unseelie

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ce n’est pas de la sagesse, c’est un rêve en plein jour.

pas de philosophie.

la magie est une poésie pratique.

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il existe un chemin bercé par les coquelicots et de violets pavots. les pas sur ce chemin sont toujours des murmures et les serpents n’ont pas peur de les entendre. ici est ailleurs, le sommeil est l’inquiétante familiarité du devenir. on marche sur ce chemin comme si on avait une fortune à fuir et un monstre à trouver. le sommeil est une transparence sans lumière, un passage. là, il y a une possibilité : la folie dans une paupière comme un incendie dans un verre d’eau – ou dans l’océan —, et c’est la nuit toujours qui te choisit ; on subit la nuit ; c’est le jour auquel on tient tête.

je veux boire le noir au fond de ma bouche et au fond des oreilles et au fond des coquelicots ; je veux être bue par une ombre le soir. si je me perds, un chemin me trouvera peut-être et me traversera, et je ne serai plus qu’un décor mais la vie aura le premier rôle au milieu de moi.

*

je peux vivre sans moi comme un rêve ou une folle.

car ce n’est pas ma vie que j’aime ni ce qui dit « mienne ». c’est la vie seule qui est bonne.

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aux vies unseelie je recommande ceci : un grand sens de la justesse, plutôt que de la morale.

mon goût s’est ajusté à une vie qui semble atroce à d’autres ; mon goût s’est ajusté à des yeux et à des narines qui ne supportent pas le printemps, à des nerfs qui se désacordent l’été. et c’est à tel point que plus rien ne distingue mon étrange goût du goût normal, si ce n’est que le premier est frappé d’un stigmate. il y a symétrie, il n’y a pas grande différence, juste un basculement de miroir à miroir, d’oeil-zénith à monstre.

me fait souffrir la lumière d’avril comme d’autres se détériorent sous un ciel de brouillard, et j’ai de grandes joies : elles fleurissent l’hiver. de là, suis-je malade ? aux yeux de la société oui, mais pas aux miens. il n’y a rien de mortifère à voir dans le noir : il y a juste une vie étrange et qui pour beaucoup est perçue d’emblée comme intolérable. voilà ce que c’est être malade pour la norme et non de manière autodéterminée, voilà peut-être ma folie : m’autodéterminer comme vivante là où on voudrait les grandes malades un pied dans la tombe. jusqu’à la mort tout est vie est le proverbe des monstres petits et grands, et je le fais mien. je revendique ma vie comme chose extraordinaire, alliance des contradictions, miracle terrible, objet de scandale, chose impossible ; je veux la vie radicalement et absolument. ce n’est pas une excentricité romantique ou un héroïsme, c’est vivre dans une société où il y a des morts douces pour les anormal-aux, des vies qui ne se sentent jolies et dignes que parce que d’autres sont dites inhabitables. ici, dans cet endroit bizarre où je vis, vivre c’est presque commettre un crime.

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vous avez peur de la gorgone parce que parmi les monstres, elle est la seule qui regarde de face.

le petit peuple des fées, nos invisibles trop bruyants, nos grouillements d’yeux et de dents, nos champignons qui débordent un peu, dans l’ombre, nos couleurs hirsutes, c’est votre mauvaise conscience ou peut-être plutôt votre crainte. on ne nous voit pas mais on nous flaire partout comme un risque parce qu’on nous a rendu-es minuscules. il y a des monstres au bord de vos yeux.

mais je vous vois.

nous aussi, on peut.

la magie de nos yeux ce n’est pas de voir, c’est de pouvoir.

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par sykorax
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sykorax

Penser sur #papier: un #crayon à la main
https://www.heuristiquement.com/2026/03/penser-sur-papier-un-crayon-la-main.html
Le geste d'#écrire et de #dessiner possède une force que le clavier ne peut égaler Selon la théorie de l'esprit étendue portée par Annie Murphy Paul, l'utilisation d'un support physique permet d'alléger considérablement notre charge cognitive en projetant nos pensées hors de notre cerveau. De plus, la théorie du double codage démontre que l'association du texte et du visuel renforce la mémorisation de manière significative
Penser sur papier: un crayon à la main

Facilitation Visuelle, Pensée visuelle, visual mapping, mind mapping, innovation. Carte heuristique, carte mentale, carte conceptuelle, XMind.

