đŽMise Ă jour !
On connaßt chaque année les sommes folles versées par le
#CAC40 Ă ses actionnaires.
Mais on ne nous communique jamais combien ces
#actionnaires ont apporté aux entreprises en contrepartie.
âĄïž Mise Ă jour de mon prĂ©cĂ©dent fil, avec des donnĂ©es sur ... 20 ans ! —ïžđ§¶
Déjà , deux petites remarques depuis mes précédents calculs, qui portaient alors sur une durée de 3 ans :
- les chiffres des apports des actionnaires ont été affinés
- les dividendes payés en actions ont désormais été pris en compte
âĄTout ça donne une vue plus fidĂšle de la chose
âĄA avoir en tĂȘte : les chiffres des sommes «versĂ©es aux actionnaires par les sociĂ©tĂ©s du CAC 40» qui sont repris chaque annĂ©e par la presse sous sous-estimĂ©s.
Ils ne comptent pas les dividendes en actions ! Uniquement les sommes versĂ©es en numĂ©raire. Ăa peut faire un bel Ă©cart.
Comme on est maintenant en sĂ©rie longue, en toute rigueur je vous ai aussi calculĂ© le mĂȘme graph en euros constants —ïž
Pour limiter la confusion pour ceux qui ne maßtrisent pas bien la différence euros constants/courants, j'ai tout ramené en euros 2023 (via déflateur du PIB)
Quelques commentaires sur des Ă©lĂ©ments qui pourraient ĂȘtre trompeurs :
1- La "grande" contribution actionnariale de 2008 est un trompe-l'Ćil : presque un tiers correspond en effet au scandale du sauvetage de la banque
#Dexia par argent public.
https://www.mediapart.fr/journal/economie/240212/la-faillite-de-dexia-un-scandale-plus-grave-que-le-credit-lyonnaisLa faillite de Dexia: un scandale plus grave que le Crédit lyonnais
En trois ans, la banque franco-belge a perdu plus de 18 milliards d'euros, autant que le CrĂ©dit lyonnais! Et lâaddition finale nâest pas arrĂȘtĂ©e. Mais qui en parle ? Retour sur le cas dâĂ©cole de Dexia, symbole de la gestion de la crise financiĂšre par la France et lâEurope. Parti pris.
Mediapart2- C'est aussi intéressant de noter ce qui ressemble à un « avant/aprÚs crise 2008 » : avant cette date, le capital était déjà grassement rémunéré. Mais aprÚs cette date, les
#dividendes reprennent de plus belle, tandis que flux de financement s'est presque quasiment tari (?)
(Question ouverte : doit-on y voir une consĂ©quence de lâaction de la BCE, dâabord via lâassouplissement quantitatif et la facilitĂ© de crĂ©dit, puis par lâintervention directe sur le marchĂ© obligataire corporate Ă partir de 2016 ?
... Ce qui pourrait expliquer que les actionnaires trouvent alors des moyens plus faciles de financement sans avoir besoin de « remettre au pot », mais tout en préservant leurs dividendes « parce que pourquoi se priver » ?)
On peut aussi représenter le « flux net » des
#actionnaires : la diffĂ©rence entre combien les actionnaires apportent en financement chaque annĂ©e, et combien les entreprises leur versent en « Ă©change » —ïž
Les mĂȘmes donnĂ©es en euros constants :
Il faut bien avoir en tĂȘte que c'est CHAQUE ANNĂE.
Pour mieux se reprĂ©senter l'Ă©cart que ça reprĂ©sente, on peut, par exemple, faire la somme cumulĂ©e —ïž
âĄïžLes
#actionnaires du
#CAC40 coûtent bien plus chers que ce qu'ils apportent :
Sur les 3 derniÚres années, la ponction actionnariale sur le seul CAC40 représente une perte nette de 260 milliards d'euros, en 20 ans elle s'est élevée à 890 milliards d'euros !
Comme à chaque fois, certains vont s'écrier ici « les sociétés du CAC40 changent, ça n'a pas de sens de considérer ce périmÚtre ».
Pourtant, quand c'est le cabinet EY qui le fait, ça ne leur pose pas de problÚme :)
Mais prenons-les au mot : regardons au niveau de l'entreprise —ïž
Car maintenant quâon dispose de lâensemble des donnĂ©es sur 20 ans, on peut regarder au niveau qui nous intĂ©resse.
Sous vos applaudissements, voici TotalEnergies :
Voici LVMH, toujours dans la coquetterie :
Comme à chaque fois, certains vont s'écrier ici « oui le CAC40 verse des dividendes monstrueux, mais c'est parce qu'il n'a plus besoin d'investissement, ça permet de redistribuer l'argent pour pouvoir investir ces sommes en dehors du CAC40 ».
Alors regardons ce quâil en est đ—ïž
Hélas pour cet argument, il existe les chiffres de l'INSEE pour les entreprises françaises.
J'ai compilé les sociétés non financiÚres (SNF) et les sociétés financiÚres (SF), et voilà ce que ça donne :
A avoir en tĂȘte : lâINSEE indique le « flux net » pour les apports dâactions. Ce qui explique pourquoi les rachats, dĂ©jĂ dĂ©comptĂ©s, ne figurent pas sur le graphique.
