RE: https://mamot.fr/@LaQuadrature/116335184077515735

Aujourd'hui à 14h au Conseil d'État se déroulera l'audience publique dans notre recours contre la #Hadopi ! 19 ans de combat de @LaQuadrature, 7 ans de contentieux, trois juridictions différentes, des larmes, des surprises, des énervements, ... Je vais faire un live-pouet de l'audience à partir de 14h, mais en attendant quelques explications plus précises de ce contentieux hors norme. ⬇️

Avec @FDN, @federationfdn et @franciliens, @LaQuadrature a demandé en 2019 l'abrogation d'un décret datant de 2010 qui organise la riposte graduée de la #Hadopi. Ce décret autorise la création d'un fichier qui centralise les données des personnes repérées en train de télécharger.
Ce fichier est doublement alimenté : d'un côté par les ayants droit qui repèrent une IP en train de télécharger une certaine œuvre, et de l'autre par les FAI qui communiquent à la #Hadopi l'identité civile associée aux IP flashées. Ce fichier est donc assez sensible : il permet de savoir que l'accès à internet de telle personne a servi à télécharger telle œuvre.
En 2019, notre objectif était de porter l'affaire devant le Conseil constitutionnel. Notre stratégie était simple : la loi autorisait à l'époque la #Hadopi à accéder à « tous documents » pour organiser sa riposte graduée. Or, la jurisprudence du Conseil constitutionnel commençait à évoluer pour interdire précisément ce genre d'accès open bar. Donc on a demandé l'abrogation de ce décret, on a attendu que le gouvernement refuse pour saisir le Conseil d'État puis pour déposer une QPC.
Une QPC, pour « question prioritaire de constitutionnalité », consiste à demander à la juridiction saisie d'un contentieux de mettre en pause l'affaire pour demander au Conseil constitutionnel si la loi sur laquelle repose l'issue d'un contentieux est bien conforme à la Constitution. Parce que si ce n'est pas le cas, le Conseil constitutionnel peut prononcer l'abrogation d'une loi contraire à la Constitution. Par ricochet, on aurait pu ainsi faire tomber la #Hadopi si la loi avait été censurée.
Ce n'est pas ce qui est arrivé. :) En 2020, notre QPC est renvoyée au Conseil constitutionnel, qui a censuré de manière chirurgicale la loi #Hadopi. Le terme « tous documents » est censuré, mais pas l'ensemble de la loi. Restait la possibilité pour la Hadopi d'accéder à une liste exhaustive de données personnelles. Pas les IP, mais bien l'identité civile. Que tirer de cette censure partielle ? À @LaQuadrature, on a estimé que la Hadopi était bloquée : elle n'avait plus le droit d'accéder aux IP.

Initialement intitulé « La #Hadopi est vaincue », on a révisé notre article annonçant le résultat de cette QPC.

https://www.laquadrature.net/2020/05/20/hadopi-est-vaincue/

Parce qu'il était en effet possible d'interpréter cette censure comme n'empêchant pas la Hadopi d'accéder aux IP, qui sont en réalité scannées par les ayants droit à la première étape du flashage des gens. Une interprétation étrange, mais plausible, dans laquelle la Hadopi s'est engouffrée.

Hadopi, une victoire de façade ?

Mise à jour, 20 mai 20h : Avec le recul de l'analyse juridique minutieuse - incompatible avec la pression de l'urgence médiatique - cette décision pourrait constituer une victoire nettement plus modeste. La censure prononcée par le Conseil constitutionnel nous a conduit à penser, dans le feu de

