice et de renouveau ?
Ou bien l’intuition troublante de quelque chose qui dépasse ma propre imagination ?
La question demeure : était‑ce un simple rêve… ou un rêve prophétique ?

Et je me dis que Marie Madeleine, comme la huche de ma grand mère, garde en silence un pain nouveau : une parole intacte, préservée, prête à nourrir le monde quand viendra enfin son heure.

Haïku

Dans la huche close
Marie‑Madeleine veille,
le pain se prépare.

Tanka

Vieille huche en bois,
pierre qui aiguise la nuit…
Marie‑Madeleine
y serre un souffle ancien
prêt à nourrir les vivants.

Trois haïkus

Sur la pierre usée
Marie‑Madeleine affûte
la parole enfouie.

Dans le cagibi,
farine, pain et silence,
Marie murmure.

Huche et vent du soir :
Marie‑Madeleine garde
l’aube d’un message.

#Agape #Oraison #Paysans #Spiritualité

Le poêle et la poêle de ma grand-mère

Je pratique le jeu de rôle, le kendo et l’oraison carmélite avec ce que je suis, avec ce que je porte de mon histoire. Je viens d’un petit village auvergnat, façonné par des vertus, des vices et parfois des cruautés. Mon père était paysan, un paysan à l’ancienne : polyculture, brebis pour la laine, et ses rosiers qu’il soignait avec amitié.

Mon grand-père, lui, avait une personnalité forte. Soldat en 14-18, résistant dès juillet 1941. Mon père avait vingt ans cette année-là. Il dut se plier, en ces temps sombres, à la volonté paternelle. Ma grand-mère, Marie, priait. Certains du village haïssaient mon grand-père et quelques autres, car leur engagement mettait le village en danger face aux représailles nazies.

J’ai connu mon grand-père, mais ce dont je me souviens surtout, c’est ma grand-mère. Je la revois, debout devant son vieux poêle en fonte, la poêle en acier noircie par les ans. Elle y faisait rissoler des pommes de terre, et l’odeur emplissait la maison. Cette poêle, jamais lavée, toujours essuyée au papier journal, portait la mémoire des repas partagés avec elle. Elle est décédée en 1975. J’avais treize ans. Après sa mort, mes deux tantes se sont partagé en autre, la poêle et le poêle, objets vieux de plus de cinquante ans, encore solides, encore utiles.

Qu’est-ce que cela dit de leur époque ? De la résistance des choses, des ustensiles, des meubles presque immobiles ? Voilà d’où je viens. Et dans mes scénarios de jeu de rôle, dans mon oraison, même dans mon kendo, il y a toujours ma grand-mère, debout devant son poêle, cuisinant des pommes de terre dans sa poêle noire.

Haïku

Vieille poêle noire
odeur de pommes de terre
l’hiver s’attarde.

Tanka

Devant le poêle
elle tourne la poêle noire
odeur de feu doux
dans mes jeux et mes prières
je sens encore ses mains.

Trois autres haïkus

Poêle en acier gris
journal froissé pour l’essuyer
souvenir brûlant.

Fonte immobile
deux tantes se la partagent
comme un héritage.

Sous la flamme lente
résiste un siècle d’usage
et l’amour des mains.

#JeuDeRôle #Kendo #Oraison #Paysans #Spiritualité

La maison de pierre

Rêve.
La maison de pierre de mon village, centre et entrée de la ferme. J’y suis assis, triste. Mon père est là et me dit : quand je me sens accablé, je vais quelque part. Viens. Il monte en voiture, j’hésite. Viens. Je monte. La voiture prend la route directe à travers champs et grimpe vers le sommet de la montagne. Il n’y a plus que la montagne, le ciel et la voiture avec mon père. Au sommet, nous apercevons en contrebas un bourg idéal. Nous commençons la descente. Nous laissons la voiture pour marcher en équilibre sur des murs. Au retour, presque le même chemin, mais les murs sont des cages de métal où nous avançons avec une troisième personne : un adolescent perdu, indifférent aux autres.

Même rêve.
Elle me dit : il revient, et cette fois j’irai. Il y aura bien un moment où cela ne te rendra pas triste. Éloignement.

