Sur le plan historique et politique, Grigat insiste sur le fait que l’antisionisme projectif ne doit pas être compris comme une simple réaction à la politique de l’État d’Israël, mais comme un phénomène inscrit dans une tradition plus longue.

Il renvoie à des continuités idéologiques qui traversent le XXe siècle, depuis certaines formes d’antisémitisme européen jusqu’aux configurations contemporaines impliquant le nationalisme arabe, le socialisme d’État et diverses formes d’islamisme politique.

Cette continuité se manifeste notamment dans la persistance de représentations d’Israël comme entité « artificielle » ou « étrangère », représentations dont les racines peuvent être retracées jusqu’aux idéologies antisémites du XXe siècle

Un autre aspect central du concept réside dans sa dimension fonctionnelle.

L’antisionisme projectif agit comme une idéologie d’intégration, capable de fédérer des acteurs politiques et sociaux très différents, voire opposés.

En constituant Israël comme ennemi absolu, il permet la formation d’alliances entre des courants hétérogènes — de la gauche radicale à l’extrême droite, en passant par des mouvements islamistes ou certains courants décoloniaux et postcoloniaux.

Cette capacité d’intégration repose sur le caractère flexible et polysémique des projections dont Israël est l’objet, lesquelles peuvent être adaptées à des cadres idéologiques variés tout en conservant une structure commune.

Dans cette perspective, l’antisionisme projectif ne correspond pas à une critique du sionisme réel, mais à une construction idéologique que Grigat décrit comme un « gerücht über den Zionismus », c’est-à-dire une représentation fictive et déformée du sionisme.

Cette « rumeur sur le sionisme » ne renvoie pas à la réalité historique du sionisme comme mouvement de réponse à l’antisémitisme et de constitution d’une souveraineté juive, mais sert de support à une élaboration idéologique qui légitime, dans certains cas, des positions visant à délégitimer voire à détruire l’État d’Israël.

Enfin, le concept de Projektiver Antizionismus vise à fournir un cadre analytique permettant de saisir la spécificité des formes contemporaines d’antisémitisme sans les réduire à leurs expressions traditionnelles.

Il met en évidence à la fois la continuité historique du phénomène et sa capacité d’adaptation à de nouveaux contextes.

En ce sens, il désigne moins une catégorie empirique strictement délimitée qu’un principe d’intelligibilité, permettant d’analyser les configurations discursives dans lesquelles Israël devient le support de projections idéologiques révélant les contradictions des sociétés qui les produisent.

Dans l’approche de Grigat, l’antisionisme projectif apparaît ainsi comme l’une des formes dominantes de l’antisémitisme contemporain, en particulier dans les sociétés occidentales, où il contribue à structurer une partie significative des discours politiques et intellectuels sur le conflit israélo-palestinien.

#antisionisme #antisemitisme #AntisionismeProjectif

https://www.palim-psao.fr/2026/04/l-antisionisme-projectif.une-presentation-d-un-concept-developpe-par-stephan-grigat-par-clement-homs.html

Paru en 2025 en Allemagne, dans la collection Interdisziplinäre Antisemitismusforschung, l’ouvrage Projektiver Antizionismus. Antisemitismus gegen Israel vor und nach dem 7. Oktober, dirigé par Stephan Grigat et Karin Stögner, s’inscrit dans le champ des recherches contemporaines sur les transformations de l’antisémitisme.

À partir d’une approche interdisciplinaire mobilisant la science politique, la sociologie, l’histoire et la théorie critique, le volume propose d’analyser les formes actuelles de la haine d’Israël en les resituant dans une généalogie longue des idéologies antisémites.

L’ouvrage se donne pour objectif de comprendre comment, dans le contexte contemporain, l’antisionisme peut constituer un vecteur privilégié de reformulation de l’antisémitisme, en particulier dans les sociétés occidentales.

Le livre accorde une importance centrale à la notion d’« antisionisme projectif », qui sert à la fois de fil conducteur théorique et d’outil d’analyse pour les contributions réunies.
Il part du constat que les événements du 7 octobre 2023 ont agi comme un révélateur et un accélérateur de dynamiques déjà à l’œuvre dans plusieurs sociétés du système-monde capitaliste, en donnant lieu à une intensification globale des discours et pratiques de haine visant Israël.

