La photographie, cette infinité de possibles à chaque image ! Avec une marge bien droite et parallèle au bord, ou à la va comme je te pousse et comme je te jette sur la vitre du scanneur ? Et lui, ce banlieusard qui courait vers son train, il en penserait quoi ? Se souviendrait-il de cet instant, marchant dans le froid, j'ai une autre vue où un affichage de la température dit -19° F (-27°C), la tête pleine d'une journée au bureau, au milieu d'une foule, mais seul dans sa tête ? Il y a 35 ans.

Quant à vous dire si j'ai évolué dans ma pensée à propos de la photographie depuis 89, et plus ou moins concomitamment avec l'utilisation de la retouche numérique, je dirais que oui, plutôt.

Mais ne vous fiez pas aux apparences, j'ai le vague souvenir d'avoir tiré cette image en "retenant" (comme on dit en tirage) la petite dame sur le bord droit de l'image et donc en la faisant disparaître dans le noir.

Et s'il y a hésitation de ma part aujourd'hui, c'est plus dans le sens de la rétablir.

Après une dernière visite de l'exposition de #BarbaraCrane à Beaubourg hier, avoir, naturellement, des idées de prolongements des images des "commuters" saisis et attrapées dans le froid polaire de la ville venteuse. (En attendant de remettre la main sur les négatifs 20X25 en noir et blanc des banlieues, qui, de tout temps, formaient les paires de la série "Home").

Les enfants ne s'en sont pas aperçu hier ou ont détourné le regard, mais je pleurais en sortant de l'expo. Farewell Barbara !

J'ai retrouvé trois boîtes de ces diapositives, étonnamment j'ai repris le coup de main pour ce qui était de démonter et remonter les caches de ces diapos. Comme autrefois je fais désormais cela sans même beaucoup regarder ce que je fais, un peu comme un écailleur qui ouvre des huîtres finalement. Et ce sont donc, à défaut de perles, de nouveaux visages qui surgissent du froid, de rush hour, de Chicago, du millénaire précédent.
La lenteur du processus de numérisation à très haute définition me laisse beaucoup de temps pour penser à d'autres associations de ces images de banlieusardes et de commuteurs de Chicago que celle initialement prévues avec des paysages urbains de la banlieue de Chicago à la chambre 20X25 (https://mastodon.social/@desordre/113678751162397886), après les images des berges givrées de la Cèze (https://mastodon.social/@desordre/113723704622801145), je pense à ces photos de foule madrilène semi-marathonnienne le soir du 31/12 (sont fous ces Ibères !)
Par ailleurs j'avais déjà "joué" avec ces photographies d'Ibères semi-marathoniens et coureuses de fond, en imposant à tous les visages une gommette du même vert que le raisin dont ils et elles tenteraient d'en avaler douze grains en moins d'une minute à minuit (sont folles ces Ibères !!
Qui dit gommettes, j'exhume prestement cette autre série d'images d'un réveillon sur lesquelles tous les visages avaient été pareillement anonymisés. Et ces images-là aussi fonctionnent assez bien avec celles des commutrices et des banlieusards de Chicago. Je commence à redouter que cela soit sans fin.

C'est bien ce que je disais, c'est sans fin, puisque désormais ce sont des images de truite posée dans une assiette avec des gommettes masquant mouches, larves et fourmis qui attaquent ce cadavre de poisson.

Et je commence à toucher du doigt la caractère infini de ce projet entamé il y a deux mois de scanner absolument tous mes films et de les réinterpréter.

Il est manifeste qu'il ne me restera jamais assez de vie pour mener à bien un tel projet.

Ce dont je me réjouirais presque ...

Et quand je dis que c'est sans fin, non il y aura bien une fin à tout ceci, je l'entrevois très bien, hélas. Nul doute vers la fin je me ferai l'effet de ce dessinateur de bandes dessinées dans "La Rubrique-à-brac" de Marcel Gotlib quémande tous les soirs à la mort de repasser le lendemain pour avoir le temps de terminer sa page de bande dessinée.

Je scanne, je scanne ... toutes ces ektas de gens courant après leur train, et je constate, avec 36 ans de distance, à quel point ma façon de photographier était sérielle : rares sont les exceptions de cadrage comme cette photo de cette dame dans sa voiture.

Cette rareté me donne à réaliser que cette dame n'est sans doute plus, comme pas mal de ces personnes dont les visages explosent de cette vitalité typique de Chicago.

Je suis désormais assez vieux pour avoir des cadavres dans mes films.

Je suis un peu désespéré. Cela me prend à peu près une heure pour scanner, corriger et nettoyer chacune de ces images dont je trouvais qu'elles étaient déjà fort nombreuses. En fait le lot sur lequel je travaillais depuis décembre était partiel, très partiel, la partie émergée du truc, en fait c'est simple, des photos de ces personnes qui courent après leurs trains, j'en ai des centaines. Et celles que je viens de dénicher seraient plutôt meilleures que celles que j'ai déjà scannées.

