https://www.revuesilence.net/numeros/531-Une-ecologie-feministe-et-decoloniale/les-saccages-des-jeux-olympiques-et-paralympiques-en-france-et-ailleurs
Saccage 2024 est un collectif de collectifs, d'habitants et d'habitantes de la Seine-Saint-Denis et de l'Île-de-France, qui est entré en résistance face aux saccages que provoquent les Jeux Olympiques et Paralympiques (JOP) de Paris en 2024, mais aussi toutes les autres éditions des JOP modernes.
En effet, les JOP ne font qu'accélérer les problèmes écologiques, les injustices sociales dans nos villes, mais aussi les problèmes démocratiques et économiques. De plus, ils véhiculent une vision du sport où les corps des athlètes sont exploités dans un horizon n'allant pas au-delà de la compétition et des sponsors.
Des saccages économiques
Depuis 1960, tous les JOP ont dépassé le budget initial et plus de la moitié ont vu leur budget doubler, participant à accroître drastiquement les déficits publics (villes et État). Par exemple, les Jeux de Londres en 2012 avaient un budget prévu de 5 milliards de dollars, et ils ont terminé à 18 milliards. Un autre exemple est Tokyo, en 2021, avec des Jeux prévus à 7 milliards de dollars et qui ont terminé à plus de 30 milliards de dollars. Pour Paris 2024, le budget avait été annoncé à la base à 6,2 milliards à l'acceptation de la candidature en 2017, avec une évaluation aujourd'hui à 8,8 milliards en 2023. La Cour des Comptes estime que le budget va continuer à monter pour atteindre les 10 milliards en 2024. La sous-estimation des budgets a lieu à chaque édition, de façon à rendre les budgets plus acceptables pour les populations, qui, en dernier, s'acquitteront du prix des Jeux via les impôts.
Finalement, les Jeux Olympiques et Paralympiques rapportent aux sponsors privés qui les financent (citons-en quelques-uns : Coca-Cola, Alibaba, Atos, Carrefour, Arcelor Mittal …) et au CIO (Comité International Olympique) qui est le propriétaire de la marque Jeux Olympiques et Paralympiques et des droits TV. (1)
Des saccages sociaux
Les JOP aggravent les injustices sociales déjà existantes sur les territoires, via notamment l'expulsion des populations les plus pauvres. Par exemple, à Rio, en 2016, 119 favelas ont été rasées, 77 000 brésilien·nes ont perdu leur toit, et plus de 25 000 familles ont été déplacées en périphéries de la ville.
À Paris, pour 2024, il y a eu l'expulsion d'un foyer de travailleu·ses migrant·es positionné sur les lieux du futur village des athlètes. Les travailleu·ses ont été relogé·es mais dans une autre ville, plus loin. Il n'y aura pas de droit au retour après les Jeux pour ces 224 personnes. (2)
De plus, l'année 2023 a été aussi le théâtre d'expulsion de pauvres, de SDF, de squats : en effet, des « Sas d'accueil temporaire régionaux » ont été mis en place pour accueillir les pauvres venu·es tout droit d'Île-de-France. (3)
Des dynamiques de gentrification vont de paire avec l'accueil des JOP sur un territoire et l'expulsion des populations pauvres. Pour Paris 2024, un exemple phare reste l'augmentation du prix à l'achat d'appartement au m². En effet, à L'Ile-Saint-Denis (93), principal ville accueillant le Village des Athlètes, qui servira pendant les JOP et sera ensuite revendu sous forme d'appartements, le prix à l'achat est de 7 000 euros le m², contre 3 700 euros aujourd'hui, au même endroit.