La Quadrature du Net
On est ensuite retourné devant le Conseil d'État pour tirer les conclusions de cette censure. On affirmait que la #Hadopi ne pouvait plus traiter les IP depuis cette censure. Mais on a également sorti un nouvel argument : l'accès à l'identité civile ne respecte pas la jurisprudence de la Cour de justice de l'UE parce qu'il n'y a pas de contrôle indépendant préalable.
La CJUE exige en effet qu'un accès à des données de connexion ou d'identité civile soit précédé d'un contrôle indépendant pour s'assurer que l'accès n'est pas demandé pour n'importe quoi. L'argument n'est pas fou, puisqu'il serait possible théoriquement à la #Hadopi de se mettre facilement en conformité et ce n'était pas un argument remettant en cause le principe de son existence. Mais on n'avait que ça, alors autant le tenter.
Le Conseil d'État nous a donné tort sur l'accès aux IP, mais n'était pas à l'aise avec notre argument sur le contrôle préalable. Le rapporteur public a expliqué que, en l'état de la jurisprudence de la CJUE, la #Hadopi n'était en effet pas conforme au droit de l'UE. Et il a proposé au Conseil d'État de transmettre une question préjudicielle à la CJUE pour demander une exception Hadopi.
La question préjudicielle c'est comme la QPC, mais en matière d'interprétation du droit de l'UE. En 2021, donc, le Conseil d'État a suivi son rapporteur public et a demandé à la CJUE si on ne pouvait pas adapter le droit de l'UE pour sauver la #Hadopi. La question posée était très orientée, en minimisant l'atteinte aux droits fondamentaux par la Hadopi et en occultant le problème de la conservation des données d'identité civile : avant d'y accéder, il faut bien les conserver.
Et là on était face à un autre problème de la #Hadopi : la riposte graduée repose sur l'obligation faite aux FAI de conserver l'identité civile de tout·e internaute, associée à leur IP. On a donc invité la CJUE à étendre l'affaire et à se poser la question de la conformité au droit de l'UE non seulement de l'accès à l'identité civile d'une personne associée à son IP, mais également à la conformité de l'obligation de conserver ces infos.
Première audience en 2022, puis une deuxième en 2023. En 2024, la CJUE rend son arrêt : elle opère un revirement de jurisprudence en n'exigeant plus dans tous les cas un contrôle préalable à l'accès aux données de connexion. En revanche, elle encadre ça d'importantes conditions. Pour la conservation, elle exige qu'elle soit « étanche ». C'est-à-dire une conservation dans une base des IP, dans une autre des identités civiles, sans rapprochement possible techniquement hors demande d'une autorité.
Et pour l'accès, elle admet que certains accès peuvent se passer de contrôle préalable parce qu'elle estime que dans certains cas cet accès ne crée pas une ingérence grave dans les droits fondamentaux. Elle estime que ce n'est pas grave que la #Hadopi sache que telle personne a téléchargé telle œuvre... Sauf quand elle accumule des noms d’œuvres téléchargées.
En gros, savoir que vous téléchargez le dernier block-buster, ça ne serait pas grave en soi, pris individuellement. Mais connaître une liste d’œuvres que vous téléchargez permettrait, par recoupement, de tirer des conclusions précises sur votre vie privée. La CJUE ne condamne donc pas la #Hadopi, mais exige un contrôle préalable avant d'accéder à l'identité d'une personne qui en est à son 3e téléchargement.

Bon, cette usine à gaz est nulle, hein. On l'a expliqué ici :

https://www.laquadrature.net/2024/04/30/surveillance-et-hadopi-la-justice-europeenne-enterre-un-peu-plus-lanonymat-en-ligne/

Mais, sans gagner sur le principe, on donnait un certain coup de canif à la #Hadopi. Elle allait devoir prévoir un contrôle préalable, et le gouvernement allait devoir intégrer dans le droit français une conservation « étanche ».

Surveillance et Hadopi : la justice européenne enterre un peu plus l'anonymat en ligne

Dans son arrêt du 30 avril 2024, la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) vient de rendre sa décision concernant la légalité du système de surveillance massif de la Hadopi. Cet arrêt est décevant. La CJUE tempère très fortement sa précédente jurisprudence, au-delà du cas de la Hadopi. En cons

La Quadrature du Net

Cet après-midi, on en sera à l'ultime étape : tirer les conclusions de l'arrêt de la CJUE. Et ni la loi #Hadopi, ni la loi prévoyant une obligation de conservation des IP associées à l'identité civile n'ont changé. Pour @LaQuadrature, il y a donc une double illégalité.

La rapporteure publique nous a informé mercredi soir qu'elle allait retenir une des deux illégalités : celle sur l'absence de contrôle préalable. Quid de la conservation étanche ? On verra tout à l'heure.

La rapporteure publique va quand même demander l'abrogation partielle du décret #Hadopi. C'est donc a minima une victoire temporaire qui s'annonce. Mais probablement pas sur le principe, vu que la #Hadopi pourrait théoriquement toujours se mettre en conformité. Restera alors à nous tous·tes de convaincre le gouvernement de l'abandonner au lieu de patcher un système de surveillance illégitime et inefficace.
Il y avait trois affaires avant la nôtre. Maintenant on passe à la #Hadopi.

La rapporteure publique commence par présenter la riposte graduée et rappelle que le manquement est une contravention (1500€). Mais à côté réside aussi le délit de contrefaçon, que peut sanctionner l'autorité judiciaire en cas de signalement.

