Quant à vous dire si j'ai évolué dans ma pensée à propos de la photographie depuis 89, et plus ou moins concomitamment avec l'utilisation de la retouche numérique, je dirais que oui, plutôt.
Mais ne vous fiez pas aux apparences, j'ai le vague souvenir d'avoir tiré cette image en "retenant" (comme on dit en tirage) la petite dame sur le bord droit de l'image et donc en la faisant disparaître dans le noir.
Et s'il y a hésitation de ma part aujourd'hui, c'est plus dans le sens de la rétablir.
Après une dernière visite de l'exposition de #BarbaraCrane à Beaubourg hier, avoir, naturellement, des idées de prolongements des images des "commuters" saisis et attrapées dans le froid polaire de la ville venteuse. (En attendant de remettre la main sur les négatifs 20X25 en noir et blanc des banlieues, qui, de tout temps, formaient les paires de la série "Home").
Les enfants ne s'en sont pas aperçu hier ou ont détourné le regard, mais je pleurais en sortant de l'expo. Farewell Barbara !
C'est bien ce que je disais, c'est sans fin, puisque désormais ce sont des images de truite posée dans une assiette avec des gommettes masquant mouches, larves et fourmis qui attaquent ce cadavre de poisson.
Et je commence à toucher du doigt la caractère infini de ce projet entamé il y a deux mois de scanner absolument tous mes films et de les réinterpréter.
Il est manifeste qu'il ne me restera jamais assez de vie pour mener à bien un tel projet.
Ce dont je me réjouirais presque ...
Je scanne, je scanne ... toutes ces ektas de gens courant après leur train, et je constate, avec 36 ans de distance, à quel point ma façon de photographier était sérielle : rares sont les exceptions de cadrage comme cette photo de cette dame dans sa voiture.
Cette rareté me donne à réaliser que cette dame n'est sans doute plus, comme pas mal de ces personnes dont les visages explosent de cette vitalité typique de Chicago.
Je suis désormais assez vieux pour avoir des cadavres dans mes films.
Je suis un peu désespéré. Cela me prend à peu près une heure pour scanner, corriger et nettoyer chacune de ces images dont je trouvais qu'elles étaient déjà fort nombreuses. En fait le lot sur lequel je travaillais depuis décembre était partiel, très partiel, la partie émergée du truc, en fait c'est simple, des photos de ces personnes qui courent après leurs trains, j'en ai des centaines. Et celles que je viens de dénicher seraient plutôt meilleures que celles que j'ai déjà scannées.
Help !
Une anecdote à propos de ces personnes qui courent après leur train. Au départ ce que je cherchais à faire c'était surprendre des personnes qui courent dans le froid, et, comme je l'indique dans le texte de son catalogue c'est #BarbaraCrane qui m'a donné l'endroit parfait, là même où elle avait photographié ses propres "Commuters".
Par ailleurs je vous laisse mesurer l'écart entre la "boss" et l'élève
Quand j'ai appris la mort de Bart Parker il y a une dizaine d'années, ma tristesse s'est accentuée par le fait que nulle part dans mes petites affaires je ne trouvais une photographie de lui qui soit un peu à l'image de l'admiration immense que j'avais pour le bonhomme.
Et puis ces derniers jours en continuant de scanner mes ektas de gens qui courent après leur train, j'ai trouvé cette image de lui. Qui est parfaite.
Et la classe immuable du gars, treillis et Roleiflex.
Sans compter que la citation qui sera mise en exergue dans le générique d'entrée sera "Depuis 1839 l'humanité vit dans une chambre d'écho visuel".
Ces petits miracles que contiennent, parfois, mes planches-contacts !
Je ne peux pas cacher qu'une certaine lassitude s'installe dans la numérisation de cette série, ce sont littéralement des centaines et des centaines de personnes qui courent dans le froid après leur train que j'ai photographiées et isolées au flash, et auxquelles j'imagine des destinées pas toutes fantaisistes, toutes issues du secteur tertiaire qu'elles sont, mais lui, là, avec son carton de "thin mints" me donne une récréation bienvenue.
How about a waith of thin mint Sir ?
La ref' :
Et, de temps en temps, le miracle de deux vues contiguës qui dessinent par enchantement un panoramique parfait qui dit assez bien le souvenir que j'ai de la nuit qui tombe sur le Downtown de Chicago, ses rues qui se vident, ses immenses immeubles sombres et leurs rangées de néons, le froid, la solitude.
Dans sa façon de découper les films autrement que par rangées de six vues, je vois bien que le jeune homme que j'étais allait explorer cette voie.
Je dois l'aider à finir tout ceci.