Ce #vendredilecture de vacances à la campagne, rien à faire que bouffes, balades et bouquinisme, je m’attaque aux livres au dépôt #tsundoku que je manquais de temps libre pour me concentrer dessus. Dans ma p.à.l. portée jusqu’ici : « Contingence et communauté » de #SimonEbersolt que j’avais commandé à la librairie française de Berlin qui va bientôt disparaître car les Galeries Lafayette dont elle fait département au sous-sol va fermer pour de bon en juillet ou août. Grand drame dont on parlera peut-être un autre jour, les trente pourcent de réductions sur le fond de la librairie (ni nouveautés ni commandes) ont déjà commencé à vider les étagères. 1/5
C’est dans la collection « Histoire de la philosophie » de #Vrin que #Ebersolt a publié sa thèse de 2017 sur #九鬼周造 #KukiShūzō. Hein ? Kou qui ? Jamais entendu de lui ! N’est il pas curieux que tout le monde soit capable de citer au moins un ou mêmes les deux lauréats japonais de prix Nobel de littérature (Kawabata et Ōe), de reconnaître des estampes de Hokusai ou Hiroshige, mieux encore des cinéastes de Ōzu via Kurosawa à Miyazaki – mais ne connaît aucun•e philosophe japonais•e ? C’est la question initiale de l’auteur français qu’en donne tout de suite la réponse : La « philosophie japonaise » n’évoque rien, même dans les milieux universitaires. 2/5
On n’en parle jamais, ni des « plus en vues » (#Ebersolt) comme #Nishida ou #Tanabe, ni des plus obscures comme #Kuki ou #Tosaka, tous philosophes japonais de la première moitié du XXe siècle, ni des vedettes du postmodernisme à la japonaise comme #AsadaAkira, #KarataniKōjin ou #AzumaHiroki que même les plus fidèles amateurs de la « french theory » ignorent. C’est pourtant #Asada dans son « 構造と力 » (« structure et pouvoir ») de 1983 qui était le plus français des penseurs au monde, mais puisqu’il n’a jamais été traduit, tant pis pour le mouvement postmoderne du Japon extrêmement dynamique, plus radicalement bouleversant la société que nulle part ailleurs. 3/5
#Kuki, lui, quatrième fils d’une (présumée) ancienne geisha et d’un baron haut fonctionnaire du gouvernement, devrait quand-même mériter de beaucoup plus d’attention, surtout en France. « Il faut imaginer Sisyphe heureux » ? C’est Kuki à l’origine de la phrase, #Camus ne l’a que repris dix ans plus tard. Aux débuts de l’existentialisme #JeanPaulSartre s’était mis à la découverte de la phénoménologie allemande à travers Heidegger ? C’est encore Kuki rentré en France qui, après deux semestres à Fribourg (#Husserl) et Marbourg (#Heidegger), introduisait #Sartre à «Être et temps » lors de leurs rencontres hebdomadaires à Paris en automne 1928. 4/5
Quand il quitte l’Europe en 1929 Kuki devient professeur de philosophie française à l’Université de Kyoto, faisant face à la dominance du néokantisme et autres courants philosophiques allemands dans les cercles académiques du Japon. Son œuvre est en fait plutôt original, pas une réitération localisée de pensées occidentales, pas du tout l’eurocentrisme à supposer d’un dandy plurilingue globaliste comme lui, pas non plus le nationalisme esthétique dont on l’a souvent accusé. Deux livres sont traduits en français, « La structure de l’iki » (lien) et « Le problème de la contingence » aux éditions de l’Université de Tōkyō (épuisé). 5/5 https://www.puf.com/la-structure-de-liki