Loin d’apparaître comme une rupture, cette séquence est interprétée comme l’actualisation d’un ensemble de structures idéologiques plus anciennes, que les auteurs s’attachent à mettre en évidence dans leurs différentes déclinaisons contemporaines.

L’ouvrage met également en lumière la dimension transversale et intégratrice de ces formes particulières d’antisionisme.

En analysant une grande diversité de contextes — des mobilisations militantes aux institutions internationales, des réseaux sociaux aux traditions intellectuelles — il montre comment la dénonciation d’Israël peut fonctionner comme un point de convergence pour des acteurs et des courants idéologiques hétérogènes.

Cette perspective conduit à appréhender l’antisionisme non seulement comme une position politique, mais comme une configuration discursive et symbolique complexe, structurée par des héritages historiques, des mécanismes de projection et des logiques d’identification collective.

C’est dans ce cadre que s’inscrit le développement du concept de Projektiver Antizionismus, qui vise à rendre compte des formes contemporaines d’antisémitisme en tant que phénomène à la fois transformé et continu.

Il s'agira ici d'en proposer une première présentation, en en explicitant certains fondements théoriques, les principales caractéristiques structurelles, ainsi que les implications historiques, à partir des analyses développées par Stephan Grigat, sans prétendre rendre compte de l'ensemble des contributions réunies dans cet ouvrage.

Le concept de Projektiver Antizionismus désigne une forme spécifique d’antisionisme comprise comme une transformation historique et une reconfiguration structurelle de l’antisémitisme.

Dans la perspective développée par Stephan Grigat, il ne s’agit pas d’une simple opposition politique à l’État d’Israël ou au sionisme en tant que mouvement national, mais d’un phénomène idéologique dans lequel Israël devient le lieu privilégié de projection de contenus antisémites hérités.

L’antisionisme projectif est ainsi défini comme une « reproduction géopolitique de l’antisémitisme », en ce sens qu’il transpose à l’échelle des relations internationales des schèmes interprétatifs, des affects et des structures de pensée historiquement associés à la haine des Juifs.

Ce concept s’inscrit explicitement dans le cadre théorique de la tradition de la théorie critique, notamment celle de Theodor W. Adorno et Max Horkheimer, pour lesquels l’antisémitisme ne relève pas seulement d’un préjugé ou d’une hostilité empirique, mais constitue une forme de « projection pathique ».

Dans ce cadre, les individus ou les collectifs attribuent à un objet extérieur des caractéristiques qui procèdent de contradictions internes non résolues.

Grigat reprend ce schéma en montrant que, dans les conditions historiques contemporaines, ce mécanisme de projection se déplace vers l’État d’Israël, lequel fonctionne comme une instance symbolique permettant de condenser et d’externaliser des tensions sociales, politiques et morales.

L’idée, reprise de Léon Poliakov, selon laquelle Israël serait le « Juif parmi les États » exprime cette fonction de condensation : Israël est traité comme l’équivalent fonctionnel du Juif dans l’imaginaire antisémite classique.

L’un des apports centraux du concept réside dans l’analyse de la mutation historique de l’antisémitisme après la Shoah. Dans les sociétés européennes d’après 1945, l’expression explicite de l’antisémitisme devient largement disqualifiée, ce qui conduit à une transformation de ses formes d’apparition.

L’antisionisme projectif constitue, dans cette perspective, une forme de « communication indirecte » de l’antisémitisme, dans laquelle la critique d’Israël sert de médium à la réactivation de structures de pensée plus anciennes.

Ce déplacement ne signifie pas une rupture, mais une continuité transformée : les mêmes schèmes d’interprétation — opposition entre abstraction et concrétude, dénonciation d’un pouvoir occulte, suspicion à l’égard de l’universalité — sont réarticulés autour d’un nouvel objet, l’État juif.

