#Mawda
Procès de Mons. Acte final hier, avant le prononcé du jugement le 12 février 2021. "Mes derniers mots avant longtemps. Je replonge aujourd'hui dans une autre enquête, en chantier depuis quelque mois.
Durant ces 2 dernières années, j’ai soulevé beaucoup de choses révoltantes dans ce dossier. Aucune n’a été contredite, aucune n’a fait l’objet d’un vrai débat au niveau institutionnel, ce qui en dit long de l’état de notre société : mensonges policiers sur lesquels le parquet de Mons et le parquet général de Mons ont fermé les yeux, inhumanité à l’égard des victimes, stratégie d’enquête foireuse engageant la responsabilité de policiers de Flandre orientale et du parquet de Gand (pose d’une balise sans contrôle visuel – hier l’avocate générale, solidaire avec ses collègues magistrats de Gand, a fait porter le chapeau aux seuls policiers dans cette affaire d’observation transfrontalière précédant la course-poursuite qui, dit-elle l’a « intriguée » Tiens donc...), disjonction d’une partie du dossier à Liège empêchant de bien comprendre tous les tenants et aboutissants…
Hier, en écoutant les plaidoiries des avocats des présumés chauffeurs et passeurs, je me suis senti très mal à l’aise. Ces personnes ont été traitées de manière dégradante par la justice et leur détention préventive a été très longue. Pour rappel, l’homme qui a tiré n’a pas fait un jour de détention préventive.
En ce qui concerne le présumé passeur, le dossier de l’accusation m’a semblé famélique. Rien n’établit que cet homme ait donné des ordres au chauffeur pendant la course-poursuite pour que le véhicule ne s’arrête pas. Relativement au présumé chauffeur, ses traces ADN ont été retrouvées sur le changement de vitesse et le volant de la camionnette. Il se défend en disant qu’il a déplacé la camionnette avant la course-poursuite, tandis que plusieurs témoins désignent un autre homme comme chauffeur pendant la course-poursuite, que plusieurs témoins disent aussi que le chauffeur a eut le temps de quitter la camionnette avant l’interception policière sur le parking de Maisières, que les parties civiles ne l’ont pas désigné comme ayant été l’homme qui conduisait. Arguments, contre-arguments. Ce débat-là me semble juste.
Mais là où cela dérape complètement, c’est quand le parquet estime EN MEME TEMPS que le policier n’aurait pas dû faire usage de son arme, qu’il n’a pas agit de manière raisonnable et proportionnée, EN MEME TEMPS que le tir policier était accidentel et que ses conséquences n’étaient pas prévisibles et EN MEME TEMPS que le chauffeur présumé, lui, doit être accablé de « circonstances aggravantes ayant causé la mort de Mawda », car, lui, il aurait dû prévoir que de ne pas s’arrêter allait déboucher sur l’occurrence d’un tir « accidentel » de la police au conséquences « imprévisibles ».
Un drame imprévisible pour l’un, prévisible pour l’autre. 1 an requis pour l’un, 10 ans requis pour l’autre.
Et au final, un parquet qui, dans sa volonté d’être sans merci à l’égard du présumé chauffeur, en arrive à se dédire, accréditant l'idée, dangereuse pour l’avenir, que, dans de telles circonstances, soit une course-poursuite d’un véhicule chargé de migrants en situation de péril, un tir policier doit être considéré comme « prévisible » par un chauffeur en fuite.
Tout cela, on le voit comme le nez au milieu du visage, conforte de manière « juridique », le discours populiste (« il n’avait qu’à s’arrêter ») qui permet de faire un écran de fumée, de relativiser une grave bavure policière qui est-elle-même, question encore plus tabou évidemment, l’une des résultantes d’une politique migratoire que l’on ne veut pas questionner dans ce pays.
Ce qui s’est passé hier à Mons n’est pas de bonne justice. Des prévenus sont jugés sur des faits incontestablement liés, même si des qualifications juridiques tentent de faire croire qu’ils ne sont pas différents, dans deux tribunaux EN MEME TEMPS. Des éléments du dossier de Liège qui éclairent le dossier incomplet de Mons ne sont pas connus du tribunal de Mons.
Comment juger sans avoir tous les éléments ? Cette question pourtant basique a été présente tout au long de ce procès. Des personnes qui se sont trouvées dans la camionnette sont poursuivies à Liège, sans l’être à Mons. D’autres qui ont joué un rôle peut-être plus important ne sont pas poursuivies du tout… Témoins anonymes, informateurs ?
Ce dossier « Mawda » est décidément un déshonneur d’un bout à l’autre pour notre Etat de droit. Il reste à espérer que la présidente du tribunal correctionnel de Mons sauvera la crédibilité de l’institution judiciaire en produisant un jugement tenant compte de toutes ces incohérences insupportables. Pour autant qu’il soit possible de « juger » dans de telles circonstances…" - #MichelBouffioux
#JusticePourMawda #Justice4Mawda
(Illustration : #ManuScordia, un moment de la nuit tragique, juste avant qu'un dispatcher conseille par téléphone au policier-tireur de ne pas s'épancher par ce qu' "on est enregistré" et parce que "moins on en sait, mieux c'est")
Procès de Mons. Acte final hier, avant le prononcé du jugement le 12 février 2021. "Mes derniers mots avant longtemps. Je replonge aujourd'hui dans une autre enquête, en chantier depuis quelque mois.