Enfin, les JOP accentuent les dynamiques d'exploitation et de travail dissimulé : ils recherchent 40 000 bénévoles pour faire un travail de salarié·e, alors qu'il s'agit d'un évènement à but lucratif ; les entreprises de BTP, pour les infrastructures nécessaires aux JOP, utilisent de la main d'œuvre de personnes immigrées et sans papiers ; il y a une remise en cause du droit au repos dominical, etc. (4)
Des saccages écologiques
Ce sont souvent les saccages les plus connus des JOP, notamment au travers des « éléphants blancs » qu'ils laissent derrière eux (par exemple, en France le fameux tremplin de saut à ski de Saint-Nizier, au dessus de Grenoble, qui date de 1968) : neige artificielle, transportée en camion ou en hélicoptères pour Vancouver 2010, JOP d'hiver dans une station balnéaire pour Sotchi 2014, infrastructures abandonnées après usage pour l'ensemble des éditions,…
Pour Paris 2024, signalons la lutte du quartier Carrefour Pleyel (Saint-Denis, 93), dont un groupe scolaire (Anatole France, 600 élèves) se retrouve coincé entre plusieurs échangeurs autoroutiers, dont l'un construit pour desservir le village des athlètes pour les JOP, à 5 bretelles. Ce groupe scolaire et ce quartier se retrouvent étouffés par la pollution atmosphérique de ces échangeurs autoroutiers. Une pétition adressée à Emmanuel Macron et Christophe Béchu est en ligne. (5)
Des saccages démocratiques
Paris 2024, c'est aussi une vision sécuritaire de la société, avec, au programme :
- Une expérimentation de la Vidéo Surveillance Algorithmique (VSA), permise par la loi Olympique 2 de mars 2023, qui vise à surveiller les comportements « suspects » dans l'espace public (soit le fait d'être statique plus de 300 secondes, le maraudage, la mendicité..) et permet de déclencher des alertes auprès de la police. (6)
- Des expérimentations de reconnaissance faciale à venir, notamment à Los Angeles 2028, qui a pour publicité « Votre visage sera votre ticket ! »
- Le déploiement de forces de police, d'agent·es de sécurité et, non-confirmé pour le moment, de forces militaires. Protection Sécurité Magazine annonce 30 000 à 35 000 polici·ères, 22 000 agent·es de sécurité (non trouvé·es pour le moment) et 10 000 militaires.
D'autres saccages sont aussi à déplorer, comme la vision validiste des corps des personnes handicapées aux Jeux Paralympiques (7), ou encore le fait que le CIO, par la loi Olympique 1, soit exonéré d'impôts en France, que Coca Cola, le 1er pollueur mondial soit aussi le 1er sponsor des « JOP les plus écologiques de l'histoire », soit Paris 2024… La liste est longue et la lutte continue : jamais plus de JOP, ni ici, ni ailleurs !
Les objectifs de Saccage 2024 sont les suivants :
• Enquêter sur les saccages olympiques et paralympiques (et notamment créer/traduire des ressources critiques pour les contestataires des JOP ici et ailleurs ).
• Réaliser de la contre-propagande et informer les personnes : cet objectif peut prendre de nombreuses formes : toxic-tour, affiches, brochures, présentation publique,...
• Créer et renforcer des foyers de contestation à partir de saccages
locaux et globaux : appuyer les collectifs, les outiller, construire ensemble des luttes,...
(1) Voir la liste des partenaires officiels sur le site www.paris2024.org, à la page « Financement des jeux ».
(2) Voir « À Saint-Ouen, les JO poussent un foyer dehors », Mediapart, Jade Lindgaard, 18 mars 2021.
(3) Voir « JO-2024 : le transfert de sans-abri de Paris en province fait polémique », La Croix, 23 mai 2023.
(4) Voir « JO 2024 : Zone de non-droit du travail ! », sur le site de la CGT Travail Emploi Formation Professionnelle, https://cgt-tefp.fr.
(5) Voir la pétition « Protégeons les 600 enfants de Pleyel (Saint-Denis) d'un échangeur autoroutier à 5 bretelles ! » sur le site de pétitions https://agir.greenvoice.fr/petitions.
(6) Voir « Nos arguments pour faire interdire la vidéosurveillance automatisée » sur le site de l'association la Quadrature du net, https://www.laquadrature.net.
(7) Voir la brochure « Pourquoi on s'oppose aussi aux Jeux Paralympiques », d'un militant d'Objectif autonomie, sur le site de Saccages 2024, https://saccage2024.noblogs.org
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