Francesca Albanese: «Le génocide se poursuit malgré le prétendu cessez-le-feu»

Malgré la signature d’un cessez-le-feu, le génocide se poursuit à Gaza, dénonce Francesca Albanese, qui était de passage à Genève. Entretien.

En bref:

- Francesca Albanese affirme que le génocide à Gaza se poursuit malgré le cessez-le-feu.
- Depuis la trêve, 640 Palestiniens ont été tués et l’aide humanitaire reste bloquée.
- Son rapport sur l’«économie du génocide» lui a valu des sanctions américaines.

Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens occupés, est la première femme à exercer ce mandat. Elle était vendredi au FIFDH à Genève pour la projection de «Disunited Nations», un film de Christophe Cotteret qui a suivi son travail de documentation et d’alerte. Entretien.

Peut-on parler de génocide à Gaza alors que la Cour pénale internationale n’a pas tranché?

Beaucoup ont acté le génocide après moi: des ONG, des historiens, de nombreux experts et une commission d’enquête de l’ONU dont les conclusions sont, juridiquement, ce qui se rapproche le plus d’un jugement. Et il y a au moins le risque de génocide, établi par la Cour internationale de justice. Cela oblige les États à tout faire pour le prévenir. Mais ils n’ont rien fait. Ils nient le génocide, car le reconnaître les obligerait encore plus à intervenir.

Selon vous, il y a toujours un génocide malgré le cessez-le-feu?

Absolument, car depuis le prétendu cessez-le-feu, 640 Palestiniens ont été tués rien qu’à Gaza. L’aide humanitaire ne rentre pas, ce qui signifie accepter les conditions imposées par Israël pendant la phase la plus violente de son agression. Car tout a été détruit dans l’enclave, qui manque d’abris, d’accès à des services hygiéniques et de santé, de nourriture adéquate, d’accès à la culture. Sans parler de la violence des soldats et colons armés en Cisjordanie qui forment des escadrons terroristes.

Le tout sous la complicité de la communauté internationale. Le paroxysme, c’est de parler d’un Conseil de paix alors qu’il est le contraire de la paix. L’ONU a été marginalisée et le plan de reconstruction fait passer la situation de l’immobilisme à l’«immobiliarisme». On pense profits là où on devrait soigner les blessures.

Selon vous, la justice pour la Palestine commence chez nous. C’est-à-dire?

J’ai rencontré des avocats qui cherchent à amener devant la justice de pays européens ceux qui permettent le génocide, tandis que certains États cherchent à faire distraction. Voyez le ministre français Jean-Noël Barrot qui m’attaque, une experte de l’ONU, avec une férocité absurde et de façon injustifiée. C’est le signe du déclin moral actuel.

Vous êtes régulièrement accusée d’antisémitisme. Que répondez-vous?

Il est honteux d’instrumentaliser la mémoire de l’Holocauste pour protéger un État qui commet des crimes contre des civils. Ce n’est pas la religion, mais les actes d’Israël qui m’intéressent.

Les gouvernements français ou allemand veulent votre démission, vous êtes sous sanction américaine. Comment vivez-vous cette pression?

Ma vie a été assez bouleversée pour une tâche – bénévole – que m’a confiée l’ONU. On tente de ruiner ma réputation, ma vie et celle de ma famille. Bien sûr, l’amour et le soutien d’innombrables citoyens sont beaucoup plus importants. Mais ce qui me blesse, c’est que les États membres s’impliquent davantage pour protéger le système que le droit.

Le système?

Le système comprend des États et des acteurs privés qui soutiennent politiquement, militairement, financièrement et économiquement les violations du droit international qu’Israël commet, et en tirent profit.

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https://www.tdg.ch/gaza-le-genocide-se-poursuit-malgre-le-pretendu-cessez-le-feu-380029217510

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Gaza: «Le génocide se poursuit malgré le prétendu cessez-le-feu»

Malgré la signature d’un cessez-le-feu, le génocide se poursuit à Gaza, dénonce Francesca Albanese, qui était de passage à Genève. Entretien.

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Quelles conséquences a eues votre rapport dénonçant l’«économie du génocide»?

Ce fut un succès, car il a permis de voir Israël autrement, en s’intéressant aux causes systémiques de l’occupation illégale et de la colonisation. Le génocide ne pourrait avoir cours sans la participation et la complicité d’acteurs étatiques et non étatiques. C’est tout un écosystème, qui comprend les industries militaire, de la construction, du tourisme, des universités, des fonds de pension ou des banques. Google, Palantir, Airbnb, Microsoft… ces entreprises sont dans notre vie à tous.

Ce rapport a amplifié les revendications de boycott et de choix financiers éthiques. Il a déplu à beaucoup d’États, dont les États-Unis qui m’ont sanctionnée en tant que menace pour l’économie globale. Mais je suis contente de la mettre en danger quand elle menace la survie des populations.

Vous exercez votre fonction à la jonction entre l’institution onusienne et l’activisme. Comment articulez-vous ces rôles?

Je n’ai jamais été activiste. Mais on le devient quand des gouvernements restent passifs face à un génocide. Cela m’a amenée à endosser mon rôle de façon très engagée. Le «plus jamais ça» fait profondément partie de ma constitution en tant que citoyenne. En outre, comme Européens, avec ce qui se passe en Palestine, nous avons une possibilité de tourner notre page coloniale.

Quel regard portez-vous sur la régionalisation du conflit?

Elle ne m’étonne pas, car le projet de Grand Israël vise une domination économique et militaire de la région. Les États-Unis et l’Occident veulent créer un tampon avec la Chine et la Russie. Je vois aussi la guerre contre l’Iran comme une façon de détourner l’attention du génocide à Gaza, mais aussi des «Epstein files», une bombe atomique pour la société occidentale.

Outre le Hamas, c’est maintenant le régime iranien et le Hezbollah qu’Israël et les USA veulent faire tomber. Cette perspective n’est-elle pas souhaitable?

Les premiers à souffrir du Hamas sont les Palestiniens, et j’ai condamné sans équivoque les crimes commis contre des civils le 7 Octobre. Les criminels doivent être jugés. Mais il y a une question qui dépasse le Hamas, celle de la résistance contre l’occupation militaire.

Pour vous, le Hamas, ce sont des résistants ou des terroristes?

Ils seront toujours des résistants pour les uns et des terroristes pour les autres. Pour moi, ils sont la conséquence de l’occupation prolongée. Israël a le droit de se protéger, mais, comme l’a dit la Cour internationale de justice, pas d’occuper le reste de la Palestine historique. Encore moins de forcer les Gazaouis à vivre dans la misère la plus totale. Si nous n’avons pas d’empathie pour eux, alors quelque chose est cassé en nous.

La Palestine est un test pour l’universalisme des droits. Où est la liberté d’expression quand Israël tue près de 300 journalistes, ces «historiens de l’instant»? J’aurais attendu une solidarité de la presse internationale. Au lieu de ça, les médias occidentaux sont largement désintéressés ou complices.

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