Durant ces 2 dernières années, j’ai soulevé beaucoup de choses révoltantes dans ce dossier. Aucune n’a été contredite, aucune n’a fait l’objet d’un vrai débat au niveau institutionnel, ce qui en dit long de l’état de notre société : mensonges policiers sur lesquels le parquet de Mons et le parquet général de Mons ont fermé les yeux, inhumanité à l’égard des victimes, stratégie d’enquête foireuse engageant la responsabilité de policiers de Flandre orientale et du parquet de Gand (pose d’une balise sans contrôle visuel – hier l’avocate générale, solidaire avec ses collègues magistrats de Gand, a fait porter le chapeau aux seuls policiers dans cette affaire d’observation transfrontalière précédant la course-poursuite qui, dit-elle l’a « intriguée » Tiens donc...), disjonction d’une partie du dossier à Liège empêchant de bien comprendre tous les tenants et aboutissants…
Hier, en écoutant les plaidoiries des avocats des présumés chauffeurs et passeurs, je me suis senti très mal à l’aise. Ces personnes ont été traitées de manière dégradante par la justice et leur détention préventive a été très longue. Pour rappel, l’homme qui a tiré n’a pas fait un jour de détention préventive.
En ce qui concerne le présumé passeur, le dossier de l’accusation m’a semblé famélique. Rien n’établit que cet homme ait donné des ordres au chauffeur pendant la course-poursuite pour que le véhicule ne s’arrête pas. Relativement au présumé chauffeur, ses traces ADN ont été retrouvées sur le changement de vitesse et le volant de la camionnette. Il se défend en disant qu’il a déplacé la camionnette avant la course-poursuite, tandis que plusieurs témoins désignent un autre homme comme chauffeur pendant la course-poursuite, que plusieurs témoins disent aussi que le chauffeur a eut le temps de quitter la camionnette avant l’interception policière sur le parking de Maisières, que les parties civiles ne l’ont pas désigné comme ayant été l’homme qui conduisait. Arguments, contre-arguments. Ce débat-là me semble juste.
Mais là où cela dérape complètement, c’est quand le parquet estime EN MEME TEMPS que le policier n’aurait pas dû faire usage de son arme, qu’il n’a pas agit de manière raisonnable et proportionnée, EN MEME TEMPS que le tir policier était accidentel et que ses conséquences n’étaient pas prévisibles et EN MEME TEMPS que le chauffeur présumé, lui, doit être accablé de « circonstances aggravantes ayant causé la mort de Mawda », car, lui, il aurait dû prévoir que de ne pas s’arrêter allait déboucher sur l’occurrence d’un tir « accidentel » de la police au conséquences « imprévisibles ».
Un drame imprévisible pour l’un, prévisible pour l’autre. 1 an requis pour l’un, 10 ans requis pour l’autre.
Et au final, un parquet qui, dans sa volonté d’être sans merci à l’égard du présumé chauffeur, en arrive à se dédire, accréditant l'idée, dangereuse pour l’avenir, que, dans de telles circonstances, soit une course-poursuite d’un véhicule chargé de migrants en situation de péril, un tir policier doit être considéré comme « prévisible » par un chauffeur en fuite.
Tout cela, on le voit comme le nez au milieu du visage, conforte de manière « juridique », le discours populiste (« il n’avait qu’à s’arrêter ») qui permet de faire un écran de fumée, de relativiser une grave bavure policière qui est-elle-même, question encore plus tabou évidemment, l’une des résultantes d’une politique migratoire que l’on ne veut pas questionner dans ce pays.
Ce qui s’est passé hier à Mons n’est pas de bonne justice. Des prévenus sont jugés sur des faits incontestablement liés, même si des qualifications juridiques tentent de faire croire qu’ils ne sont pas différents, dans deux tribunaux EN MEME TEMPS. Des éléments du dossier de Liège qui éclairent le dossier incomplet de Mons ne sont pas connus du tribunal de Mons.
Comment juger sans avoir tous les éléments ? Cette question pourtant basique a été présente tout au long de ce procès. Des personnes qui se sont trouvées dans la camionnette sont poursuivies à Liège, sans l’être à Mons. D’autres qui ont joué un rôle peut-être plus important ne sont pas poursuivies du tout… Témoins anonymes, informateurs ?
Ce dossier « Mawda » est décidément un déshonneur d’un bout à l’autre pour notre Etat de droit. Il reste à espérer que la présidente du tribunal correctionnel de Mons sauvera la crédibilité de l’institution judiciaire en produisant un jugement tenant compte de toutes ces incohérences insupportables. Pour autant qu’il soit possible de « juger » dans de telles circonstances…" - #MichelBouffioux
#JusticePourMawda #Justice4Mawda
(Illustration : #ManuScordia, un moment de la nuit tragique, juste avant qu'un dispatcher conseille par téléphone au policier-tireur de ne pas s'épancher par ce qu' "on est enregistré" et parce que "moins on en sait, mieux c'est")

