Les mêmes données en euros constants :
Il faut bien avoir en tête que c'est CHAQUE ANNÉE.
Pour mieux se représenter l'écart que ça représente, on peut, par exemple, faire la somme cumulée ⤵️
➡️Les #actionnaires du #CAC40 coûtent bien plus chers que ce qu'ils apportent :
Sur les 3 dernières années, la ponction actionnariale sur le seul CAC40 représente une perte nette de 260 milliards d'euros, en 20 ans elle s'est élevée à 890 milliards d'euros !
Comme à chaque fois, certains vont s'écrier ici « les sociétés du CAC40 changent, ça n'a pas de sens de considérer ce périmètre ».
Pourtant, quand c'est le cabinet EY qui le fait, ça ne leur pose pas de problème :)
Mais prenons-les au mot : regardons au niveau de l'entreprise ⤵️
Car maintenant qu’on dispose de l’ensemble des données sur 20 ans, on peut regarder au niveau qui nous intéresse.
Sous vos applaudissements, voici TotalEnergies :
Voici LVMH, toujours dans la coquetterie :
Ou encore Sanofi :

Comme à chaque fois, certains vont s'écrier ici « oui le CAC40 verse des dividendes monstrueux, mais c'est parce qu'il n'a plus besoin d'investissement, ça permet de redistribuer l'argent pour pouvoir investir ces sommes en dehors du CAC40 ».
Alors regardons ce qu’il en est 🙃⤵️

Hélas pour cet argument, il existe les chiffres de l'INSEE pour les entreprises françaises.
J'ai compilé les sociétés non financières (SNF) et les sociétés financières (SF), et voilà ce que ça donne :

A avoir en tête : l’INSEE indique le « flux net » pour les apports d’actions. Ce qui explique pourquoi les rachats, déjà décomptés, ne figurent pas sur le graphique.
(Petite interrogation au passage : les dividendes en actions sont-ils comptés ou uniquement ceux en numéraire ?)

Comme on est sur une série longue, continuons d’être rigoureux : voici aussi le graphique en euros constants.

On y voit deux choses intéressantes :
1- Une financiarisation croissante de l’économie, avec des #dividendes versés de plus en plus importants, jusqu'à la crise des #subprimes de 2007/2008

2- On y voit aussi qu'au niveau agrégé national, le flux net de financement par le capital est toujours (très) largement en faveur du capital.
A l’échelle France, et donc en moyenne, le #capital coûte bien plus cher aux entreprises que ce qu'il leur apporte.

Maintenant, pour mieux représenter l’évolution des écarts au cours du temps, il convient de représenter les mêmes données mais sous forme du ratio entre les sommes attribuées aux #actionnaires et celles qu’ils ont apportées. ⤵️

⚠️Là il y a une petite difficulté puisque l’INSEE fournit uniquement les apports nets en actions, on ne connaît donc pas les rachats d’actions (à ma connaissance ?). Du coup on va devoir faire un peu l’équilibriste :

En comparant les études qui listent les rachats d’actions sur le périmètre SBF120 et celles sur le CAC40, on remarque que le #CAC40 représente sans surprise généralement 75+% des émissions du #SBF120.
Reste la question de l'extrapolation au niveau national côté et non-côté :
Pour la suite, on va donc estimer que les rachats d’actions au niveau national sont quelque part entre cette valeur basse (celle du SBF120), et – soyons fous – 2 fois cette valeur.
Ça donne ça pour les sociétés françaises et celles du CAC40 ⤵️
Plusieurs choses intéressantes : au niveau national, on observe que le capital se rémunère grosso-modo x2, de manière « assez » constante.
C’était aussi à peu près le cas du CAC40 jusqu’à la crise de 2008. En revanche, à partir de cette date, le CAC40 a décidé de faire sécession.
(Comme quoi, à une époque, la rémunération du « risque » du capital a su être plus « raisonnable »...)
Vous apprécierez au passage la « bosse » de la crise Covid : les actionnaires ont gelé leurs investissements, mais ils se sont payés comme si de rien n’était…
Mais à ce stade, certains vont encore dire « bon d'accord, mais l'économie est mondialisée, les actionnaires du CAC40 investissent peut-être en dehors de France, on sait pas 🤷»
Et bien en fait, si, on sait : cette étude de l'ESRB de 2023 s'y intéresse ⤵️
https://www.esrb.europa.eu/pub/pdf/asc/esrb.ascreport202306_corporatecreditleverageEU~7c9e08f13c.en.pdf
Et ça donne ça, pour l'Europe et les États-Unis ⤵️
Les apports (nets) des actionnaires c'est la petite partie en bleu cyan (négative aux US lol) ; et les sommes versées en leur faveur la partie en vert clair.

Au passage, on voit aussi que l’énorme majorité du financement des entreprises est de l’autofinancement, et que l'apport en capital actionnarial est relativement marginal (j'y reviendrai plus loin).