Help !

Naturellement mon premier réflexe est d'appuyer méchamment sur la pédale d’accélérateur, je suis indécrottable.

Une anecdote à propos de ces personnes qui courent après leur train. Au départ ce que je cherchais à faire c'était surprendre des personnes qui courent dans le froid, et, comme je l'indique dans le texte de son catalogue c'est #BarbaraCrane qui m'a donné l'endroit parfait, là même où elle avait photographié ses propres "Commuters".

Par ailleurs je vous laisse mesurer l'écart entre la "boss" et l'élève

#BarbaraCrane n'était pas ma seule prof à Chicago, tant s'en faut, il y avait notamment Bart Parker auquel j'ai commencé à montrer certaines de ces images de gens qui courent dans le froid. Et son sang n'a fait qu'un tour, il voulait que je l'emmène à cet endroit, m'assurant que lui et moi ne ferions pas les mêmes images puisqu'il se mettrait dans mon dos et lui voulait photographier des gens de dos qui s'éloignent (pour sa série "Leave And Fall"), les photographes parfois ...

Quand j'ai appris la mort de Bart Parker il y a une dizaine d'années, ma tristesse s'est accentuée par le fait que nulle part dans mes petites affaires je ne trouvais une photographie de lui qui soit un peu à l'image de l'admiration immense que j'avais pour le bonhomme.

Et puis ces derniers jours en continuant de scanner mes ektas de gens qui courent après leur train, j'ai trouvé cette image de lui. Qui est parfaite.

Et la classe immuable du gars, treillis et Roleiflex.

And who the Hell was Bart Parker ? Cela me désole grandement qu'Internet soit quasi aphone à propos de cet immense photographe. De lui il ne me reste, en dehors de son enseignement auquel je dois beaucoup, son livre "A Close Brush With Reality". J'aimerais parvenir avec #LaChambreObscure à rendre le véritable hommage que lui et d'autres méritent.

Sans compter que la citation qui sera mise en exergue dans le générique d'entrée sera "Depuis 1839 l'humanité vit dans une chambre d'écho visuel".

Ces petits miracles que contiennent, parfois, mes planches-contacts !

Je ne peux pas cacher qu'une certaine lassitude s'installe dans la numérisation de cette série, ce sont littéralement des centaines et des centaines de personnes qui courent dans le froid après leur train que j'ai photographiées et isolées au flash, et auxquelles j'imagine des destinées pas toutes fantaisistes, toutes issues du secteur tertiaire qu'elles sont, mais lui, là, avec son carton de "thin mints" me donne une récréation bienvenue.

How about a waith of thin mint Sir ?

La ref' :

Et, de temps en temps, le miracle de deux vues contiguës qui dessinent par enchantement un panoramique parfait qui dit assez bien le souvenir que j'ai de la nuit qui tombe sur le Downtown de Chicago, ses rues qui se vident, ses immenses immeubles sombres et leurs rangées de néons, le froid, la solitude.

Dans sa façon de découper les films autrement que par rangées de six vues, je vois bien que le jeune homme que j'étais allait explorer cette voie.

Je dois l'aider à finir tout ceci.

Hommage discret (et inattendu) à l'immense Cindy Sherman.
@desordre je viens de passer commande…
@peweck Tu vas voir c'était un sacré funambule du collage en argentique, son labo c'était une demi-douzaine de Beseler 45MX avec des têtes couleurs et des margeurs parfaitement repérés, et tout ça développé en tambour à l'ancienne. Il était d'une précision et d'une préméditation redoutables.
@desordre En même temps, te lancer dans une entreprise qui ne serait pas démesurée ne te ressemblerait pas...
Ceci est un compliment.
@hervechesnais Merci Hervé (pour le compliment), mais tu te rends bien compte que je n'ai plus du tout l'âge pour cette démesure. Mes yeux vont lâcher avant mes genoux !
@desordre Oui j'imagine bien Philippe. J'ai moi aussi l'âge où le corps trahit...
@hervechesnais Dans mon cas la trahison est générale ! Allez, en bon petit rugbyman, je retourne dans le paquet.
@desordre La fenêtre gouttes de pluie peut évoquer un ciel étoiles.
@desordre Oui, j'ai arrêté de faire des hommages sur mon site parce que : Nelson Mandela, Iksrak Rabin, Jacques Roubaud, Wolfgang Krolow, William Klein, Mikhaïl Gorbatchev, Christo, Jean Oury, Jacque Bouveresse, Samuel Pisar… et tous les inconnus photographiés…
@peweck Tes "cadavres" à toi ne sont pas franchement des anonymes ...