#Gaza « On assume aujourd’hui qu’il y ait des morts à petit feu », Jean-François Corty
Le président de la branche française de #Médecinsdumonde dénonce l’interdiction d’action de l’ONG à Gaza et alerte sur un monde où crises humanitaires, précarité et insécurité sanitaire s’aggravent, sur fond de recul démocratique et de montée des politiques illibérales.
LCA: Alors que 22 organisations humanitaires ont progressivement été bannies depuis le 7-Octobre, Médecins du monde fait partie des 37 ONG supplémentaires interdites d’activité dans la bande de Gaza à partir du mois de mars. Les autorités israéliennes affirment que les identités de vos collaborateurs n’ont pas été dévoilées, ce qu’elles réclament.
Avez-vous des contacts avec l’exécutif israélien ?
Jean-François Corty : Nous avons reçu un courrier des autorités israéliennes indiquant que nous allions être expulsés parce que nous ne fournissions pas les listes de notre personnel à Gaza. Nous n’avons pas à donner les listes de nos équipes à une force occupante, cela ne correspond pas au cadre du droit international. Aussi, dans la mesure où plus de 400 humanitaires ont été tués (dont un médecin de Médecins sans frontières (MSF), Maysara Rayyes, le 5 novembre 2023), qu’il y a aussi des milliers de soignants emprisonnés, torturés, tués, nous sommes en droit d’avoir des doutes sur la question de la sécurité de nos personnels dans ce contexte.
Après, nous savons pertinemment que ce n’est qu’un prétexte pour, de toute façon, nous expulser de la bande de Gaza. Dans tous les cas, ils auraient trouvé d’autres éléments pour le faire. Par exemple, ils avancent des éléments supplémentaires selon lesquels des personnels de Médecins sans frontières seraient membres du Hamas.
L’enjeu est une dynamique de « silenciation ». Dans un contexte où il n’y a toujours pas de journalistes internationaux autorisés à entrer, ils sont en train d’expulser les ONG, qui font à la fois de l’action de terrain, mais qui sont aussi capables de dénoncer le non-respect du droit international, toutes les entraves à l’aide, toute la dynamique d’anéantissement qui a lieu depuis trois ans à Gaza.
Dans le même temps, ils laissent entrer des organisations qui, pour la plupart, sont alignées sur le discours néocolonial de Trump, avec sa « riviera » en bout de chaîne. L’idée est d’arriver à un contexte où les Palestiniens qui voudront rester, resteront sans défendre une cause territoriale, politique ou autre. Ils seront dépolitisés, ils seront les travailleurs qui iront bosser dans les hôtels de la « riviera » de Trump et compagnie, mais qui se tairont, si je peux me permettre. Les autres partiront ou mourront. C’est une logique coloniale absolue où l’ultralibéralisme a pris le dessus.
Quelles sont les conséquences du bannissement de ces 37 organisations humanitaires supplémentaires ?
Un million de Palestiniens sont en situation d’insécurité nutritionnelle. Des centaines de milliers de personnes vivent sous des bâches en plastique. Les projections avertissent que 100 000 enfants seront malnutris au mois d’avril. Avec les 36 autres organisations concernées, nous assurons 40 % de ce qu’il reste du système de santé à la bande de Gaza.
Nous sommes encore très actifs : nous disposons de six cliniques, nous effectuons des milliers de consultations de médecine générale par semaine. Nous avons des centres de prise en charge d’enfants malnutris, nous travaillons sur la question du suivi des grossesses et des droits sexuels et reproductifs, ainsi que sur la santé mentale.
Avec notre départ, celui de MSF notamment et d’autres, des centaines de milliers de consultations de médecine générale et des dizaines de milliers de chirurgies vont s’arrêter. Cela va accentuer les conditions de vie déplorables des personnes et cela ne sera pas compensé par les quelques organisations censées entrer. Donc, on assume aujourd’hui qu’il y ait des morts à petit feu.
Vingt mille personnes sont blessées, malades, et mériteraient d’être évacuées vers des hôpitaux fonctionnels à Gaza, mais on n’arrive pas à le faire. La France ne prend pas sa part alors qu’elle pourrait en prendre davantage, au regard de ce que font même l’Italie et d’autres pays.
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https://www.lecourrierdelatlas.com/gaza-morts-petit-feu-jean-francois-corty/
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