Le dernier texte d’André Markowicz, sur son Facebook, sur la « guerre d’attrition » en Ukraine, pourrait être qualifié par l’oxymore « optimisme sombre ». Le voici, parce qu’il m’a été demandé gentiment… @cyclotopie
Science avec patience, disait qui nous savons, le supplice est sûr. Patience, patience (disait l’autre, lui, avec diérèse), patience dans l’azur… chaque atome de silence est la chance d’un fruit mûr…, – et pas même la patience mais la nécessité où nous sommes de résister au temps, – à ce temps long d’une guerre à laquelle la plupart de nos concitoyens ne font plus attention, puisqu’il y en a tellement d’autres (et je ne parle pas de toutes celles qui ont ravagé, qui ravagent et qui ravageront l’Afrique), non, la guerre d’Ukraine – que pourrai-je dire de nouveau, après plus de quatre ans et alors que le journal ouvert d’un écrivain-traducteur que je tiens sur Facebook est devenu, volens nolens, une espèce de chronique du siècle, une chronique dont je ne sais pas quoi pour qu’elle ne reste pas sur cet espace ouvert à tous les vents et toutes les publicités qu’est le royaume de Zuckerberg. – Sujet à part et sujet, donc, pour plus tard… Mais oui, continuer encore, puisque ça continue et que ça continuera.
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L’impression que les choses bougent. – Les attaques ukrainiennes sur les infrastructures pétrolières ont, visiblement, à elles seules, privé la Russie du cadeau que lui faisait Trump avec sa guerre contre l’Iran. Oui, le monde s’est encore enfoncé d’un cran, de deux ou trois crans, dans la crise, mais la Russie n’a jusqu’à présent tiré aucun profit de l’augmentation des prix du pétrole. Parce que les raffineries sont attaquées avec une précision et une violence toujours accrues. – Le port pétrolier de Tuapsé, dans le nord-Caucase, continue de brûler, – la ville est engluée dans une fumée noire, les gens voient tomber une pluie de gouttelettes noires, les autorités continuent de faire comme s’il ne se passait rien : là, tout récemment, c’était la plantation d’une allée d’arbustes pour marquer le souci écologique de la municipalité… ce qui donne les photos grotesques que vous voyez – on plante un arbuste, en présence de tout le conseil municipal, et, derrière, il y a cette fumée monstrueuse. Ces photos, dirait-on, sont celles d’une Russie redevenue soviétique, quand il ne se passait jamais rien, même pendant les premiers jours de Tchernobyl. – Les ports brûlent. – Ça ne veut pas dire que la Russie ne gagnera plus d’argent avec son pétrole, – les analyses de Hana Gauer le rappellent avec une acuité remarquable (cliquez sur son dernier article) – mais ça veut dire que l’Ukraine est toujours plus capable de frapper la Russie, et que ses attaques ne faiblissent pas, bien au contraire. – Les frappes contre les infrastructures d’un côté, – de l’autre, sur le front et autour du front (le front, avec les drones, est aujourd’hui une notion très floue), – les drones ukrainiens détruisent le matériel russe (au point que les centaines de millions de dollars gagnés par le pétrole s’effacent, ou du moins diminuent drastiquement, devant le coût de la destruction du matériel militaire), et, surtout, les hommes de troupe, – les soldats pris un à un. Et cela aussi, c’est l’image de la résistance ukrainienne : oui, l’Ukraine s’acharne, jour après jour, sur les hommes de troupe, pour deux raisons. D’abord, pour compenser, de jour en jour, l’afflux de nouvelles recrues : aujourd’hui, la Russie n’arrive plus à recruter – les volontaires n’arrivent plus en nombre suffisant pour compenser les pertes, et, mathématiquement, ce sont les effectifs globaux de l’armée russe qui s’étiolent… L’autre raison, plus importante encore, est d’ordre psychologique : les hommes sous uniforme russe savent que porter cet uniforme les condamne à mort, et que les drones, de plus en plus précis, ne leur laissent aucune cachette, aucun abri – ils entrent dans les trous, dans les abris, sous les ruines sous lesquelles les hommes tentent de se cacher, ils savent (parce qu’il réagissent à la chaleur du corps) distinguer un soldat allongé déjà mort et un soldat allongé par terre et qui fait semblant, – les envahisseurs n’ont pas un instant de répit. – Les Russes aussi, bien sûr, utilisent les drones, mais tout ce que je lis et que je vois des experts militaires confirme l’évidence : ce sont les Ukrainiens qui, sur ce terrain-là, dominent, et qui ne cessent de s’améliorer (quel mot… ).
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