Pour y voir un peu plus clair, et présenter les choses sous la même présentation que plus haut, j'ai retranscrit les données pour la zone euro (approximées depuis le graphique) ⤵️
(En ayant en tête que là c’est exprimé en % des actifs, et SNF uniquement)

Mais, comme à chaque fois, il va s’en trouver qui vont s'écrier « la rémunération des actionnaires n'est pas scandaleuse, rapportée à la capitalisation, c'est le même rendement qu'un livret ».
Un tel propos n’a aucun sens, à plusieurs titres ⤵️
Ce raisonnement simpliste rapporte les sommes versées aux actionnaires… à la capitalisation. Ce qui, au passage, donne quand même un taux supérieur à celui d’un livret, mais le problème principal n’est pas là : c'est n'avoir rien compris à ce qu'est la capitalisation boursière⤵️
Le rendement d'un livret c'est le rapport entre les intérêts perçus et les sommes apportées au cours du temps.
La capitalisation ne représente pas du tout les sommes que les actionnaires ont apportées au cours du temps : elle reflète simplement les cours spéculatifs de la bourse.
Exemple : je dépense 20€ pour acheter une action.
5 ans plus tard, l'action vaut 100€ en bourse.
Le raisonnement de ces personnes est de comparer le dividende qu'on me verse, au titre de mon apport de 20€, à la valeur de 100€ en bourse ! 🤣« pratique ».

Mais ce n'est pas tout : les intérêts d'un livret rémunèrent la personne qui a apporté l'argent.
Tandis que les dividendes rémunèrent ... essentiellement des personnes qui n'ont pas apporté un centime aux entreprises !

Et oui : en bourse, seules les personnes qui achètent des titres nouvellement émis (marché primaire) apportent de l'argent à l'entreprise.
Tous les autres (marché secondaire) s’achètent des titres entre spéculateurs – l'entreprise n'en voit pas la couleur.

Quand j'achète une action sur le marché, dans la quasi totalité des cas, l'entreprise ne touche pas un centime. Mais l'entreprise me versera un dividende :)
Et quand je revends l'action je touche aussi la plus-value ! Qui s'ajoute encore à la rémunération actionnariale ci-dessus.
A ce stade, on espère que plus personne ne voit encore les actionnaires boursiers comme des "investisseurs" : ce n'est pas un investissement mais un placement.
Pour qui en douterait encore, voilà les sommes apportées par nos "investisseurs" comparées à l'investissement réel ⤵️
Notons au passage, que lorsqu’il s’agit de décider de la fermeture d'une usine, l'actionnaire la juge justement au regard du ROE (Return on Equity, ratio du profit aux... capitaux propres) et non pas à la capitalisation. Pas fou.
C’est pourquoi rapporter les sommes versées aux actionnaires à la capitalisation n’a pas de sens – du moins, n’en a que du point de vue du spéculateur, mais ne donne aucune indication du coût du capital d’un point de vue de l’entreprise.
Alors, ce coût du capital quel est-il ? ⤵️
Si on veut connaître le coût du capital (le taux de rémunération des apports actionnariaux) il faut donc connaître le cumul des sommes apportés par les actionnaires.
Problème: l'indicateur n'existe pas. Mais on dispose de deux données comptables qui peuvent nous donner une idée🥳

On pense donc tout d'abord aux "capitaux propres" : hélas, le taux de rémunération obtenu en rapportant les sommes versées aux #actionnaires aux capitaux propres est largement ... sous estimé ! ⤵️

Car les capitaux propres ne comptent pas que les sommes apportées par les actionnaires. Ils incluent aussi le bénéfice réalisé chaque année par l'activité de l'entreprise grâce aux travailleurs.
Les actionnaires apportent donc en réalité moins que les capitaux propres ! Combien ?

En toute théorie, ce que les #actionnaires apportent, c'est ce qu'on appelle le capital social augmenté des primes d'émission.
Ça tombe bien, les bilans des entreprises indiquent ce chiffre : on va donc pouvoir savoir exactement ?
Hélas, pas tout à fait ⤵️
Car d’un côté il arrive que les entreprises utilisent les primes pour certains financements, et d’un autre côté certaines opérations « comptables » gonflent aussi artificiellement ce chiffre – comme certains versements de dividendes en actions, etc.
Du coup, ça reste dur de savoir A PRIORI à quel point ce chiffre est proche ou non de l’apport réel des actionnaires.
Dans mon précédent fil sur ce sujet, j’avais pris l’hypothèse que cette donnée conduisait à sous-estimer l'apport réel des actionnaires.
Mais ça c'était avant.🥁
Car l’avantage d'avoir une série longue sur 20 ans, c’est qu’on peut désormais se faire une idée beaucoup plus précise :
en comparant les évolutions de ces deux données comptables et en les comparant à la trajectoire des apports réellement décomptés chaque année pendant 20 ans ⤵️

On voit ici à quel point les capitaux propres ont divergé de plus en plus des apports réels des #actionnaires sur la période.
Alors que, finalement, le montant « capital social + prime d'émission » suit en réalité grosso modo l’évolution.

