#consentement #sociocratie #gouvernancedynamique #inclusion | Jean-François Roustan
Bah, tu vois, il faut lâcher !
Récemment, une personne m’a dit cela : “bah tu vois, dans le consentement, il faut lâcher aussi !” Pour me démontrer que la différenciation que je posais entre décision par consensus et décision par consentement n’était pas valide.
Pour moi la réponse à cette affirmation est double : à la fois “oui” et “non”.
Non car il faut respecter… Les limites de sa marge de tolérance, ses besoins essentiels pour fonctionner dans le groupe, sa perception des risques générés par la proposition présentée et les limites de celle-ci, son identité avec toutes ses facettes.
Oui car il faut lâcher… Le besoin de contrôler la situation, ses préférences, la certitude que son idée et la meilleure, ou que l’on possède des connaissances que les autres ne peuvent comprendre, la conviction que ses besoins personnels sont supérieurs à ceux des autres membres du groupe ou du groupe lui-même, les habitudes acquises de s’affirmer par le désaccord, par la compétition, par la performance individuelle “supérieure”. Oui, il est nécessaire de lâcher la domination de son propre ego.
Effectivement, cela fait un certain nombre de choses à “lâcher”. Il n’est en revanche jamais demandé de s’oublier, de se sacrifier ni de se soumettre.
Il est question de prendre ensemble une décision avec laquelle tout le monde est capable de fonctionner. Une décision “assez sûre et assez bonne” pour que le groupe avance vers son objectif.
C’est bien joli tout cela, vous dîtes-vous peut-être, mais si la situation est bloquée, quelle est la baguette magique ?
Je l’ai encore oubliée, pardon.
Si l’objection n’est pas levée, c’est que le groupe n’est pas au clair sur les enjeux de cette décision. Ou que l’objection n’a pas été comprise, ou que l’émotion jusque là “contrôlée” a pris le dessus et que l’écoute s’est absentée*.
Peut-être sera-t-il utile de dormir sur les échanges et de reprendre ensuite, peut-être la proposition doit être être travaillée à nouveau, avec la contribution de la personne porteuse de l’objection non levée par exemple.
Reporter à plus tard sonne comme une hérésie ? Il est en effet facile de se laisser emporter par l’idée de l’urgence de la prise de décision et d’oublier que cette décision devra avant tout être applicable et appliquée. L’objet d’une décision ne peut pas être “l’urgence”.
D’autant que l’usage principal d’un processus de décision par consentement est de définir des politiques, des orientations stratégiques, rarement soumises à une urgence immédiate.
*La place donnée à l’émotion et à l’intuition dans la prise de décision collective est un sujet pour un autre jour. L’expérience comme la recherche convergent à montrer que si elles sont interdites de séjour, elles vont s’inviter et remplir l’espace ; ce sera rarement à l’avantage du groupe.
Et vous, avez-vous expérimenté le passage de la préférence à la marge de tolérance ?
#consentement #sociocratie #gouvernancedynamique #inclusion