FACT CHECKERS et TRAQUEURS DE ...


No, gravity will not shut down on 12 August 2026
// Article in French //
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Non, la gravité ne s'éteindra pas le 12 aout 2026

Un message qui, sous diffĂ©rentes formes, circule depuis la fin-dĂ©cembre, cite un prĂ©sumĂ© « document secret » de la NASA selon lequel, le 12 aoĂ»t 2026 Ă 14h33 UTC, la gravitĂ© sur Terre va sâinterrompre pendant 7 secondes. Le DĂ©tecteur de rumeurs sâest demandĂ© comment mettre la gravitĂ© à « off ».
«âŻLes vĂ©rificateurs de faits ont tout simplement fait preuve de trop de partialitĂ© politique et ont dĂ©truit plus de confiance qu'ils n'en ont créée,âŻÂ» dĂ©clarait Mark Zuckerberg, le 7 janvier dernier. Il justifiait ainsi la fin des partenariats entre Meta et les fact-checkeurs, remplacĂ©s par des «âŻcommunity notesâŻÂ» Ă lâimage de X. Cette dĂ©cision semble renforcer le discours anti-mĂ©dia mainstream, portĂ© par des figures comme Donald Trump et Elon Musk. «âŻAvec les rĂ©seaux sociaux, le rapport de force a totalement changĂ©, les politiques, le pouvoir Ă©conomique ou les personnalitĂ©s publiques ont tout intĂ©rĂȘt Ă discrĂ©diter le paysage mĂ©diatique qui leur pose des questions qui fĂąchent, enquĂȘte sur eux et les contredit », constate Laurent Bigot, maĂźtre de confĂ©rences Ă lâuniversitĂ© de Tours, auteur de Fact-checking VS fake news : vĂ©rifier pour mieux informer (INA Editions). «âŻNous, fact-checkeurs, sommes des cibles privilĂ©giĂ©es des populistes, car nous reprĂ©sentons lâopposĂ© de leur modĂšle : nous valorisons lâexpertise et les faits plutĂŽt que les opinions infondĂ©esâŻÂ», estime Julien Pain, rĂ©dacteur en chef et prĂ©sentateur de « Vrai ou faux » sur franceinfo. Selon le journaliste, lâidĂ©e relayĂ©e par ses dĂ©tracteurs, selon laquelle « toutes les paroles se valentâŻÂ» et dâaprĂšs qui il faudrait «âŻcesser de faire confiance aux experts manipulateurs », prend de plus en plus dâampleur. Cette dĂ©fiance va parfois mĂȘme jusquâaux menaces physiques Ă lâencontre des fact-checkeurs. «âŻCâest une consĂ©quence de lâĂ©mergence des rĂ©seaux sociaux, qui offrent la possibilitĂ© de sâexprimer de maniĂšre quasi anonyme, avec un sentiment dâimpunitĂ©, dans un environnement qui favorise la virulenceâŻÂ», dĂ©plore CĂ©dric Simon, adjoint Ă la rĂ©daction en chef Investigation numĂ©rique de lâAFP (Factuel), dont les journalistes subissent Ă©galement du harcĂšlement en ligne. Et de prĂ©ciser : «âŻC'est le cas malheureusement de beaucoup de personnes qui s'exposent en participant au dĂ©bat public.âŻÂ» Les effets paradoxaux du fact-checking Une Ă©tude menĂ©e en mai 2024 par la fondation Jean JaurĂšs, souligne une critique du fact-checkingâŻ: qualifier un fait ou une information de « dĂ©sinformationâŻÂ» relĂšverait dâune censure Ă motivation politique (et donc subjective) restreignant la libertĂ© dâexpression. «âŻIl peut nous arriver de qualifier une fausse information de dĂ©sinformation, mais uniquement lorsque nous Ă©tablissons une intention dĂ©libĂ©rĂ©e de tromperâŻÂ», explique CĂ©dric Simon de lâAFP Factuel. « Nous ne pouvons pas ĂȘtre des censeurs, puisque nous nâavons pas de bouton pour supprimer lâinformation en question », rappelle Julien Pain. Laurent Bigot, directeur de lâEcole Publique de Journalisme de Tours, souligne quant Ă lui «âŻune confusion autour de la notion de libertĂ© dâexpression, qui doit sâinscrire dans un cadre sociĂ©tal, garantissant le vivre-ensemble. » Parmi les reproches adressĂ©s au fact-checking, figure lâidĂ©e que se positionner en arbitre de ce qui constitue la rĂ©alitĂ© ou non, risquerait de contribuer Ă la polarisation du dĂ©bat public. « Ce serait le cas si nous dĂ©fendions une opinion plutĂŽt quâune autre, mais ce nâest pas notre dĂ©marche, se dĂ©fend CĂ©dric Simon. Il nous arrive de signaler que certaines dĂ©clarations de politiques sont erronĂ©es, trompeuses ou insuffisamment contextualisĂ©es. Mais nous nous interrogeons toujours : vĂ©rifions-nous bien un fait, ou un chiffre, et non une opinion ? » « Le fact-checking implique une conclusion, car câest lâun des rares genres journalistiques oĂč lâon tranche, mais cela nâa rien dâarbitraire », prĂ©cise le directeur de lâEPJT. « Cette conclusion dĂ©pend uniquement des faits Ă disposition. » Julien Pain nuance Ă©galementâŻ: «âŻIl ne faut pas croire que fact-checker, câest simplement dĂ©crĂ©ter ce qui est vrai ou faux. TrĂšs souvent, nous apportons des Ă©lĂ©ments de nuance et de contexte. Ce discours qui assimile la vĂ©rification des faits Ă une forme dâarbitrage de la vĂ©ritĂ© ou de bien-pensance est regrettable.