[Naturae] Connectivité fonctionnelle des paysages pyrénéens pour l’Ours brun Ursus arctos Linnaeus, 1758

Lien : https://sciencepress.mnhn.fr/fr/periodiques/naturae/2026/4
#naturae #biodiversité #science #museum
Connectivité fonctionnelle des paysages pyrénéens pour l’Ours brun Ursus arctos Linnaeus, 1758

La perte et la fragmentation des habitats sont responsables en grande partie du déclin de la biodiversité dans le monde, à travers une perte de connectivité des paysages qui impacte négativement la dispersion efficace et les flux de gènes. La population d’Ours bruns Ursus arctos Linnaeus, 1758 des Pyrénées est considérée en danger critique d’extinction, en raison de ses faibles effectifs, de sa forte consanguinité, de son isolement et de sa fragmentation en deux noyaux historiques. Renforcer la connectivité du paysage est essentiel pour favoriser un meilleur brassage génétique et la viabilité démo-génétique à long terme de cette population. Cette étude visait à générer des cartes transfrontalières de connectivité fonctionnelle des paysages et d’identifier les principales barrières et corridors potentiels aux mouvements pour l’Ours brun dans les Pyrénées. Pour cela, nous avons construit une carte de résistance des paysages aux mouvements en utilisant une approche basée sur l’adéquation de l’habitat qui nous a servi à modéliser ensuite la connectivité par deux approches (corridors de moindre coût et théorie des circuits). Les résultats montrent que les routes, les zones agricoles et les zones urbanisées présentent une résistance élevée aux mouvements. Les ours privilégient les altitudes intermédiaires et les corridors identifiés évitent les plus hauts massifs pyrénéens. Les cartes de corridors générées seront utiles pour identifier les zones prioritaires à aménager pour préserver ou améliorer les habitats favorables et la connectivité des paysages pour l’Ours brun, et plus généralement la biodiversité dans les Pyrénées, l’ours étant considéré comme une espèce parapluie et clé de voûte.

[Naturae] Découverte et suivi d’une population de Triops cancriformis (Bosc, 1801) (Branchiopoda: Crustacea) dans le cen...

Lien : https://sciencepress.mnhn.fr/fr/periodiques/naturae/2026/3
#naturae #biodiversité #science #museum
Découverte et suivi d’une population de Triops cancriformis (Bosc, 1801) (Branchiopoda: Crustacea) dans le centre-ouest de la France (Vienne : Nouvelle-Aquitaine)

Une petite population de Triops cancriformis (Bosc, 1801) a été découverte au tournant des années 2000 dans des ornières forestières au nord-est du département de la Vienne, alors que l’on donnait l’espèce disparue du centre de la France depuis des décennies. Les plus proches populations actuellement connues sont en effet localisées dans l’arc méditerranéen à plus de 400 km, et se rencontrent dans des habitats généralement plus ouverts. Les suivis entrepris depuis, bien que ponctuels et sporadiques, font état d’une petite population toujours en place (présence de femelles ovigères et d’œufs de résistance dans le sédiment), mais qui ne semble pas pouvoir se reproduire tous les ans, et avec des effectifs déclinants. Par ailleurs, des analyses génétiques menées en parallèle sont tout à fait compatibles avec la persistance ici d’une population relictuelle locale, et permettent d’écarter l’hypothèse d’un apport exogène (lâchers) comme il est toujours possible avec ces animaux commercialisés et très prisés des aquariophiles. Les risques à court et moyen termes pour cette petite population isolée (en l’état actuel de nos connaissances) sont présentés et discutés. Des actions de sensibilisation auprès des acteurs locaux (propriétaires, gestionnaires, municipalités environnantes) ont été entreprises et favorablement accueillies. Des essais de création de petites mares temporaires se sont révélés infructueux. Désormais, des mesures de protection et conservation plus ambitieuses, menées dans un cadre réglementaire, seraient à envisager.

[Naturae] Opérations d’éradication de prédateurs mammaliens introduits sur des îles françaises de la façade atlantique e...

Lien : https://sciencepress.mnhn.fr/fr/periodiques/naturae/2026/2
#naturae #biodiversité #science #museum
Opérations d’éradication de prédateurs mammaliens introduits sur des îles françaises de la façade atlantique européenne : une méthode, deux protocoles et trois décennies d’expérience