Réveil.
Matin. Je lis Luc 10:21 :
« En ce moment même, Jésus tressaillit de joie par le Saint-Esprit, et il dit : Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. Oui, Père, je te loue de ce que tu l’as voulu ainsi. »

Je cherche le nom de Dieu. Son nom de Père a servi tant de fois à asservir, à justifier des pouvoirs malsains et des interprétations blanches et masculines que je cherche un autre nom.
J’ai pensé à Abbama, mais peut-être serait-il plus juste de lui donner un nom, provisoire, à l’Éternel : Abbahima, père et mère et plus encore.

Attente dans le RER.
Une femme écrit dans un cahier de brouillon. Je pense à ma mère. Elle écrivait des mystères, ses pièces de théâtre chrétiennes dans ces mêmes cahiers d’écolier. La femme se lève et s’en va. Je n’ai pas vu son visage. C’était peut-être celui de ma mère.

J’interprète provisoirement

Le rêve : Espace initiatique. Dans ce rêve, je marche avec mon père, je traverse des paysages symboliques – la maison de pierre, la montagne, les murs fragiles. Ce voyage traduit mon besoin de trouver un chemin hors de l’accablement, de réapprendre l’équilibre.

La foi : Elle est une tension permanente en moi, entre la tradition qui m’a façonné et que j’ai rejeté et mon désir de réinventer le sacré. Quand je cherche un nouveau nom pour Dieu, c’est pour dépasser les représentations figées, les interprétations oppressives, et retrouver une spiritualité vivante, libératrice.

La mémoire : Elle me relie à ma mère, à son écriture, à ses cahiers de brouillon. Ce geste d’écrire devient pour moi un symbole de continuité, où l’absence se mêle à la présence, où mon identité se construit dans le souvenir.

Réflexion sur la fragilité des liens – familiaux, spirituels, existentiels – et sur la manière dont le rêve, la foi et la mémoire se conjuguent pour offrir un espace de reconstruction intérieure. C’est ma manière d’interroger qui je suis, ce que je crois, et comment je peux réinventer le sens dans ce monde en mutation.

Un Haïku

Montagne au sommet,
le silence tient la voiture,
mon père dit : « Viens ».

Un Tanka

Maison de pierre,
chemin vers la montagne,
ombre du passé,
je cherche un nom à Dieu,
entre père et mère, ciel.

Trois autres haïkus

Cahier brouillon,
mains d’une femme qui part,
visage absent.

Nom de Dieu perdu,
dans la cage des certitudes,
je cherche l’air pur.

Mur en équilibre,
l’adolescent marche seul,
vent sur la vallée.

#Mélancolie #Oraison #Spiritualité

Genèse 1:26-30 (réinterprétée)

Je médite sur un texte de génèse et tel qu’il est dans la bible, je ne m’y retrouve pas, je ne retrouve pas Laudato ‘si l’encyclique du défunt Pape François. J’aurais aimé que que Genèse 1:26-30 soit écrit ainsi

« 26 Puis Dieu dit : Faisons l’humain à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il veille sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les animaux domestiques, sur toute la terre, et sur tous les êtres qui rampent sur le sol.

27 Dieu créa l’humain à son image, à l’image de Dieu il le créa ; homme et femme il les créa.

28 Dieu les bénit, et leur dit : Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre, et prenez soin d’elle ; veillez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tous les êtres vivants qui se déplacent sur la terre.

29 Dieu dit encore : Voici, je vous confie toute plante portant semence sur la surface de la terre, ainsi que tout arbre dont le fruit contient de la semence : ils seront votre nourriture.

30 Et à tout animal de la terre, à tout oiseau du ciel, et à tout être vivant qui se meut sur la terre et qui respire, je donne toute herbe verte pour nourriture. Et cela fut ainsi.« 

Dans une autre sphère, comme celle du sport, la logique dominante est celle de la compétition : « qui gagne ? », « qui perd ? », et seul le vainqueur reçoit les honneurs, tandis que les autres subissent l’opprobre des supporters, de l’entraîneur, et de ceux qui financent. Qui dominent ?

Pourtant, l’esprit du sport devrait ressembler à celui de la danse ou des arts martiaux : une rencontre, une émulation. Même dans la défaite, on apprend de l’autre, et cette rencontre devient source de joie et de croissance. Et cellui qui regarde apprend aussi des deux, iel se réjoui.

Il en va de même pour les prix littéraires : l’excès d’argent les a transformés en compétitions stériles, qui ne m’inspirent aucun désir de lire les œuvres primées.

Dans le domaine artistique, les intermittent·e·s du spectacle français sont maltraitées, et le rayonnement culturel de la France s’efface peu à peu.