Elle reprend les chiffres de l'Arcom qui indiqueraient, « toute chose égale par ailleurs », que la #Hadopi fonctionnerait parce que le téléchargement illégal en P2P baisserait.

Elle rappelle rapidement le rôle du décret contesté. Deux traitements de données sont autorisés : le traitement en amont par les ayants droits qui collectent les IP ; le traitement en aval par l'Arcom qui demande aux FAI l'identité civile. Je ne reviens pas en détails dessus, j'en parle plus haut. #Hadopi

Elle présente ensuite le cadre légal.

Puis revient à la décision de 2021 dans laquelle le Conseil d'État a renvoyé des questions préjudicielles à la CJUE. Dans cette décision, le Conseil d'État a également écarté nos moyens sur la conservation des données de connexion.

Elle décrit ensuite l'arrêt de la CJUE et les exceptions créées, ainsi que le cadre jurisprudentiel dans lequel cette décision s'inscrit. Elle rappelle que la CJUE raisonne en terme d'atteintes aux droits fonda.

#Hadopi

La rapporteure publique rappelle que la négligence caractérisée (sanctionnée par la riposte graduée) n'est pas de la criminalité grave.

Elle souligne que la CJUE a souhaité poser des conditions pour permettre à la #Hadopi de continuer de fonctionner, en assouplissant sa jurisprudence précédente.

Elle revient sur le contrôle préalable exigé par la CJUE : plus besoin d'un contrôle préalable si l'accès ne constitue pas une ingérence grave dans les droits fondamentaux. Ce qui est le cas pour un accès par la #Hadopi

Mais elle rappelle que la CJUE a continué son raisonnement en expliquant que des « situations atypiques » créent des ingérences graves. Elle n'est pas convaincue par la praticabilité du contrôle demandé par la CJUE.

Mais comme la CJUE l'a dit, il faut faire avec. :) Et elle rappelle que le gouvernement n'a jamais cherché à se mettre en conformité. Donc illégalité du décret en ce qui concerne l'absence de contrôle préalable.

Elle passe à la question de la conservation « étanche ».

#Hadopi

Elle estime que la CJUE exige une conservation étanche dans tous les cas, pas uniquement si l'accès créerait une ingérence grave. Et la ministre de la culture relève que rien dans le droit français ne prévoit cette conservation étanche.

On a gagné sur la conservation ? Pas tout à fait pour la rapporteure publique : l'absence de conservation étanche n'entache pas le décret d'illégalité.

#Hadopi

Elle passe à l'effet différé demandé par la ministre de la culture : cet effet différé doit être exceptionnel. Et rien ne l'impose en l'espèce. (Le gouvernement demandait 12 mois supplémentaire...)

#Hadopi

Elle passe maintenant à un régime transitoire en attendant que le droit français évolue.

Les principaux FAI disent qu'ils conservent de manière étanche les données de connexion : elle propose d'exiger que les FAI prouvent cette conservation étanche avant de pouvoir accéder aux données de connexion.

#Hadopi

C'est la fin de l'audience, je file écrire une note en délibéré. /o/ #Hadopi

Finalement, pas de note en délibéré. Si le Conseil d'État suivait sa rapporteure publique, cela signifierait que le gouvernement devra sans délai abroger la partie du décret de 2010 qui autorise les agent·es de l'Arcom à accéder à l'identité civile associée à l'IP (le I de l'article 4).

https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000044813140

Une fois cette abrogation faite, l'Arcom ne pourra plus accéder aux données de connexion qui n'ont pas été conservées de manière étanche. Elle devra demander une preuve au FAI.

#Hadopi

Mais la riposte graduée pourra continuer partiellement, jusqu'au 2e avertissement. Au-delà, comme il faut un contrôle préalable qui n'existe pas, l'Arcom sera coincée tant que le droit n'évolue pas (il faudrait créer un contrôle juridictionnel ou une sorte d'autorité de contrôle de l'Arcom). On se retrouvera donc avec l'impossibilité pour l'Arcom d'aller jusqu'à la saisine de l'autorité judiciaire pour des faits de négligence caractérisée (le fait de ne pas avoir sécurisé sa ligne).

#Hadopi

Également, l'Arcom pourra toujours transmettre des faits de contrefaçon, qui relève de la criminalité grave en droit français d'après la rapporteure publique.

#Hadopi

@blequerrec

Le temps de la justice tout ca ...

C'est cool et il faut pas lâcher mais j'étais au lycée quand ca a été adopté, est ce que je serais à la retraite quand ca sera abrogé?

Si oui ca m'inquiète parce que je pense que je n'aurais pas de retraite.