
Dans la France du XXIe siĂšcle, sous couvert « dâinsertion » et « dâaccompagnement social », des milliers de personnes handicapĂ©es subissent une forme moderne dâexploitation. Les Ătablissements et Services [... lire la suite]
Les ESAT, en lisant comme ça, ça Ă l'air d'ĂȘtre de la grosse merde quand mĂȘme. D'oĂč on fait bosser les gens 35h Ă 55% du SMIC exactement ? Et genre ça se cumule mĂȘme pas avec l'AAH (au delĂ du SMIC) ? Est-ce que ça aide vraiment les handi Ă """s'intĂ©grer socialement par le travail""" comme annoncĂ© partout ?
J'avais vu des trucs similaires avec les travailleurs en prison (des promesses de rĂ©insertion sociale, payĂ© 2âŹ/h, quelle bande de fumiers).
Le saviez-vous ? Avant, dans les ESAT, il y avait une large majoritĂ© de personnes handicapĂ©es venant d'IME (instituts mĂ©dico-Ă©ducatifs, oĂč on parque les enfants handies). Donc des personnes qui n'avaient jamais Ă©tĂ© Ă l'Ă©cole ordinaire, avec des handicaps qu'on dit "lourds" comme la trisomie, par exemple.
Aujourd'hui, il y en a de moins en moins car il y a de plus en plus de personnes qui ont travaillĂ© d'abord dans le milieu ordinaire. HĂ© oui, pensez-vous, avec une logique de rentabilitĂ© (dont certains objectifs sont mĂȘmes fixĂ©s par l'Agence rĂ©gionale de santĂ© pour pouvoir obtenir des fonds !), forcĂ©ment, les personnes pas trop handicapĂ©es qui peuvent aller vite, conduire, savent lire et Ă©crire, etc, c'est mieux !
Et on envoie mĂȘme des personnes non handicapĂ©es dans les ESAT, maintenant.
Thibault Petit mentionne : "Dans le milieu, on se pose la question : à terme, les handicapés auront-ils toujours leur place dans les ESAT ? Ces établissements ne sont-ils pas en train de devenir des usines pour chÎmeurs ? Pour gueules cassées, jeunes à problÚmes, asociaux, psychotiques, pas assez productifs ?"
HĂ© oui, surprise, quand on crĂ©e des dĂ©rives, ça ne peut que dĂ©river encore plus đââïž
Au chapitre d'aprĂšs, on apprend que l'Unapei, un grand gestionnaire d'institutions, a jouĂ© sur cette rĂ©munĂ©ration oĂč "c'est pareil pour les zandicapĂ©s" en baissant sa part Ă 5% du SMIC (le minimum lĂ©gal, oui oui on est hors droit du travail dans les ESATâŠ) car l'aide de l'Ătat augmentait alors mĂ©caniquement pour compenser. L'objectif Ă©tait de diminuer le dĂ©ficit de ses ESAT.
On a donc une vraie mentalitĂ© de patrons d'entreprises : notre pognon d'abord. Et c'est les cotisations sociales qui compensent et font que ces trucs, les ESAT, tournent. Et les ESAT reçoivent aussi des dotations de l'Ătat Ă hauteur de 70% de leur budget.
Franchement, dans le genre fumisterie, c'est quand mĂȘme du lourd.
Exploiter les personnes handicapĂ©es tout en Ă©tant une association financĂ©e par l'Ătat qui compense Ă©galement les salaires qui sont au sol. Et la loi fixe ces rĂšgles, donc c'est lĂ©gal.
Et aprÚs, ça fait sa pub pour dire "acheter nos produits fabriqués éthiquement par des zandicapés en ESAT" (je viens d'en voir au supermarché, un morceau de rayon dédié, j'avais envie de tout mettre par terre).
Edit : correction dans le texte au-dessus sur l'AAH car je parlais en fait de l'aide de l'Ătat versĂ©e Ă l'ESAT, pardon.
Dans "Handicap Ă vendre", j'apprends que, dans un ESAT, les personnes handicapĂ©es y travaillant touchent 700⏠net par mois. L'ESAT paye 11% du SMIC et le reste, c'est une aide de l'Ătat que l'ESAT leur reverse qui vient en complĂ©ment et le tout fait une rĂ©munĂ©ration de 700âŹ. Le directeur adjoint explique qu'il a fait le calcul et que, dans son ancien ESAT, ils payaient 19% du SMIC ("c'Ă©tait du respect", dit-il) mais en fait, si la part payĂ©e par l'ESAT augmente, alors, la part de l'aide de l'Ătat baisse donc ça revient au mĂȘme pour la personne handie au final (mais hey l'ESAT il se fait bien de la thune en payant moins, par contre). (Puis, il y a l'AAH ensuite en complĂ©ment mais celle-ci ne permet de toutes façons pas d'avoir un SMIC au total.)
Et le journaliste, auteur du livre, Thibault Petit abonde : "Quel intĂ©rĂȘt de les payer plus, 15 ou 20% du SMIC ? Aucun, en effet."
Alors, pardon mais dans les pages prĂ©cĂ©dentes, mon gars, tu nous racontes comment ces personnes triment 35h par semaine, avec des objectifs de rentabilitĂ©, des pauses chronomĂ©trĂ©es, etc et tu te dis pas qu'il faudrait au moins les payer 100% du SMIC ? đ¶
Je suis choquée, là . Je vais lire la suite pour voir si le discours évolue ensuite. J'espÚre que c'est juste pour l'intrigue.
Edit : bon, l'auteur nous fait visiblement du cynisme et c'est tellement implicite que j'ai pas captĂ© (le chapitre suivant le confirme par encore de l'implicite, c'est dur pff). C'est mal jouĂ© d'avoir fait ça, surtout dans un bouquin sur le sujet du handicapâŠ
Edit 2 : je me suis mĂ©langĂ©e les pinceaux entre l'AAH et une aide de l'Ătat versĂ©e Ă l'ESAT pour atteindre 700âŹ. Texte corrigĂ© au-dessus.
En cette journée spéciale (20 ans de l'adoption de la loi sur le #handicap ) je vous conseille chaudement quelques livres :
-Michel Caire, Soigner les fous #psychiatrie
-Sylvia Plath, La cloche de détresse #littérature
-Thibault Petit, Handicap Ă vendre #ESAT
-Hugo Horiot, L'empereur c'est moi #témoignage
-Thomas Bourgeron ; Des gĂšnes, des synapses, des autismes #autisme #tdah
-Charlotte Puiseux, De chair et de fer #validisme