PAS SI FOLCOCHE QUE ÇA LECTURE
Paris, 1965, Aline et Louis assistent, plus face à face que côte à côte, à une audience de conciliation, dans le vieux Palais de Justice. Mais la seule conciliation sera sur la pension et la garde des enfants, car rien les empêchera de divorcer. Durant les années qui vont suivre, lui, mari volage qui a fuit le foyer pour une plus jeune, et elle, femme abandonnée et revancharde, ne vont se faire aucun cadeau. Et les enfants vont devoir choisir leur camp.
Durant mes jeunes années, j’avais commencé à lire les Bazin (presque dans l’ordre chronologique), avant d’être interrompu par mon départ du Berry et la dispersion de la bibliothèque parentale. J’en avais gardé de bon souvenirs : bien sûr la trilogie Folcoche (Vipère au poing, La Mort du petit cheval, Le Cri de la chouette), mais aussi La Tête contre les murs, saisissant récit d’un homme interné avant guerre suite à un conflit familial et qui ne sortira plus du système psychiatrique, et L’Huile sur le feu, enquête rurale et familiale sur de mystérieux incendies touchant un village angevin (avec un sacré final!).
Madame Ex est le premier opus d’Hervé Bazin que je lit depuis longtemps. Et après ma lecture j’ai un sentiment un peu en demi teinte. On a une bonne histoire, des personnages intéressants (outre le couple et les enfants, Odile, la nouvelle compagne de Louis, qui passe vite fait de jeune fille indépendante à nouvelle bonniche de famille recomposée), ou le groupe féministe venant en aide aux femmes divorcée. Mais, sorti par hasard au moment où le divorce par consentement mutuel était institué par le giscardisme triomphant (1975) on ne peut pas dire que cela a très bien vieilli. Surtout le mélange d’argot de l’époque et de style indirect libre où les pensées des personnages sont noyées dans le texte rend certains paragraphe presque incompréhensibles.
Reconnaissons néanmoins à Bazin, dont on pourrait craindre le pire vu que la principale chose qui nous en reste est le très tragique et toxique personnage de Folcoche (mère maltraitante de Vipère au Poing) d’éviter ici le manichéisme, chaque personnage défendant son bout de gras avec la même férocité, avant un final peut-être pas moins sombre mais apaisé. On peut même y voir une forme de thèse pour les droits des femmes, et surtout leur indépendance financière par le travail (les discussions du groupe féministe).
Autre détail qui fleure bon son époque, (le roman s’étale de 1965 à 1972) outre le confort moderne des 30 Glorieuses (un lave-vaisselle ma bonne dame) c’est l’obsession pour les accidents de voiture. C’est l’heure des 15000 morts par an, des Choses de la Vie, etc. et le sujet revient gratuitement ou non 3 ou 4 fois dans texte pas si long.
Livre de 1975, édition récupérée dans la boite à livre de mon immeuble.
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