Sur le plan de la structure idéologique, l’antisionisme projectif se caractérise par une ambivalence constitutive. Israël y apparaît simultanément comme une entité artificielle, illégitime et « non naturelle », et comme une communauté ethnique obstinée, particulariste et dangereuse pour l’ordre universel.

Cette double détermination reprend des oppositions fondamentales de l’antisémitisme moderne, dans lequel les Juifs étaient à la fois accusés d’incarner une abstraction destructrice (le capital, la modernité, l’universel) et une altérité irréductible (le particularisme, l’ethnicité, la clôture communautaire).

Dans le cas de l’antisionisme projectif, cette oscillation est transposée au niveau étatique : Israël est tantôt dénoncé comme une construction artificielle sans légitimité, tantôt comme une entité trop « authentique », trop enracinée dans une identité particulière.

Cette mobilité des imputations souligne le caractère non empirique, mais structurellement projectif du phénomène.

Le concept met également en lumière la manière dont l’antisionisme projectif repose sur une difficulté — voire un refus — de penser les médiations constitutives de la modernité politique.

En particulier, les distinctions entre État et société, entre institutions et population, ou encore entre gouvernement et citoyens, tendent à être effacées au profit d’une représentation homogénéisante et essentialisante.

Cette réduction s’inscrit dans ce que la théorie critique, notamment chez Theodor W. Adorno, désigne comme « concrétisme » : une disposition à rejeter les formes abstraites de médiation sociale — telles que le droit, les institutions ou les procédures politiques — au profit d’une appréhension immédiate, simplifiée et personnalisée du social.

Dans cette perspective, l’antisionisme projectif repose sur une compréhension appauvrie de la réalité étatique. Au lieu de concevoir l’État comme un ensemble différencié de structures, traversé par des conflits internes et des niveaux de responsabilité distincts, il tend à être appréhendé comme une entité unifiée, dotée d’une intention unique.

Cette réduction favorise une perception d’Israël comme un acteur homogène, dans lequel disparaissent les distinctions entre gouvernement, institutions, société et individus.

Une telle représentation ouvre la voie à des imputations globalisantes : Israël est constitué en sujet collectif cohérent, auquel peuvent être attribuées des propriétés générales et des intentions englobantes.

Paradoxalement, cette logique peut prendre des formes apparemment opposées mais structurellement convergentes : Israël est tantôt dénoncé comme une entité abstraite, artificielle et dépourvue de légitimité, tantôt comme l’expression immédiate d’une volonté collective compacte et fermée.

Dans les deux cas, la complexité des médiations sociales et politiques est dissoute, ce qui permet la projection d’accusations globales, indifférenciées et détachées de toute analyse empirique fine.

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L'antisionisme projectif. Une présentation d'un concept critique développé par Stephan Grigat, par Clément Homs

L'antisionisme projectif Une présentation d’un concept critique développé par Stephan Grigat Clément Homs 1. Paru en 2025 en Allemagne, dans la collection Interdisziplinäre Antisemitismusforschung, l’ouvrage Projektiver Antizionismus. Antisemitismus...

Critique de la valeur-dissociation. Repenser une théorie critique du capitalisme

Lutte contre l’antisémitisme : « Voir l’autre comme un être humain, non comme un ennemi héréditaire » – Entretien avec Nonna Mayer.

#AmnestyInternational #droitshumains #antisemitisme

https://www.amnesty.fr/actualites/lutte-contre-antisemitisme-entretien-avec-nonna-mayer/

Lutte contre l’antisémitisme : “Voir l’autre comme un être humain, non comme un ennemi héréditaire”- Entretien avec Nonna Mayer

Comment définir et mesurer l’antisémitisme ? Quelle est son évolution en France ? Quels leviers pour lutter contre ? Entretien avec Nonna Mayer, membre de la Commission nationale consultative des droits de l'homme.

AMNESTY FR
Une prière improvisée de pèlerins juifs à Marrakech met les réseaux sociaux marocains en ébullition

Une trentaine de religieux en voyage au Maroc ont été filmés en train de prier en pleine rue, déclenchant une avalanche de réactions antisémites.

