Super texte de #Soyboy dans la newsletter
"Le temps des salauds" :
Je m’appelle Soyboy, l’ « homme soja », et je suis peut-être né vers 2017 dans le cerveau enfiévré de pauvres gars qui, planqués toute la nuit derrière leur écran à naviguer sur des forums obscurs, ruminent leurs angoisses d’à peu près tout.
Mais je suis peut-être né aussi un an plus tôt dans celui d’un influenceur facho qui n’aime pas le soja, un type complexé qui mange de la viande aux hormones et aux stéroïdes parce qu’il pense que ça va suffire, les hormones et la viande, à faire de lui un homme, un vrai. Un type qui fait des vidéos où il déblatère que je suis un fragile, un mouton, une femmelette et d’autres choses de ce genre, que je suis rien qu’un bouffeur de graines qui précipite la fin de l’Occident blanc et viril, qui pense que manger du soja rend faible et stérile, alors qu’il y a des protéines dans le soja, espèce de bouffon.
(Eh, parce qu’être influenceur, franchement… se maquiller et de mettre une grosse chaîne autour du cou pour faire le mascu devant la caméra de ton ordi, c’est un vrai métier d’homme ? Allez, trouve-toi un vrai boulot, mec, et rends-toi utile)
Je suis peut-être né plus tard dans le cerveau d’un autre influenceur relou, qui joue les gros durs en tirant à balles réelles sur des mannequins (de gauchistes) en plastique, qui vomit sa haine des écologistes, et de toutes celles et de tous ceux qui luttent pour l’égalité et la liberté aux quatre coins de cette planète bousillée par des dirigeants qui ne croient qu’au business, au pétrole et à l’IA.
Je serai toujours sur le chemin de ces chefs-bousilleurs pour qu’ils cessent de nous appauvrir, de flinguer nos services publics, de tailler dans notre Etat social, d’empoisonner nos gosses et d’enrichir les plus riches.
Je n’ai pas peur.
Je n’ai pas peur de toutes celles et de tous ceux qui n’ont pas la même couleur de peau que moi, je n’ai pas peur de l’islam et des musulmans, et les musulmanes qui veulent porter le voile ne me donnent pas des boutons, parce que j’ai autre chose à faire dans la vie que de les emmerder sous prétexte de lutter contre Daech (il y a la police pour ça).
(J’ai récemment appris qu’un soldat sur trois dans l’armée française est musulman, et ce sont ces petits gars qui défendront nos frontières avec leur Famas le jour où, et pas toi planqué derrière ta caméra ou à soulever de la fonte à la salle en bas de chez toi.)
Je n’ai pas peur des étrangers et des Français d’origine étrangère, parce que je sais que la France est l’un des pays où il y a plus de mariages mixtes au monde, et que ça augmente chaque année.
Je n’ai pas peur des femmes qui enfoncent les mecs à l’école et à l’université, qui font du foot et du close combat. Je n’ai pas peur qu’une femme qu’elle soit payée pareil que moi, et même mieux parce qu’elle est mon chef - même si je n’aime pas les chefs et les cheffes.
Je n’ai pas peur des hommes qui emmènent leur gosse à l’école et qui pleurent parfois la nuit. Je n’ai pas peur des trans, des homos et des lesbiennes, et, si ça se trouve, je suis l’un.e d’iels.
En revanche, ce qui est sûr, c’est que je fais peur aux fachos et aux mascus et aux natios et aux racistes, parce que, moi, je n’ai pas besoin de me soumettre à un « homme fort » pour me sentir fort.
Je leur fais peur parce que nous sommes légion, parce que nous ne refusons de vivre dans leur monde mort où il y a les faibles et les forts, un monde qui transpire l’angoisse, la peur et la testostérone, où le but dans ta vie, c’est de faire la course en tête en saluant le drapeau et de chouiner que la France c’est plus la France.
Je leur fais peur à ces mâles alpha parce que j’ai pas besoin de bouffer de la viande pour exister, j’ai pas besoin d’une bagnole pour me sentir un homme, et que, si je pisse parfois assis, c’est parce qu’en pissant, je peux lire le journal.
Je leur fais peur parce que je suis leur cauchemar, je leur fais peur parce que leur monde étriqué et toxique finira par disparaître et qu’ils n’y peuvent rien, je leur fais peur parce que nous serons de plus en plus nombreux.
Ils savent qu’ils ont déjà perdu.
Je m’appelle Soyboy, mais je suis tout aussi bien Soygirl (mais ça, ils ne le sauront jamais), et je vous parle du futur où le monde nous appartient.
Hugues Jallon









