"Les bourgeois, c'est comme les cochons,
Plus ça devient vieux, plus ça devient bête
Les bourgeois, c'est comme les cochons,
Plus ça devient vieux, plus ça devient ..."
chantait Jacques Brel
Ben, pas forcément :
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Traduction de : https://www.sciencealert.com/superagers-secret-ingredient-may-be-the-growth-of-new-brain-cells
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Le "secret des super-âgés" : la neurogenèse ?
3 mars 2026
Par Michelle Starr
Selon une nouvelle étude non seulement notre cerveau semble générer de nouveaux neurones à l'âge adulte mais celui des super-âgés contient bien plus de cellules cérébrales en développement que celui de personnes en bonne santé.
D'après une étude portant sur 38 cerveaux humains adultes donnés à la science, les super-âgés – des personnes qui conservent une mémoire exceptionnelle en vieillissant – possèdent environ deux fois plus de neurones immatures que leurs pairs vieillissant de façon plus classique. De plus, les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer présentent une réduction marquée de la neurogenèse par rapport à la normale. La neuroscientifique Orly Lazarov de l'Université de l'Illinois à Chicago déclare : "Il s'agit d'une avancée majeure dans la compréhension des mécanismes cognitifs, de la formation des souvenirs et du vieillissement du cerveau humain. Déterminer pourquoi certains cerveaux vieillissent mieux que d'autres peut aider les chercheurs à développer des thérapies pour un vieillissement en bonne santé, la résilience cognitive et la prévention de la maladie d'Alzheimer et des démences apparentées."
Le débat sur la neurogenèse chez l'adulte, notamment dans l'hippocampe (centre de la mémoire), est persistant. On supposait autrefois que le cerveau de naissance était immuable. En 1998, une étude marquante a remis en question cette hypothèse, apportant des preuves que les adultes pourraient encore produire de nouveaux neurones. Des études ultérieures ont confirmé cette découverte mais en 2018 une autre affirmation audacieuse a émergé : selon le neuroscientifique Shawn Sorrells et ses collègues, la neurogenèse s'interrompt progressivement à l'adolescence. Depuis, le sujet est très controversé.
D'autres études récentes ont montré que la neurogenèse, ou son absence, pourrait jouer un rôle dans la maladie d'Alzheimer. Menée par des chercheurs de l'Université de l'Illinois à Chicago, l'équipe a examiné divers échantillons de tissu hippocampique post-mortem afin d'identifier d'éventuels marqueurs de neurogenèse et de comparer les résultats entre les différents groupes. Les échantillons cérébraux provenaient de cinq groupes : huit jeunes adultes en bonne santé, âgés de 20 à 40 ans ; Huit personnes âgées en bonne santé, âgées de 60 à 93 ans ; six personnes très âgées, âgées de 86 à 100 ans ; six personnes présentant une pathologie préclinique de la maladie d’Alzheimer, âgées de 80 à 94 ans ; et dix personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, âgées de 70 à 93 ans. Le tissu cérébral des jeunes adultes en bonne santé a d’abord été analysé afin d’établir les voies de la neurogenèse dans le cerveau adulte. Ensuite, 355 997 noyaux cellulaires individuels isolés de l’hippocampe ont été analysés à la recherche de trois stades différents de développement cellulaire : 1- les cellules souches, pouvant se différencier en neurones; 2- les neuroblastes qui sont des cellules souches en cours de différenciation et 3- les neurones immatures, sur le point d’acquérir leur fonctionnalité.
Les résultats sont frappants.
"Les personnes très âgées présentent une neurogenèse deux fois supérieure à celle des autres personnes âgées en bonne santé" explique Lazarov. "Un mécanisme cérébral leur permet de conserver une mémoire exceptionnelle. Je pense que la neurogenèse hippocampique est l’ingrédient secret et les données le confirment." Ce résultat est intéressant en soi mais c'est dans les données issues des individus présentant une pathologie préclinique de la maladie d'Alzheimer et de ceux ayant reçu un diagnostic de maladie d'Alzheimer que réside le véritable intérêt de l'étude. Dans le groupe préclinique de subtiles modifications moléculaires suggèrent un début de déclin du système soutenant le développement de nouveaux neurones. Dans le groupe atteint de la maladie d'Alzheimer une nette diminution du nombre de neurones immatures est flagrante. L'analyse génétique des noyaux a également révélé que les cellules neuronales des individus très âgés présentent une activité génique accrue liée à des connexions synaptiques plus fortes, une plus grande plasticité et au 'facteur neurotrophique dérivé du cerveau' (BDNF), une protéine essentielle à la survie, à la croissance et au maintien des neurones. L'ensemble de ces éléments peut être interprété comme un signe de résilience. La neuropsychiatre Tamar Gefen, de l'Université Northwestern aux États-Unis, explique "Nous avons toujours affirmé que les personnes très âgées démontrent qu'en vieillissant le cerveau peut être biologiquement actif, adaptable et flexible mais nous ignorions pourquoi. Cette découverte apporte la preuve biologique que leur cerveau est plus plastique et révèle que la neurogenèse de jeunes neurones dans l'hippocampe pourrait être un facteur contributif."
L'équipe indique que des recherches supplémentaires pourraient permettre d'identifier des pistes thérapeutiques pour stimuler la neurogenèse et la résilience ainsi que les facteurs environnementaux et liés au mode de vie susceptibles d'influencer le vieillissement cérébral. Le biologiste cellulaire Ahmed Disouky, de l'Université de l'Illinois à Chicago et premier auteur de l'étude, dit "Ce qui est passionnant pour le grand public, c'est que cette étude montre que le cerveau vieillissant n'est ni figé ni voué au déclin. Comprendre comment certaines personnes maintiennent naturellement la neurogenèse ouvre la voie à des stratégies qui pourraient aider davantage d'adultes à préserver leur mémoire et leurs fonctions cognitives en vieillissant."
Ces travaux de recherche ont été publiés dans la revue Nature : https://doi.org/10.1038/s41586-026-10169-4
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