Je regarde désormais du côté belge ou irlandais, où l’on privilégie l’émulation et le soin apporté aux artistes.

Les artistes, comme l’église de François, sont notre nourriture. Ils nous élèvent, nous relient, nous rappellent ce que signifie être humain.

Haïku

L’art est un jardin
où l’on danse sans vainqueur —
l’âme s’y repose.

Tanka

Le sport est danse,
non combat pour les honneurs,
l’autre m’enseigne.
L’artiste est notre pain,
gardien du feu intérieur.

Sonnet outre manche

Le monde célèbre ceux qui ont vaincu,
Et laisse dans l’oubli ceux qui ont perdu.
Mais l’art, le vrai, ne cherche point l’absolu,
Il vit dans l’échange, humble et imprévu.

Le sport devrait être une noble danse,
Où chaque geste est offrande et respect.
Non pas un cri, une rage, une vengeance,
Mais un chemin que l’on trace en effet.

Les prix littéraires, vains jeux de pouvoir,
Ne nourrissent plus que l’orgueil des grands.
L’artiste, lui, éclaire nos noirs soirs,
Et nous élève par ses chants vibrants.

Prenons soin d’eux, comme de notre pain,
Car leur lumière éclaire notre chemin.

#Danse #Kendo #Oraison #Philosophie #Spiritualité

Teaser 9 jours avec Sainte Claire d’Assise par Sœur Marie de l’Eucharistie

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[Patriarcat] Relire ma foi

Ce matin, j’ai verbalisé en silence ma gêne profonde face aux mots « Homme », « Dieu le Père », « Frères », qui croit inclure « Sœurs ». J’aime l’inclusif et le mot « froeur », Adelphité pour Fraternité.

La question est : comment vois-je Dieu en tant que chrétien·ne catholique ?

Je le perçois comme un arbre de lumière, au-delà de toute imagination, posé sur une falaise spirituelle qui surplombe les univers, les cosmos et tous les temps. Pour IEL, le temps n’existe pas : TOUT est là, tout est être, ici et maintenant, d’âge en âge. Mais cela ne suffit pas : iel est aussi pleinement présent·e dans chaque univers, en chaque lieu où la vie peut se répandre. Et la vie se répand et grandit par cette vibration impalpable, immatérielle, qui traverse tout, est en tout, et qui est l’AMOUR d’IEL.

En IEL, il y a aussi l’enfant — l’enfant pur·e — qui ressent au plus profond d’ellui cette présence éternelle (hors du temps), et qui peut indiquer le chemin pour contempler, avec les yeux de l’esprit, par la spiritualité, seul·e ET avec les autres, cette lumière qui échappe à tout et existe aussi au plus profond de nous, ensemble puis individuellement. Cet arbre de lumière est non genré et multi-genré, selon ce qui est nécessaire.

Il a fallu qu’iel soit le Père pendant 2000 ans pour que les personnes humaines l’acceptent et le comprennent un peu. Cependant, aujourd’hui, au bord de nos extinctions possibles, IEL doit prendre une forme nouvelle dans nos mots, car « Père » est devenu synonyme de domination, de pouvoir abusif, vidé de sa puissance aimante. Un mot nouveau pour des outres neuves.

Dieu, dans ma foi, est IEL, et son enfant est Jésus (Je Suis), un être né d’une femme uniquement — donc femme par essence génétique — mais ayant la forme d’un homme. Son enseignement dépasse les genres. Pour que l’Église devienne romaine, la foi a dû muter vers la forme impériale du patriarcat.

Aujourd’hui, nous devons en sortir.

IEL qui est aux cieux (à la croisée de tous les univers)
Que ton nom soit sanctifié (le mot évoque la plénitude d’amour)
Que ton règne vienne (Amour reconnu, et le « à venir » est déjà là)
Que ta volonté soit faite (fête, volonté d’amour)
Sur la Terre comme au ciel (notre cosmos, celui dans lequel est notre Terre)
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour (pain d’amour, et seul « maintenant » existe)
Pardonne-nous nos offenses (nos peurs, notre manque de confiance en la vie)
Comme nous pardonnons aussi (quand nous sommes ici et maintenant)
À celles et ceux qui nous ont offensé·es (et qui nous demandent ce pardon)
Ne nous laisse pas entrer en tentation (ne pas succomber à nos peurs)
Mais délivre-nous du mal (le néant et la peur)
Amen

Oui, dans ma foi, le péché originel est la Peur.
C’est elle qui engendre les grandes fautes qui nous rongent de l’intérieur.

