copié de Gabriel #zucman que je n'a pas encore vu sur #mastodon, où il répond au gouv fr qui raconte n'importe quoi sur l'impôt plancher des ultra riches :
Bonjour M. Sébastien Lecornu,
Je suis très étonné par les propos de votre Gouvernement selon lesquels l’impôt plancher de 2% sur les milliardaires mettrait en danger nos entreprises et notre appareil productif.
Je vais vous expliquer pourquoi c’est faux, car les citoyens méritent un échange rigoureux et honnête.
Le mécanisme que je propose concerne les seules personnes physiques – pas les entreprises – dont la fortune personnelle dépasse les 100 millions d’euros.
Ces personnes sont au nombre de 1.800 environ en France. La fortune de ces individus est financière : elle est principalement constituée d’actions (dans LVMH, L’Oréal, etc.).
Un peu de pédagogie est nécessaire pour que chacun comprenne bien ce dont on parle.
Qu’est-ce qu’une action ? C’est un bout de papier qui donne à son détenteur le droit de percevoir les bénéfices d’une entreprise. Ces bénéfices, quand ils sont versés aux actionnaires, s’appellent des dividendes.
Certains voudraient que la possession de gros paquets d'actions constitue un insigne d’immunité : taxer ces grosses détentions actionnariales, selon eux, ce serait abimer nos entreprises.
Mais cela n’a guère de sens.
Car cette taxe ne demande rien à LVMH, à L’Oréal ou à une quelconque autre entreprise.
Elle n’obère en rien leurs capacités d’investissement ou de développement.
Elle ne touche pas les machines ou les usines, mais le portefeuille des ultra-riches.
On entend parfois la crainte que l’impôt plancher forcerait les milliardaires à se verser plus de dividendes.
C’est faux, à double titre. D’abord parce que dans l’immense majorité des cas, les ultra-riches ont les liquidités nécessaires pour payer l’impôt de 2%.
Ensuite parce que dans les rares cas où ils n’auraient pas les liquidités nécessaires, le plus naturel serait que les contribuables concernés vendent quelques actions – à la puissance publique, aux salariés, à d’autres investisseurs Français – pour le payer.
Aucun argent ne sort de l’entreprise. Les capacités d’investissements de celle-ci sont inchangées. Ses actions restent détenues par des Français.
Mais la propriété de celles-ci serait simplement légèrement démocratisée.
“Se séparer de quelques actions ? Quelle horreur, vous n’y songez pas !”
Derrière cette exclamation se cache une conception proprement royaliste de l’économie.
Une vision selon laquelle il est impératif que les milliardaires possèdent chacune des actions qu’ils détiennent.
Une vision selon laquelle c’est leur droit absolu – en tant que fondateurs, héritiers sur une génération, sur 5 générations.
Que toute autre répartition des actions serait nuisible à la société. Mais cette vision royaliste est contredite par toute l’expérience historique et internationale.
Car ce n’est pas le nombre d’actions détenues par un individu particulier qui fait la capacité d’une entreprise à innover.
Un exemple très clair l’illustre : Steve Jobs.
Steve Jobs possédait 0% d’Apple quand il est revenu en prendre les rênes en 1997
Pourtant, cela ne l’a pas empêché de la sauver de la faillite et de lancer l’iPhone etc.
La concentration des actions n’est pas la condition de l’innovation et de la productivité, bien au contraire.
C’est l’investissement collectif dans les compétences, dans les savoirs, dans les infrastructures, qui fait notre productivité, notre capacité à innover et notre croissance. Pas la détention des actions par les ultra riches et par eux seuls.
J'aborde toutes ces questions dans mon nouveau livre : https://www.seuil.com/ouvrage/les-milliardaires-ne-paient-pas-d-impot-sur-le-revenu-et-nous-allons-y-mettre-fin-gabriel-zucman/9782021538601
Le vote décisif pour imposer les milliardaires se tiendra soit aujourd’hui soit vendredi, je vous tiendrai informés.
Il nous reste peu de temps pour continuer le travail de pédagogie et de diffusion. Merci pour votre confiance et votre soutien. Gabriel
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