âŻÂ» Toujours selon la mĂȘme Ă©tude, 45% des personnes interrogĂ©es estiment que les fact-checkeurs sont biaisĂ©s parce qu'ils sĂ©lectionnent souvent certains types d'informations au dĂ©triment dâautres. CĂ©dric Simon rĂ©pond en dĂ©taillant les critĂšres de sĂ©lection : «âŻD'une part lâimpact et la viralitĂ© de lâinformation Ă vĂ©rifierâŻ; dâautre part, son caractĂšre potentiellement nuisible pour les utilisateurs comme dans le domaine de la santĂ©.âŻÂ» Sâil reconnait que ces critĂšres peuvent conduire Ă privilĂ©gier certaines vĂ©rifications plutĂŽt que dâautres, il rĂ©fute toute intention partisane. « Beaucoup nous pointent du doigt et nous utilisent comme bouc Ă©missaire dans le cadre dâagendas politiques », analyse Julien Pain. RĂ©concilier le public et lâinformation Afin de garantir lâabsence de biais, diffĂ©rents labels internationaux existent, comme lâIFCN, dont lâAFP est membre. Son code de principes comprend 31 rĂšgles, dont lâobligation de transparence. «âŻĂtre capable de corriger ses erreurs de maniĂšre visible, avoir une politique de gestion des erreurs accessible sur son site Internet, ce sont des impĂ©ratifs pour restaurer la confiance du public envers les mĂ©dias », estime le directeur de lâEPJT, Ă©galement assesseur de lâIFCN pour la francophonie. « Les organisations membres doivent se soumettre Ă un contrĂŽle indĂ©pendant annuel, garantissant la qualitĂ© et lâindĂ©pendance de leur travail, condition essentielle notamment pour les plateformes partenaires », complĂšte CĂ©dric Simon. Pour espĂ©rer amĂ©liorer la perception du public Ă lâĂ©gard de la vĂ©rification des faits, Julien Pain prĂ©conise une Ă©volution des pratiquesâŻ: « Il faut se rĂ©inventer et explorer de nouvelles approches, pas seulement via les plateformes sociales, mais aussi Ă travers des initiatives locales : associations, dĂ©bats publics⊠Il sâagit de rĂ©introduire notre travail de vĂ©rification dans des contextes moins polarisĂ©s et moins idĂ©ologiques. Car ceux qui dirigent les rĂ©seaux sociaux nâont aucun intĂ©rĂȘt Ă financer autre chose que ce qui sert leur idĂ©ologie. » Un rempart contre la dĂ©sinformation Ă lâorigine, le fact-checking servait surtout Ă vĂ©rifier lâauthenticitĂ© des informations issues dâInternet avant de les diffuser dans les mĂ©dias traditionnels. « Une ressource prĂ©cieuse pour documenter des Ă©vĂ©nements inaccessibles, notamment dans les pays autoritaires », se souvient Julien Pain. Ă cette Ă©poque, la vĂ©rification des faits jouissait dâune meilleure rĂ©putation. Mais en quinze ans, son rĂŽle a profondĂ©ment Ă©voluĂ©. « DĂ©sormais, nous devons vĂ©rifier les informations pour Ă©viter dâĂȘtre manipulĂ©s en permanence », regrette le fact-checkeur. «âŻLe fact-checking est un outil puissant pour dĂ©montrer la valeur ajoutĂ©e du journalisme face Ă la masse dâinformations disponibles. Mais son format a une portĂ©e trĂšs limitĂ©e », estime Laurent Bigot. « Aujourdâhui, lâinformation ne se limite plus aux mĂ©dias traditionnels, elle est partout. », complĂšte le directeur dâĂ©cole. Il dĂ©plore Ă©galement un manque dâintrospection chez les professionnels de lâinformationâŻ: «âŻLes mĂ©dias sont disqualifiĂ©s par des personnes puissantes comme Musk ou Trump, mais Ă©galement par la population. Dâabord par influence, mais aussi parce que les mĂ©dias nâont pas tout fait pour mĂ©riterâŻla confiance de la populationâŻ: il y a rĂ©guliĂšrement trop dâerreurs. » Pour CĂ©dric Simon, adjoint de lâAFP factuel, il est crucial de « rĂ©flĂ©chir en permanence aux moyens les plus pertinents pour toucher le public. Mais cette rĂ©flexion dĂ©passe largement le cadre du fact-checking : elle concerne lâavenir du journalisme dans son ensemble. »