Véritable #calvaire ce #vendredilecture, avec la pile à lire oscillante de façon effrayante grâce à une disproportionnalité scandaleuse de hauteur et largeur. Pour une fois le réflexe d’aller acheter un livre à plat sur la table de libraire plutôt que de toucher à la tour #tsundoku au risque de la faire écrouler ne marche pas quand tout est fermé pour vendredi saint... J’ai finalement pris ce que me tombait dessus en premier : en l’occurrence l’un des plus légers en poids (200 pages seulement) et divertissement, « Le fantôme de Suzuko » du Montréalais #VincentBrault que j’avais acheté l’autre jour et placé soigneusement près du sommet de la p.à.l. 1/4
Il est remarquable pour un auteur n’ayant pas vécu à Tokyo suffisamment longtemps pour en faire l’expérience, d’arriver à ce niveau d’authenticité par rapport à la topologie de la ville et ses conditions de vie quotidienne par quelques séjours seulement, en travail de recherche pour préparer son troisième roman – les deux avant n’avaient rien à voir avec le Japon, n’empêche qu’on pourrait considérer l’ensemble son « cycle de la mort ». Genre littéraire autobiofiction : l’écrivain québécois fait rentrer son narrateur Vincent, écrivain québecois, au Japon qu’il a vécu pendant des années jusqu’à la mort de Suzuko, son amante artiste taxidermiste (#剝製師). 2/4
Le style est un mixe de flux de conscience et dialogues, d’un érotisme retenue presque pudique, le récit onirique, mais pas mystérieux – le rêve de quelqu’un pas trop compliqué. Et qui aime des phrases syncopées d’un seul ou deux à trois mots, tac au tac, pointilliste à l’effet d’une étrange effervescence. « Absence de fioriture » dans le langage, dit l’auteur dans un entretien, comme dans les traductions de textes japonais en français, procédé qu’il imaginait pour son propre texte, comme s’il l’avait écrit en japonais. Pas mal, tout ça, du style percussionniste jusqu’au réductionnisme littéraire (et littéralement, le manuscrit avait mille pages). 3/4
#Brault évite gracieusement les pièges d’exotisme qu’on trouve souvent dans d’autres livres situés à Tokyo. Il est vrai que ce sont toujours des pensées d’un Canadien au pays des gens qui admirent et méprisent en même temps des extraterrestres comme lui, surtout quand ils parlent japonais comme tout le monde – mais ça ne fait monter rien de cliché ou de bigoterie, c’est exactement comme dans les scènes du livre qu’on se sent, sortant en boîte à Tokyo : On croise des gens qui ne comprendront jamais ce que tu dis car, vu ta tête avec son grand nez, il leur est inimaginable que ce que tu parle soit autre que de l’anglais… Biais de confirmation à l’envers. 4/4