Ce qu'on voit aussi d'intéressant, c'est qu'en 2004 la fourchette est beaucoup plus resserrée.🥳
➡️Ce qui donne un point de départ « à priori pas déconnant » de la fourchette dans laquelle se trouvaient les apports du capital à cette époque.

On peut donc recalculer beaucoup plus précisément le taux de rémunération actionnarial d’un point de vue de l’entreprise, en considérant l’évolution des apports en capitaux depuis cette date ⤵️
➡️Le taux de rémunération du capital apporté par les actionnaires du #CAC40 serait autour de 20% ! Il a été multiplié par 3 en 20 ans.
On note que dans un contexte de baisse de la productivité, le capital du CAC40 – lui – n'envisage pas de baisse de son taux de rémunération…
Comme à chaque fois, certains vont ici s'écrier « merci, meilleur argument pour la retraite par capitalisation / l'actionnariat salarié » 🙃
Hélas, c’est à nouveau confondre la différence entre marché primaire et secondaire – et l’absence de garantie pour ceux qui font mumuse.
Mais surtout c’est ne pas connaître grand-chose à la chaîne de décision et ses conséquences. L’exigence du capital pour de tels rendements n’est pas sans conséquence : tout sera fait pour maintenir cette rentabilité, à commencer par fermer des sites sur la base d’un ROE délirant.
Situé au sommet de la « chaîne de valeur » le #CAC40 est le donneur d’ordre pour ses sous-traitants.
Et s’il y a bien quelque chose qui ruisselle, c’est la contrainte de rentabilité actionnariale imposée à la tête du CAC40, qui contraint en cascade jusqu’aux sous-traitants.
On pense ici par exemple à M.A. France, victime de la cupidité de #Stellantis.
Ce que ces chiffres montrent, c'est que l’actionnariat financier est un système de prédation qui aspire la valeur des sociétés et en détruit d'autres au profit des actionnaires.
https://www.liberation.fr/economie/automobile-le-sous-traitant-de-stellantis-ma-france-en-liquidation-judiciaire-280-salaries-en-sursis-20240513_HRD7IIMSTFHARPWC3FJDUVCUF4/?redirected=1
Automobile : le sous-traitant de Stellantis MA France en liquidation judiciaire, 280 salariés en sursis

Dix ans après la fermeture de PSA Aulnay, un équipementier automobile de la même ville va fermer. Les salariés dénoncent une délocalisation de la production en Turquie par l’entreprise de Carlos Tavares.

Libération
Pourquoi ne pas alors être soi-même actionnaire prédateur ? Ceux qui se croient malins ne réalisent pas que la chasse se passe, non pas entre ceux qui ont des actions et les autres, mais entre ceux qui ont la propriété (réelle, majoritaire) des moyens de production et les autres.
Et que les quelques actions qu’ils ont acquis – que le capital leur a concédé pour faire mumuse – font que la prédation à laquelle ils pensent s'adonner est en quelque sorte auto-anthropophage : ils contribuent à tuer leurs propres jobs qui les font vivre au quotidien.

Voilà pour ces calculs et ces quelques graphiques.
Bravo à toutes celles et tous ceux qui auront lu jusque-là ! 🥳

Malgré toute mon attention, il est probable qu'il y ait des erreurs/coquilles dans mes données. Si vous en notez, faites le moi savoir !
De la même façon, je n'ai pas vérifié l’ensemble des données Vernimmen – juste corrigé quelques erreurs ici et là quand j'en ai rencontré.

@sebastientixier merci pour ce thread. C'est vraiment très intéressant. Est ce que tu as connaissance de projets d'open data, collaboratifs, de données aggrégés de ce type ?

@sebastientixier
Une petite question, je ne comprends pas ce que ce sont « les sommes apportées par les actionnaires du CAC40 ».

Parce que si ce sont les crédits faits aux banques par les actionnaires, et qui devront au final être remboursés par les travailleurs, alors on peut les mettre à zéro.

Le cas typique, c'est le système Drahi.
https://www.lemonde.fr/economie/article/2023/10/30/la-situation-perilleuse-d-altice-ou-les-limites-de-la-methode-drahi_6197358_3234.html

Sur les graphes, les sommes en bleu n'ont pas l'air d'être folles, donc je suppose que ces crédits ont déjà été retirés de l'équation.

La situation périlleuse d’Altice ou les limites de la méthode Drahi

Patrick Drahi a beau minimiser la dette colossale de son groupe en interne, l’effet de l’inflation et de la hausse des taux l’oblige, lui qui a bâti son empire à crédit, à payer l’argent plus cher. Entre ce risque financier, la stagnation de SFR et l’arrestation de son associé historique, Armando Pereira, en juillet, tout un modèle vacille.

Le Monde