Parfois, je pense que l'on a raté une occasion historique en baptisant "Euro" la monnaie unique.

Comme si pour se faire l'Europe devait tourner le dos à une partie de son histoire -la partie infime, technique, mais symbolique, de son histoire qui concerne le nom des monnaies.

Il y avait plusieurs noms-candidats qui auraient mérité davantage de considération. Exit l'Écu, bon, OK. La couronne, parce qu'évidemment non. Le Thaler, parce que trop germanique ET trop américain (origine du $).

Le mark, n'en parlons pas. La livre ? hahaha.

Pourtant tous ces noms de monnaies ont été en usage dans de grandes parties de l'Europe.

Mais il y en a un que je regrette vraiment: le florin. Lié à l'histoire de la banque italienne, à la Renaissance, largement accepté en Europe. Ça aurait vraiment eu du caractère que l'Europe se donne une monnaie appelée Florin.

On objectera que la monnaie unique ne pouvait pas s'appeler du nom de la monnaie d'un État-membre, et que “florin” était le nom de la monnaie néerlandaise.

Mais la monnaie NL était appelée Gulden (de gulden florijn - florin d'or) depuis des siècles, quoique son abbréviation soit restée fl.

Il aurait suffi de décider que le nom néerlandais de la monnaie était florijn.

Un état membre d'aujourd'hui a une monnaie appelée florin: la Hongrie (“forint”). Elle n'était pas membre au moment de décider.

En réalité l'obstacle était l'impression du nom de la monnaie sur les billets (et les pièces !)

Avec l'Euro, on s'en sort avec deux mentions : EURO+ΕΥΡΩ. Peut-être 3 à l'avenir si les utilisateurs de cyrillique arrivent à se mettre d'accord entre eux, sinon ce sera plus.

Avec le florin, il aurait fallu au moins 7 formes: Florins-Florijnen-Florinen-Florines-Fiorini-Φλορίνια-Floriinia. Plus les langues des pays ayant rejoint depuis la zone Euro. Décider dans quel ordre les imprimer.

Conclusions:

- On a raté un joli choix pour enraciner symboliquement la construction européenne dans son histoire

- Pour repousser de douloureux mais àmha inexorables choix de politique linguistique

- Il y aura une guerre intracyrillique pour savoir si on doit écrire Євро ou Евро, mais si on veut ne plus écrire que EURO en latin les Grecs vont tout bloquer

- Il existe probablement un verbe finnois qui signifie “procrastiner en faisant de la politique monétaire fiction sur Mastodon”.

@kacemlemoel L'Euro, c'est un marqueur de la principale faiblesse de l'UE : une action forcément politique qui ne s'assume pas, fait tout pour éviter la conflictualité et finit par paraître fade, sans queue ni tête, incompréhensible en somme.
@jehansanspour Tout à fait d'accord, en précisant que ce principal écueil est le produit de l'attitude ambigüe (par construction) des États membres vis à vis de l'Europe. Qui ne pourra évoluer à mon avis qu'avec l'émergence d'une presse plus européenne.