(Petite interrogation au passage : les dividendes en actions sont-ils comptés ou uniquement ceux en numéraire ?)
Comme on est sur une sĂ©rie longue, continuons dâĂȘtre rigoureux : voici aussi le graphique en euros constants.
On y voit deux choses intéressantes :
1- Une financiarisation croissante de lâĂ©conomie, avec des #dividendes versĂ©s de plus en plus importants, jusqu'Ă la crise des #subprimes de 2007/2008
2- On y voit aussi qu'au niveau agrégé national, le flux net de financement par le capital est toujours (trÚs) largement en faveur du capital.
A lâĂ©chelle France, et donc en moyenne, le #capital coĂ»te bien plus cher aux entreprises que ce qu'il leur apporte.
Maintenant, pour mieux reprĂ©senter lâĂ©volution des Ă©carts au cours du temps, il convient de reprĂ©senter les mĂȘmes donnĂ©es mais sous forme du ratio entre les sommes attribuĂ©es aux #actionnaires et celles quâils ont apportĂ©es. —ïž
â ïžLĂ il y a une petite difficultĂ© puisque lâINSEE fournit uniquement les apports nets en actions, on ne connaĂźt donc pas les rachats dâactions (Ă ma connaissance ?). Du coup on va devoir faire un peu lâĂ©quilibriste :
En comparant les Ă©tudes qui listent les rachats dâactions sur le pĂ©rimĂštre SBF120 et celles sur le CAC40, on remarque que le
#CAC40 représente sans surprise généralement 75+% des émissions du
#SBF120.
Reste la question de l'extrapolation au niveau national cÎté et non-cÎté :
Pour la suite, on va donc estimer que les rachats dâactions au niveau national sont quelque part entre cette valeur basse (celle du SBF120), et â soyons fous â 2 fois cette valeur.
Ăa donne ça pour les sociĂ©tĂ©s françaises et celles du CAC40 —ïž
Plusieurs choses intéressantes : au niveau national, on observe que le capital se rémunÚre grosso-modo x2, de maniÚre « assez » constante.
CâĂ©tait aussi Ă peu prĂšs le cas du CAC40 jusquâĂ la crise de 2008. En revanche, Ă partir de cette date, le CAC40 a dĂ©cidĂ© de faire sĂ©cession.
(Comme quoi, Ă une Ă©poque, la rĂ©munĂ©ration du « risque » du capital a su ĂȘtre plus « raisonnable »...)
Vous apprĂ©cierez au passage la « bosse » de la crise Covid : les actionnaires ont gelĂ© leurs investissements, mais ils se sont payĂ©s comme si de rien nâĂ©taitâŠ
Mais Ă ce stade, certains vont encore dire « bon d'accord, mais l'Ă©conomie est mondialisĂ©e, les actionnaires du CAC40 investissent peut-ĂȘtre en dehors de France, on sait pas đ€·Â»
Et bien en fait, si, on sait : cette Ă©tude de l'ESRB de 2023 s'y intĂ©resse —ïž
https://www.esrb.europa.eu/pub/pdf/asc/esrb.ascreport202306_corporatecreditleverageEU~7c9e08f13c.en.pdfEt ça donne ça, pour l'Europe et les Ătats-Unis —ïž
Les apports (nets) des actionnaires c'est la petite partie en bleu cyan (négative aux US lol) ; et les sommes versées en leur faveur la partie en vert clair.
Au passage, on voit aussi que lâĂ©norme majoritĂ© du financement des entreprises est de lâautofinancement, et que l'apport en capital actionnarial est relativement marginal (j'y reviendrai plus loin).
Pour y voir un peu plus clair, et prĂ©senter les choses sous la mĂȘme prĂ©sentation que plus haut, j'ai retranscrit les donnĂ©es pour la zone euro (approximĂ©es depuis le graphique) —ïž
(En ayant en tĂȘte que lĂ câest exprimĂ© en % des actifs, et SNF uniquement)
Mais, comme Ă chaque fois, il va sâen trouver qui vont s'Ă©crier « la rĂ©munĂ©ration des actionnaires n'est pas scandaleuse, rapportĂ©e Ă la capitalisation, c'est le mĂȘme rendement qu'un livret ».
Un tel propos nâa aucun sens, Ă plusieurs titres —ïž
Ce raisonnement simpliste rapporte les sommes versĂ©es aux actionnaires⊠à la capitalisation. Ce qui, au passage, donne quand mĂȘme un taux supĂ©rieur Ă celui dâun livret, mais le problĂšme principal nâest pas lĂ : c'est n'avoir rien compris Ă ce qu'est la capitalisation boursiĂšre—ïž
Le rendement d'un livret c'est le rapport entre les intĂ©rĂȘts perçus et les sommes apportĂ©es au cours du temps.
La capitalisation ne représente pas du tout les sommes que les actionnaires ont apportées au cours du temps : elle reflÚte simplement les cours spéculatifs de la bourse.
Exemple : je dépense 20⏠pour acheter une action.
5 ans plus tard, l'action vaut 100⏠en bourse.
Le raisonnement de ces personnes est de comparer le dividende qu'on me verse, au titre de mon apport de 20âŹ, Ă la valeur de 100⏠en bourse ! đ€ŁÂ« pratique ».