"J'étais privée de maman mais du moins je la pleurai, et je passai tout le temps de l’école hors de moi hors de la salle de classe dans une réserve grandiose et désolée et qui était #nullepart. J'offris une résistance inattendue à tout le monde et je n'y étais pour rien [...] Je fus en proie à une force incontrôlable, [...] une machine surhumaine se mit en marche."

(Hélène Cixous, Osnabrück)

"Toutefois, je n'ai lu #nullepart que le véritable Heydrich sut faire preuve d'amabilité, réelle ou feinte, en quelque circonstance que ce soit."

(Laurent Binet, HHhH)

À l'ouest, le ciel disperse les nuages. «Nuages : lessive des anges », disait ma mère. Depuis le seuil de la maison, une lueur me rattrape. Les étoiles sont nos guides, nous a enseigné Dinouri. Il faut repérer les quatre horizons du ciel et la direction du vent. La lune à gauche, le Capricorne et la Petite Ourse derrière, Canope devant. C'est la direction que tu as choisie, même si cette route ne mène nulle part.
#nullepart
@auroreturbiau

"L'étreinte se relâche d'elle-même. Le mouvement semble neutre. Parti de #nullepart : où commencent les gestes qui gouvernent les membres se laissant retomber, ces torses glissant de part et d'autre, ces poitrines s'immobilisant dans des respirations ralenties et conscientes de l'être, jusqu'à ce que l'air et les battements du cœur ne soient plus que de minuscules soulèvements de la peau ?"

(Premiers mots (!) de Tabor, de Phœbe Hadjimarkos Clarke)

"[...] rien n'est régulier ici, même ce qui devrait l'être, pas de cycle, même la lune m'a laissée tomber, ou alors c'est moi qui m'égare, mon corps se déboussole, c'est le grand déboulonnage, plus d'articulation, #nullepart, un amas de conduits, ça circule, ça passe, mais moi je ne saigne pas, [...]"

Clara Dupuis-Morency, Mère d'invention

"La route est toute droite ensuite, sans trottoirs ni bas-côtés. Je marche face aux voitures même s’il y a pas de chances que j'en croise une. Car la route droite qui sort du village mène #nullepart. Elle s’arrête au milieu de la nature, il y a même pas un petit sentier pour la prolonger. Quand j’arrive devant la maison, il a arrêté de neiger et sur le toit flotte une lumière texture de lait. Ça fait du bien de voir un truc beau comme ça. Tellement de bien que je plonge dedans, je m'y baigne. Cette lumière, c’est aussi ma vie. Une lumière qui n’existe pas en bas. Elle sort des roches et des bruyères comme de la sève qui inonde le ciel. Puis des flashs de couleur se mettent à cogner contre les fenêtres du salon : c’est la daronne qui vient de se poser devant Hanouna. C’est moins beau d’un coup."

(Grégory Le Floch, Peau d'ourse)

"Les meilleurs routes font la jonction entre nulle part et nulle part, elles ne sont généralement que la variante d'un autre itinéraire plus rapide." Lu dans 'Traité du zen et de l'entretien des motocyclettes' de Robert M. Pirsig
#nullepart
@auroreturbiau

"En tant que bisexuel⋅les militant⋅es, nous nous glissons dans les collectifs et les luttes qui nous concernent, que ce soit partiellement ou complètement, et nous apprenons à mettre de côté une part de nous-mêmes - celle qui sera jugée trop hétéro où celle qui sera jugée trop queer, c'est selon. Nous prenons ce qu'il y a à prendre. Nous savons composer. [...] Le risque bien sûr, c'est de se morceler à l'intérieur, de compartimenter les facettes multiples de son identité bisexuelle, de ne plus arriver à arranger cette somme d'expériences diverses d'une manière qui soit intelligible pour soi et pour les autres [...] Un coup hétéro, un coup homo, on peut arriver à se sentir à la fois partout et #nullepart, en perpétuelle phase transitoire."

(Stéphanie Ouillon, Quelle bisexualité radicale ?)

« Avec un siècle de recul, il paraît d’autant plus macabre que Kafka, lui dont le métier consistait à défendre les droits des prolétaires, ait exposé "ses" ouvrières à une substance hautement cancérigène. Ces femmes se nouaient apparemment des tissus autour de la tête et du cou pour préserver leur peau du contact avec les fibres de l’amiante ; mais #nullepart il n’est fait mention de masques protecteurs, et le rituel de cette unique brosse à vêtements passant de main en main dans l'atelier à la fin de la journée [...] nous montre l’inconscience des ouvrières, du maître d'œuvre et des deux directeurs. Dans cette scène, il faut sans doute imaginer Kafka enveloppé d’un nuage d'amiante, et lui et son beau-frère ne pouvaient manquer de rapporter ces particules dans leur foyer. »

(Reiner Stach, Kafka, Le temps des décisions)

"Je jouais tellement le jeu de l'Occident que nous avions l'impression, Jean et moi, de n'avoir plus rien à expliquer. Les petits oiseaux dans le jardin, le vent qui montait du parc avec toutes les odeurs de la nature me donnaient envie de sauter, hurler comme un enfant n'ayant mal #nullepart. Les journées et les nuits étaient remplies de découvertes et de rencontres."

(Ken Bugul, Le Baobab fou)