  • La peur de manquer nourrit l’avarice, la goinfrerie et l’envie.
  • La peur de ne pas être aimé engendre la luxure et l’orgueil. (Je tiens à préciser que, selon moi, le polyamour n’est pas une faute. Il s’agit plutôt d’un chemin complexe, où l’équilibre et la vérité sont difficiles à trouver et il faut beaucoup de courage à toustes.)
  • La peur de l’autre se transforme en colère, qui devient souvent haine.
  • La peur de ne pas comprendre mène à la paresse spirituelle.

Ainsi, la peur est le terreau de nos dérives. Elle nous éloigne de nous-mêmes, des autres, et de ce qui nous élève.

Dialogue avec l’ange :

Vendredi 17 Novembre 1944
Entretien 87


Qui est Vérité, pénètre le cœur.
Le cœur a peur.
Il a peur aussi longtemps qu’il est demi,
Et non entier,
Qu’il est partie et non tout.

Et bientôt dans [Patriarcat] j’écrirais sur la propriété

#Oraison #Patriarcat #Spiritualité

Métro 6h45 : le réel marche, il ne parle pas

Il boite. 
L’homme noir, 62 ans, sac usé sur le dos. 
Sac d’ouvrier. Sac de fatigue. 
Il tourne à droite, s’éloigne vers son chantier.

Je l’ai vu ce matin, au métro de 6h45. 
Pas un regard échangé. Pas un mot. Juste la marche. 
Et moi, sur le quai, je me suis demandé : 
Qui prendra sa place ? 
Qui lui souhaitera le repos qu’il n’a jamais demandé ? 
Qui, loin d’ici, sait ce que pèse sa douleur ?

À Paris, à cette heure-là, c’est le réel. 
Pas celui des plateaux télé, ni des éditos enflammés. 
Le réel, c’est ce corps qui avance, malgré tout. 
C’est ce dos courbé qui porte le monde sans le dire.

On parle souvent de “valeurs du travail”, de “mérite”, de “France qui se lève tôt”. 
Mais on oublie les visages. 
On oublie que derrière chaque chantier, chaque rame nettoyée, chaque mur repeint, il y a des vies entières. 
Des vies qui ne demandent pas la gloire, juste un peu de reconnaissance. 
Un peu de repos. Un peu de mémoire.

Je ne connais pas son nom. 
Mais je sais que son pas, ce matin, disait plus que bien des discours. 
Et je sais que ce silence là, il faut l’écouter.

Tanka

Sac sur son épaule
il boite vers le matin
sans dire un seul mot
le chantier l’attend encore
qui saura son vrai prénom ?

Haïku

Métro sans regard
l’homme marche avec sa peine
sac d’ouvrier lourd

Sonnet de 6h45

Il marche lentement, le corps en désaccord,
L’homme noir, fatigué, sac usé sur le dos.
Son pas dit le labeur, le silence, l’effort,
Et nul ne le salue, ni ne trouve les mots.

Il tourne à droite, vers un chantier sans nom,
Où l’attend la poussière, le bruit, la routine.
Pas de médaille ici, ni de juste pardon,
Juste l’oubli banal d’une vie clandestine.

Qui prendra sa place quand viendra le matin ?
Qui saura lui offrir le repos qu’il mérite ?
Qui, loin de Paris, sent ce poids quotidien

Et voit dans son regard une lutte infinie ?
Le réel ne crie pas, il avance, discret —
Et c’est lui que je vois, quand le monde se tait.

#Agape #Danse #Oraison #Politique

Au matin, l’amour de Dieuxe

Certain·e·s aiment écrire uniquement sur le sujet qui leur est le plus cher : littérature, sports, spectacle, jeux et jeux de rôle, spiritualité, cuisine, et tout un tas d’autres sujets. Je ne sais pas comment me qualifier. Certes, ce sont les jeux de rôle, le kendo, la danse et ma foi chrétienne qui m’interrogent et me font me questionner — par des « texticules » naissant souvent au réveil et qui m’obsèdent bien souvent toute la journée. Et puis surviennent des mots, pour poser ma question de façon détournée.