glitch

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l’échec c’est le glitch

c’est pas prévu que tu fonces dans un mur
quand tu joues
mais parfois tu le traverses

parce qu’en fait rien à foutre du mur

le jeu (le jeu pervers) veut qu’on échoue
mais est-ce qu’il veut que tu veuilles échouer

gagner c’est tuer

gagner contre les gens qu’on a nommé

pnj ou éléments du décor

on gagne tout d’abord on tue et puis on a perdu

je joue à ce jeu pour grimper dans les arbres tout au bord

ils sont bleus

la seule aventure est hors du chemin
beaucoup l’appellent échec

chute

je veux tomber dans un puits

et voir plein de petits pixels d’étoiles non-prévues par

la texture

il existe peut-être un jeu
où on dépose l’épée

et où on a encore une vie à perdre

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par sykorax
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sykorax

... série Toutes ces lumières qui ne peuvent plus s'étreindre

#ecrire #poesie #alainlasverne #poesiecontemporaine

vie et mort sont pesées

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à quoi servent deux yeux ?

à juger
l’œil droit et l’œil gauche
sont une balance
vie et mort sont pesées

quand tu regardes le vertige d’un arbre
quand la mer tient dans un papillon de nuit

veux-tu ?

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par sykorax
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sykorax

une ligne dans le sable

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ton corps et toi et ton identité
vous n’existez presque pas

c’est ce qu’elle m’a dit

tu n’as pas besoin d’être
forteresse

tu n’existes pas
sauf pour jouer

et ce n’est pas une victoire de l’oppresseur

ton corps est une ligne dans le sable
il y a du vent pour traverser ta frontière

on trace une ligne parce qu’il y a un jeu
cette ligne existe
pour que tu puisses bondir par-dessus
jouer à cloche-pieds
dire

on disait que

cette ligne existe pour être enjambée

mais elle doit être là

sans la règle du jeu
ne peuvent exister
ni le jeu ni la triche
ni les passages clandestins de ton rire

ne t’efface pas

même si c’est pas sérieux

on n’efface pas les cages de sable
de foot
de dragons

peut-être que c’est sérieux

la maison des souris

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par sykorax
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sykorax

l’astre de sang

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on a gravé un astre de sang
sur mon corps et ma tête

on m’a dit c’est ton étoile
suis-la

j’ai des yeux blessés
parce qu’on les a ouverts au couteau

j’aimerais des yeux
hors des murs de mon crâne

oublier ce clou
qu’on a planté dans mon nombril
et qu’on a appelé

nom prénom date de naissance

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par sykorax
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sykorax

paroles de là-bas

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le problème avec la folie
c’est qu’on vit comme un signe
un scandale politique

tout fait sens vers

tout en nous montre

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j’ai connu une tueuse de dragons (au XXIe siècle)

elle disait

pour moi penser c’est étudier dans une bibliothèque en feu et ne pas sentir le parfum des livres mais l’odeur de la fumée

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faut bien vivre on dit
mais ce qu’on dit pas sur le travail
c’est qu’il faut bien mourir aussi

je sais pas pour qui

*

parole d’une personne mourable selon eux

quelle que soit la manière dont je me contorsionne, quelle que soit la manière dont je prends la place de mon existence, mon existence ne sonne pas juste : elle a une corde cassée, et cette corde c’était moi

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la mort c’est l’immortalité du dernier mot

la mort définit un récit et indéfinit le corps — visage-forme et matière-abstraction

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je me pardonne d’être né-e
nous ne nous pardonnons pas de mourir

notre mort est impardonnable

*

les fantômes ça existe
c’est quand on passe
devant un génocide

quand on traverse
sans douleur

la douleur de notre maison

les fantômes traversent les murs
et même l’enfant mort

*

le temps boite en moi
avec une patte couverte de sang
et laisse une trace

*

comment allumer un feu

ton poème n’a qu’un air de parenté avec toi, il te trahira et peut-être qu’il dansera sur ta tombe, comme le feu : ne donne pas de nom à l’enfant que tu attends ; ellui ne t’attendra pas

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les psychiatres et les tortionnaires
sont des gens d’un sérieux inconséquent

si je ne la prends pas au sérieux
ma folie est invincible

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par sykorax
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sykorax