#ChroniquesDeLaGauche québécoise (suite)
Ça fait plusieurs fois que j'entends des gauchistes du Québec - qui ont autrefois été anarchisant-e-s mais qui sont clairement en train de virer au rouge - dire qu'il faut «arrêter d'être contre le leadership». Quand iels disent ça, iels pensent évidemment à leur propre leardership (parce que ce sont généralement des gauchistes qui ont de l'influence qui disent ça) et exagèrent vraiment nos tendances «anti-leadership», généralement parce que la base de leur mouvement/collectif leur a kické le cul une fois ou deux et que ça leur fait encore mal.
Je pense que cette idée-là c'est une des conséquences d'avoir arrêté de s'identifier collectivement et ouvertement comme des anarchistes. Je sais que pour plusieurs, c'est surtout une question d'humilité: on veut pas se donner des airs de. Mais à force de pas se donner des airs de, la culture s'est un peu étiolée, et les attentes aussi.
Et là, je sais ce qu'on va me répondre: que le leadership peut être positif et pas autoritaire et blablabla. Je trouve que c'est de la bouillie pour chats. S'il y a pas au moins une dose d'autoritarisme, de méritocratie, de bénéfice individuel ou de vanité dans votre vision du leadership, vous pourriez appeler ça autre chose que du leadership.
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Là, là, j'vas vous raconter une petite histoire (que j'ai peut-être déjà racontée, désolé-e si je radote) sur le leadership et vous allez comprendre pourquoi je suis toujours sceptique quand on nous rabat les oreilles avec ça.
Quand j'étais en secondaire 2, le prof d'éducation physique a décidé que notre évaluation ce serait un tournoi de volleyball: un sport auquel personne excellait, moi inclus-e.
Il nous a demandé de former les équipes au début de l'étape et le hasard a fait que je me suis ramassé-e parmi les «chef-fe», notre seul rôle étant de «repêcher» des joueurs/euses à tour de rôle.
Normalement, dans ce processus de formation d'équipe, l'ordre du recrutement est prévisible. Au début, tu choisis les gars sportifs. Après, les gars pas sportifs mais relativement en forme. Après, les filles sportives et à la fin, les «restes» et les «rejets».
Mon tour venait en dernier et lorsque le grand Marc-André a été choisi, une drôle d'idée m'a traversé l'esprit. Au premier tour, j'ai pigé dans les «restes» et les «rejets».
Les autres élèves en revenaient pas.
J'ai continué à choisir des équipières parmi celles qui prenaient le moins de place. Alex le comique a suggéré que c'était parce que je tenais à être la star de mon équipe et que je voulais pas que quelqu'un me fasse de l'ombre.
Quand j'ai regardé le résultat final, j'ai ouvert grand les yeux et je me suis dit: «estie on va gagner».
J'avais raison. Alex le comique et le grand Marc-André, pendant les games, couraient partout sur le terrain en gueulant. Les autres joueurs/euses se tassaient en les voyant arriver. Iels lâchaient prise et le ballon touchait le sol drette devant elleux, en tombant au ralenti.
Moi, je faisais pas plus que jouer mon propre rôle. J'ai même pas eu à dire à mes coéquipières de «pas avoir peur du ballon» ni de les encourager plus que pour ma part.
Quand Tony la brute préparait ses smash, tout le monde serrait des dents et fermait les yeux. Aucune équipe essayait même de les retourner. Sauf la mienne. Parce que chaque joueuse avait décidé de step up.
Personne attendait qu'on lui dise quoi faire. Après 3-4 games, on avait déjà trouvé notre chimie. Pas parfaite, parce qu'on était quand même poches au volley. Mais assez pour planter tout le monde.
On a gagné le tournoi et on a toustes eu dans les 90%. Je sais pas ce que le prof d'éducation physique en a conclu. Il a pas fait de commentaire.
Moi j'en ai tiré des leçons.
On évolue tellement toujours dans des structures hiérarchiques que c'est difficile de même s'imaginer à quoi ça peut ressembler quand les choses vont autrement.
C'est tellement dans notre culture qu'on pense que c'est inévitable. Quand quelqu'un s'empare du pouvoir, on le laisse faire sans rien dire. On se dit: enwèye, libère-nous de nos responsabilités. À ce sujet, un dude de QS m'a déjà dit dans une chicane rouge vs noir que les gens voulaient pas «toujours se sentir délégués». On grandit avec la conviction que prendre des décisions à la place des gens, c'est un service qu'on leur rend. Non, un sacrifice qu'on s'inflige à soi-même, comme le crisse sur sa crisse de croix.
C'est pour ça que créer une structure sans autorité ni hiérarchie, ça prend de l'intention. Et des fois il faut aller à contre-courant et s'obstiner, et avoir l'air ridicule.
Mais ça marche ben en câlice.
Une équipe de rejets sans chef-fe peut mieux fonctionner qu'une équipe de stars avec chef-fe.
Je vous reviens plus tard avec d'autres histoires de #rejets .