Et comment ne pas trembler, comment ne pas chanceler quand, dès l’aube, se pose sur moi cette interrogation brûlante : qu’est donc l’amour de Dieuxe ? Comment dire, comment nommer, comment circonscrire ce qui précisément échappe à tout nom, à tout genre, à toute réduction ? Et pourtant je dois le dire, je dois l’écrire, car c’est ce feu qui me consume, c’est ce vertige qui m’habite, c’est ce souffle qui me porte.

On nous a répété tant de fois : Dieuxe est Père. Mais le mot Père est lourd de siècles, il pèse de tout le poids du patriarcat, il enferme plus qu’il ne libère. Père, c’est souvent le droit absolu, le commandement sans appel, le pater familias qui règne et qui possède. Alors comment croire que cet amour infini, ce don sans retour, puisse se dire dans les habits trop étroits de la domination ?

Maurice Zundel nous a rappelé : Dieuxe est Père et Dieuxe est Mère. Amour infini du Père, amour infini de la Mère. Mais même alors, même dans cette double tendresse, demeure la figure verticale, celle qui descend vers nous et nous place en enfants éternels. Or je sens au fond de moi qu’il y a plus. Qu’il y a un amour d’amant·e, qui se donne sans jalousie ni possession, qui brûle de joie et de jouissance, comme Thérèse d’Avila l’a éprouvé dans l’extase, comme une déflagration de l’être entier, chair et esprit confondus. Il y a aussi l’amour d’ami·e, attentif, exigeant, consolant, qui peut soutenir mais aussi dire la vérité, même quand elle blesse. Il y a l’amour de l’enfant, jeté dans la confiance, tendu vers l’avenir. Il y a l’amour du chien pour son humain, pur, sans calcul, absolu. Il y a l’amour de l’univers pour la vie, patient, immense, cosmique.

Dieuxe est tout cela. Dieuxe est l’Amour Multiple, pluriel, infini. Et cet Amour n’est pas pouvoir, ce n’est pas ordre, ce n’est pas hiérarchie. C’est Puissance : c’est-à-dire relation, possibilité infinie de relation. C’est ce qui relie les ums aux autres, c’est ce qui nous rend vivant·e·s, c’est ce qui nous rend humain·e·s.

Lorsque je tends l’hostie, lorsque je prononce : « Le Corps du Christ », et que je vois le sourire de cellui qui reçoit, alors je sais. Je sais que quelque chose d’impossible se produit. Je sais que le pain devient présence. Je sais que le geste devient Amour. Et quand une personne vient les mains vides, sans communier, mais demande une bénédiction, et qu’un sourire éclaire son visage, je sais aussi que là se trouve l’émerveillement, que là se trouve le Christ.

Non, je ne peux réduire Dieuxe à l’amour du seul Père, même infini. Non, je ne peux réduire l’humanité, la personne humaine à l’Homme seul, comme si le mot « homme » absorbait à lui seul la plénitude du vivant. Car toute réduction finit en domination, et toute domination finit en patriarcat.

Alors je reste dans la question. Alors je demeure dans le vertige. Alors je choisis l’humilité : non celle de l’abaissement servile, mais celle de l’émerveillement, celle de la crainte qui n’est pas peur mais vertige et lumière mêlés.

Ce texte n’est pas réponse. C’est question. C’est l’inquiétude de ce matin. C’est le tremblement de l’aube.

Haïku

Sous l’aube fragile,
Dieuxe murmure en silence,
l’amour se répand.

Tanka

Un souffle s’élève,
ni Père ni Mère unique,
Dieuxe est au milieu,
amour d’ami·e, d’amant·e,
joie pure sans possession.

Sonnet quelque part

Au seuil du jour, j’interroge ton visage,
Dieuxe sans genre, sans bord et sans retour,
Amour multiple, éternel doux rivage,
Puissance offerte, et non pouvoir trop lourd.

Tu n’es pas Père seul, ni Mère infinie,
Tu es l’ami·e, l’enfant, l’amant ardent,
Tu es le chien fidèle au pas du temps,
Tu es l’univers qui berce toute vie.

Quand l’hostie devient chair, quand le sourire éclaire,
Quand le pauvre s’avance et reçoit ta lumière,
Alors je vois ton nom éclater dans nos yeux.

Et je demeure au seuil de ce mystère,
Dans le vertige immense et l’éblouissement,
Je crois, je prie, je tremble : tu es Dieuxe.

#Oraison #Philosophie #Politique #Spiritualité