Quand Rambert pense à notre place… et oublie Gaza
Une amie m’a poussé à aller voir Les conséquences de Pascal Rambert au Théâtre de la Ville. Audrey Bonnet, Anne Brochet, Stanislas Nordey et leurs camarades sont d’excellents acteurs, rien à dire de ce côté-là.
Mais mon amie m’avait vanté la fulgurance de La clôture de l’amour. Ici, 2h15 qui prétendent penser à notre place et nous assènent une collection de clichés aux relents politiques douteux.
Les références cinématographiques et théâtrales (Chris Marker, Tchekhov, Koltès…) flattent le public en lui donnant la satisfaction de reconnaître des noms, mais cela ne garantit en rien la profondeur du propos. Ce procédé me rappelle ces chanteurs qui se contentaient de citer des grands artistes dans leurs chansons : cela ne faisait pas de leurs chansons de grandes œuvres.
Ça crie, ça court, ça entre et ça sort dans de grandes enjambées, 2 mariages et 2 enterrements lassant au possible. Des bourgeois en ennui. mais ce n’est pas le plus grave encore.
La pièce s’ouvre sur Heidegger et son antisémitisme. On croit qu’on va en parler… mais après quinze minutes, silence. À la place, une litanie de guerres et de violences : Rwanda, Ukraine… mais Gaza ? Rien. Invisibiliser la souffrance palestinienne et la violence génocidaire du gouvernement israélien, c’est un choix politique clair.
Et la fin, la jeune femme racisée qui dit : on dit que plus on vieilli plus on vote à droite, alors je gagne du temps et je vote immédiatement à droite. Et la droite c’est l’extrême droite. j’ai détesté.
Sincèrement, j’aurais mieux fait d’aller revoir ce qui se rapproche le plus de Koltès en ce moment : L’irrémédiable de Delphine Gustau, mis en scène et interprété par Delphine Grandsart au Théâtre de la Flèche !
Haïku
Des mots sans questions,
pluie de clichés sur la scène,
Gaza, silence noir.
Tanka
Deux heures de mots creux,
références en vitrine,
Heidegger s’efface,
les bombes pleuvent ailleurs,
mais Gaza reste muette.
« Smalltalking »
Ils parlent sans penser, dictant leurs vérités,
Un flot de lieux communs déguisés en oracles,
Et sous ces grands noms jetés comme des miracles,
Le vide se déploie, sans ombre de clartés.
Heidegger en prélude, puis l’oubli s’est glissé,
Les guerres égrenées comme des spectres fades,
Mais Gaza disparaît, effacée sous les strates,
De ce verbe qui croit dompter l’humanité.
Ô Rambert, ton théâtre est un miroir sans âme,
Un cri sans profondeur, une torche sans flamme,
Qui prétend éclairer mais n’offre que la nuit.
Je fuis vers Koltès, vers la chair et le feu,
Là où la parole ose et brûle en un aveu,
Et non ce verbiage où la pensée s’enfuit.
#ennui #theatre