FOLLES QUI SCANDENT « INAVE ! INAVE ! » LECTURE
La Fête des Folles de Jonas Gardell, traduction de Rémi Cassaigne
29 juillet 1971, journée caniculaire et nuit tropicale sur Stockholm. La capitale suédoise est encore une ville tranquille, peu ouverte sur le monde, et le groupe ABBA ne s’est même pas encore formé.
Un night club gay fête son inauguration ce soir là, dans un manoir et un parc un peu délabré de la ville. Ce sera « la plus grande fête des folles de l’histoire de la Suède ». Pendant ce temps dans un obscure ville de banlieue, Mikaël, un jeune garçon fluet comprend sans trop comprendre qu’il n’est pas comme les autres.
Quand on parle de Jonas Gardell, on pense forcément à son chef d’œuvre absolu sur les années SIDA qu’est « N’Essuie jamais de larmes sans gants » qu’il avait mis 20 ans ) écrire. Et si le reste de sa production (tout du moins ce qui en a été traduit en français) tient globalement la route, il souffre néanmoins de la comparaison. Et c’est hélas le cas pour cette Fête des folles. Nous avons ici aussi des récits parallèles mais moins bien maîtrisés (on est parfois perdu dans les flashbacks). Les personnages sont moins bien caractérisés, et quant à la Fête en elle-même, elle en est réduite à des discussions avinées entre vieilles copines.
Et un vrai malaise s’installe avec le personnage de Christer. On avait vu que Gardell veut éviter tout manichéisme (y compris dans « N’Essuie jamais de larmes sans gants » quand il décrit avec justesse des parents abandonnant leurs fils), mais quand il s’agit de décrire le parcours d’un agresseur pédophile, je ne sais pas trop qu’en penser. Surtout que le parcours de la victime, Mikaël donc, est proche de celui de l’auteur (né en 1963, comme Benjamin et Rasmus d’ailleurs, banlieue de Stockholm…) et que cette partie de l’histoire est peut-être tout ou partie autobiographique.
Nous avons néanmoins toujours le talent de plume de Gardell, ses punchlines de fin de chapitre, et des discussions assez drôles entre folles. Et pour celles et ceux pour qui c’est un point essentiel dans le choix de lecture, il y a un happy-end.
Même si je suis un petit poil déçu, ça reste quand même un bon livre, et un bel hommage que Gardell à ces folles pour la plupart disparues depuis.
Se pose toujours la question de pourquoi Gaïa n’a toujours pas fait traduire le 3e tome de sa trilogie autobiographique, « Jenny » après l’avoir fait pour les deux premiers (« Petit comique deviendra grand » et « Un ovni entre en scène ».
Chez Gaïa & Actes Sud, 180 pages, 21€
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