#UnAutreFutur #Gauche #ContreExtremeDroite #Imaginaire
"Face à l’extrême droite : refaire la gauche et son imaginaire, radicalement" par Philippe Corcuff
- https://raar.frama.io/raar-info-2024/04/29/face-l-extreme-droite-refaire-la-gauche-et-son-imaginaire-radicalement.html
- https://blogs.mediapart.fr/philippe-corcuff/blog/290424/face-l-extreme-droite-refaire-la-gauche-et-son-imaginaire-radicalement
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La renaissance d’une gauche d’émancipation : le principal
Le principal, selon moi, c’est la renaissance d’une gauche d’émancipation à partir de la crise structurelle du pôle communiste et du pôle social-démocrate et des défaillances de la gauche radicale pour les remplacer .
Le principal ne consisterait donc pas à critiquer les idées d’extrême droite, même si c’est nécessaire, mais le principal consisterait à redonner sens à une alternative de gauche, pas un “homme providentiel”, pas une organisation miracle, mais un nouveau souffle à gauche, un nouvel imaginaire .
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Cette réinvention d’une gauche d’émancipation doit se faire à partir de la vie quotidienne, des sociabilités ordinaires, en prenant appui sur le tissu associatif et syndical ¶
Cette réinvention d’une gauche d’émancipation doit se faire à partir de la vie quotidienne, des sociabilités ordinaires, en prenant appui sur le tissu associatif et syndical .
Depuis les premiers pas de la gauche radicale dans les années 1990, on a eu du mal à faire ce travail patient et quotidien. On a cru à des contes de Noël autorisant des raccourcis, en faisant l’économie de la constitution d’appuis plus solides dans la société.
On a trop couru après des “hommes providentiels” et/ou de nouvelles organisations miracle.
J’en reviens au récent livre écrit avec Philippe Marlière : Les Tontons flingueurs de la gauche (https://luttes.frama.io/contre/l-antisemitisme/livres/2024/les-tontons-flingueurs-de-la-gauche/les-tontons-flingueurs-de-la-gauche.html) , qui s’efforce de montrer que les prétendus “sauveurs suprêmes” de la gauche ont contribué à aggraver sa crise .
Et on voit bien comment la possibilité de reconstruire une gauche d’émancipation dès aujourd’hui à partir de la vie quotidienne pourrait être facilement balayée une nouvelle fois par le rêve d’un nouvel “homme providentiel” pour 2027, comme François Ruffin pour la gauche radicale ou Raphaël Glucksmann pour la gauche sociale-démocrate…
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Qui dit gauche d’émancipation, dit aussi projet d’émancipation ¶
Mais un projet d’émancipation individuelle et collective, ce n’est pas seulement et principalement un programme avec des mesures techniques.
La gauche a plein de programmes dans ses armoires.
Il faudrait quelque chose de plus, qui donne du sens, qui produit un souffle .
On peut déjà en percevoir quelques axes, dérivés de la critique des idées d’extrême droite que j’ai pu faire dans la deuxième partie de cet exposé et dans La Grande Confusion :
associer questions sociales (une autre répartition des richesses économiques, des ressources culturelles et des possibilités de reconnaissance sociale) et questions sociétales (le droit à l’avortement, l’abolition de la peine de mort ou le mariage pour tous font bien partie de l’histoire de la gauche) dans un cadre radicalement démocratique ( le fonctionnement oligarchique autour d’un chef tout-puissant, Jean-Luc Mélenchon ou quelqu’un d’autre, dans une organisation politique ne peut pas être garant de ce cadre );
faire converger les secteurs des couches populaires et moyennes qui construisent encore une dignité à travers le travail et les secteurs précarisés , vivant notamment de minima sociaux, qui ont un rapport plus dévalorisé au travail (c’est pourquoi se focaliser comme François Ruffin sur la seule “valeur travail” ou dénigrer cette dernière comme nécessairement “de droite”, comme Sandrine Rousseau, ou dénoncer “la gauche des allocs”, comme Fabien Roussel, est aux antipodes de ce travail difficile de convergence) ;
faire converger travailleurs français et immigrés sur des intérêts communs ;
défendre le caractère pluriculturel de notre société et les bienfaits des métissages culturels ;
articuler action locale, action nationale et action internationale pour les questions écologiques comme pour les questions sociales ;
se soucier tout à la fois des aspects individuels et des aspects collectifs de l’émancipation.