Le Monde
Nederlands geld helpt bij bezetting Westoever | NPO Start

Onderzoek van BOOS, Investico en het Nederlands Dagblad legt geldstromen bloot vanuit Nederlandse christelijk-zionistische organisaties richting de bezette Westelijke Jordaanoever. Uit onthullende undercovergesprekken blijkt hoe contant geld uit Nederland bij gewelddadige kolonisten op de Westoever belandt. De financiële steun wordt ook mogelijk gebruikt om wapens te financieren. Steun aan nederzettingen is in strijd met Nederlands beleid ten opzichte van de tweestatenoplossing, de recente uitspraak van het Internationaal Gerechtshof, én met Europees beleid ten opzichte van de Palestijnse kwestie.

NPO Start

Au micro de #LlanaFerhadian, la #militante #féministe #DianeRichard raconte le choc pour elle de découvrir le refus de
@noustoutesorg de reconnaître les violences sexuelles du #Hamas (quand celles-ci n'étaient pas carrément excusées).

Elle en a même perdu son travail...

#NousVivrons #NousToutes #ExtrêmeGauche #Antisémitisme #Antisémite #ProHamas

Source : #RadioJ

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"Le mineur "a reconnu avoir souhaité mourir en martyr et avoir projeté de commettre une action violente visant la communauté juive ou homosexuelle", précise le Pnat à France Télévisions."

#antisémitisme #homophobie #religion #radicalisation

Un mineur de 15 ans mis en examen et incarcéré pour avoir projeté une "action violente" visant les communautés juive ou homosexuelle, annonce le parquet antiterroriste https://www.franceinfo.fr/faits-divers/terrorisme/un-mineur-de-15-ans-mis-en-examen-et-incarcere-pour-avoir-projete-une-action-violente-visant-les-communautes-juive-ou-homosexuelle-annonce-le-parquet-antiterroriste_7961603.html#xtor=CS2-765-[autres]-

Un mineur de 15 ans mis en examen et incarcéré pour avoir projeté une "action violente" visant les communautés juive ou homosexuelle, annonce le parquet antiterroriste

Interpellé le 17 avril dans le Rhône, ce mineur a été mis en examen pour "participation à une association de malfaiteurs terroriste".

franceinfo

[Veille 📣] Antisémitisme, le devoir de la gauche vaudoise - Blick
https://www.blick.ch/fr/opinion/commentaire/le-commentaire-de-claude-ansermoz-antisemitisme-le-devoir-de-la-gauche-vaudoise-id21894016.html

Le fameux "en même temps", remettre dos à dos le Hamas et un état génocidaire depuis 75 ans.

> Oui, Netanyahu est un criminel de guerre et on espère bien qu’il sera jugé un jour. Tout comme les dirigeants du Hamas.

Lien vers cette entrée dans ma veille : https://links.vulgarisons.info/shaare/Onf7BA
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#antisémitisme #génocide #chienDeGarde
#links #veille

Antisémitisme, le devoir de la gauche vaudoise

Slogans antisionistes aux relents antisémites, exposition qui désigne des journalistes: à Lausanne, les signaux d’alarme s’accumulent. Face à ces dérives, le silence d’une partie de la gauche vaudoise devient de plus en plus difficile à justifier.

Blick
'Niet de manier waarop je zou moeten omgaan met een definitie van discriminatie die een specifieke minderheidsgroep direct raakt.' #Volt #antisemitisme
https://chrisaalberts.nl/2026/04/23/joodse-volt-leden-werd-nooit-gevraagd-hoe-zij-over-antisemitisme-denken/
Joodse Volt-leden werd nooit gevraagd hoe zij over antisemitisme denken - Chris Aalberts

Het Duitse weekblad Die Zeit kwam een paar dagen geleden met een reportage over antisemitisme binnen Volt Europa, de moederpartij van Volt Nederland. Op Twitter circuleert een Nederlandstalige versie. Dit probleem binnen Volt is niet nieuw, het sluimert al zeker een jaar. Het probleem gaat deels over intern appverkeer en Read More

Chris Aalberts