lier l’émancipation des dominations et la préservation d’attachements individuels et collectifs aux univers naturels ; les Lumières du XVIIIe siècle et le socialisme des XIXe et XXe siècles nous ont appris à nous détacher des préjugés dominants et des inégalités qu’ils justifient pour s’émanciper individuellement et collectivement ; la pensée écologiste du XXIe siècle (comme celle de Bruno Latour) nous invite à nous attacher aux mondes naturels pour ne pas sombrer ;
Si l’on n’insiste que sur le détachement, on loupe les enjeux écologiques (dont ceux, urgents, des dérèglements climatiques) ;
Si on n’insiste que sur les attachements, on risque la justification conservatrice des dominations.
Ce ne sont que quelques pistes dessinées à rebours des idées ultraconservatrices si dynamiques dans les débats publics aujourd’hui .
Cependant, pour moi, le principal dans le principal, c’est la renaissance d’un imaginaire de gauche, d’un imaginaire émancipateur ¶
Cependant, pour moi, le principal dans le principal, c’est la renaissance d’un imaginaire de gauche, d’un imaginaire émancipateur.
Un imaginaire émancipateur, cela renverrait à quoi ?
À une galaxie de repères à la fois sensibles et raisonnés, de valeurs, de désirs, d’affects et de connaissances, porteurs d’une critique sociale de l’ici et maintenant associée à des images d’un monde meilleur , autorisant un élargissement mental des possibles.
Pas quelque chose qui se situerait seulement au niveau des idées, mais des aperçus de raison sensible insérés dans des pratiques, qui émergeraient transversalement des sociabilités quotidiennes, des différents terrains de lutte, des expériences alternatives et des pratiques culturelles.
De ce point de vue, ce qui se trame dans la culture populaire de masse (chansons, cinéma, polars, séries TV, jeux vidéo…) et dans son inscription au sein de la vie ordinaire de nos contemporains constitue un enjeu politique important.
Il ne pourra devenir clairement perceptible à gauche que si les intellectuels critiques et les militants radicaux cessent de réduire principalement la culture populaire de masse à une “aliénation” généralisée (ce que j’appelle “la pensée Monde diplo”). Il faudrait ensuite travailler à tisser des passages et des hybridations entre ces repères pour leur donner davantage un air de famille politique commun.
Une telle perspective impliquerait de se décentrer par rapport au champ politique institutionnalisé ¶
Une telle perspective impliquerait de se décentrer par rapport au champ politique institutionnalisé.
Je fais l’hypothèse que la politique de gauche pourrait être sauvée par ses bords , pas par son centre institutionnel et politicien trop autocentré et trop déréglé idéologiquement.
J’ai accepté depuis mars 2023 d’écrire une chronique mensuelle sur le site du Nouvel Obs intitulée “Rouvrir les imaginaires politiques”. ¶
https://www.nouvelobs.com/journalistes/840/philippe-corcuff.html
C’est dans cette perspective que, à un niveau fort modeste parce que conscient de son faible écho potentiel, j’ai accepté depuis mars 2023 d’écrire une chronique mensuelle sur le site du Nouvel Obs intitulée “Rouvrir les imaginaires politiques”.
J’y traite des problèmes d’actualité politique, mais en passant par des chansons, des films, des romans policiers ou des séries TV.
Souvenons-nous du puissant PCF des années 1960 : il aurait été moins fort, par exemple, s’il n’y avait pas eu les chansons de Jean Ferrat. Cette bande-son a contribué à nourrir les imaginaires de millions de personnes à l’époque. Un des défis principaux aujourd’hui, c’est de refaire la bande-son d’une gauche à réinventer, donc pas exactement la même bande-son.
... la suite ici: https://raar.frama.io/raar-info-2024/04/29/face-l-extreme-droite-refaire-la-gauche-et-son-imaginaire-radicalement.html