Confronté à un (ou plusieurs) prédateur mammalien introduit, le gestionnaire d’un territoire insulaire est amené à définir une stratégie de lutte, en associant à sa réflexion des scientifiques et des opérateurs extérieurs compétents. Cette stratégie a pour objectif final le retour à une biodiversité et à un fonctionnement de l’écosystème proches de ceux qui précédaient l’arrivée de l’espèce introduite, en éliminant les effets néfastes qu’elle exerce sur les populations ou communautés d’espèces fragiles et rares. Elle s’appuie généralement sur un objectif opérationnel d’éradication, c’est-à-dire d’élimination de tous les individus de la population insulaire concernée. Nous détaillons ici l’historique des opérations d’éradication menées principalement envers des rongeurs, Rat surmulot Rattus norvegicus (Berkenhout, 1769) et Rat noir Rattus rattus (Linnaeus, 1758), et de façon plus limitée des carnivores, Furet Mustela furo Linnaeus, 1758 et Vison d’Amérique Neogale vison (Schreber, 1777), dans des îles de la façade atlantique française appartenant à six départements (Loire-Atlantique, Morbihan, Finistère, Côtes-d’Armor, Ille-et-Vilaine et Manche). Ces opérations ont débuté en 1994. Une ancienne opération, menée au début des années 1950 avec un poison violent sur l’île Rouzic (les Sept Îles), est également rappelée. Après un descriptif de la méthodologie préconisée pour l’éradication, nous détaillons les deux protocoles appliqués successivement dans le cas des rats. Le premier, de 1994 à 2010, était fondé sur l’utilisation d’une lutte mécanique (pièges non vulnérants) suivie d’une lutte chimique (rodenticides anticoagulants). Le second, mis en pratique depuis 2016, recourt uniquement à la lutte chimique. Nous passons en revue les aspects techniques (expertise écologique ; choix de la densité des postes, du type de piège et de la molécule toxique ; nécropsies et prélèvements de matériel biologique ; calcul d’indices d’abondance), ainsi que les normes réglementaires. Alors que 95 % des rats piégés à l’issue de l’opération (premier protocole) le sont en moyenne après onze jours, 95 % des appâts consommés (second protocole) le sont en moyenne après 17 jours. Le résultat des opérations d’éradication sur les îles françaises de la façade atlantique, appliquant l’un ou l’autre des deux protocoles, est de 13 succès sur 18 opérations aux résultats connus (avec une seule opération pour le Rat noir). Une analyse approfondie des échecs montre que les opérations d’éradication du Rat surmulot utilisant l’un ou l’autre des deux protocoles ont toujours été couronnées de succès, sauf dans deux cas. D’une part, lorsque la possibilité d’une recolonisation par l’estran n’avait pas été suffisamment prise en compte, c’est-à-dire si les mesures de biosécurité consécutives au piégeage et/ou à l’appâtage étaient insuffisantes. D’autre part, lorsque les conditions d’application des protocoles n’avaient pas pu être pleinement respectées, en raison de problèmes logistiques et/ou de perturbations anthropiques inévitables. Bien que nous considérions que les deux protocoles ont permis d’obtenir des résultats très satisfaisants, nous préconisons à l’avenir le second, utilisant uniquement la lutte chimique, pour des raisons purement logistiques.

[Naturae] Synthèse des connaissances sur les fourmis (Hymenoptera, Formicidae) du Parc national des Écrins (SE France)

Lien : https://sciencepress.mnhn.fr/fr/periodiques/naturae/2026/1
#naturae #biodiversité #science #museum
Synthèse des connaissances sur les fourmis (Hymenoptera, Formicidae) du Parc national des Écrins (SE France)

La synthèse de 1686 données d’occurrence de fourmis (famille des Formicidae, Hymenoptera) identifiées à l’espèce réparties sur l’ensemble du parc national des Écrins (zone cœur et zone d’adhésion) a permis de recenser 83 espèces, soit plus du tiers de la myrmécofaune de France métropolitaine. La courbe d’accumulation des espèces montre cependant que la complétude de l’inventaire des espèces est modérée. Bien que les premières données datent de 1984, plus de 90 % des données ont été obtenues depuis 2018. Face au déficit de connaissance d’avant 2018, la stratégie du parc, qui s’est avérée efficace, a d’abord été de mobiliser les agents du parc pour des collectes opportunistes sur l’ensemble du territoire et une association spécialiste des fourmis pour l’identification, puis de faire intervenir ponctuellement des spécialistes sur le terrain. Cette pression d’échantillonnage a permis d’explorer la distribution de la diversité et des espèces en fonction du type de milieu et de l’altitude, et de révéler la présence d’espèces pouvant constituer un enjeu pour le parc. En particulier, Formica paralugubris Seifert, 1996, une espèce de fourmis rousse des bois endémique de l’ouest des Alpes et du Jura, très peu connue en France, a été détectée dans plusieurs stations. Cette espèce étant difficile à distinguer de Formica lugubris Zetterstedt, 1838, une espèce boréo-montagnarde très commune, l’identification a porté sur un double diagnostic, morphologique et moléculaire. L’inventaire a révélé d’autres espèces remarquables telles que Leptothorax gredleri Mayr, 1855, une espèce d’Europe centrale et du nord dont la seule station connue en France est celle du parc, et Leptothorax pacis (Kutter, 1945), une espèce très rare présente essentiellement dans les Alpes et les Pyrénées. L’évaluation de patrimonialité selon une méthode propre au parc n’a révélé qu’une seule espèce à considérer comme patrimoniale pour le parc : Formica paralugubris.

L’espèce incertaine et les taxons flous

La « bonne » définition de l’espèce est régulièrement remise en question par les progrès des connaissances sur l’évolution et la spéciation. Cette question est loin d’être résolue parce que la spéciation est à l’œuvre dans la biodiversité actuelle et que les taxons de rang spécifique ne sont donc pas des espèces certaines, mais plutôt des hypothèses d’espèces qui doivent être testées. Darwin mettait déjà l’accent sur l’importance des « espèces douteuses » pour son argumentation sur la variation. Nous illustrons cette propriété du vivant à résister à la classification par l’exemple des taxons flous. Ceux-ci peuvent être résumés en deux grands types, le syngaméon et les espèces naissantes. La fréquence des flux de gènes entre taxons de rang spécifique, et le rôle écologique et évolutif de l’introgression, montrent que l’espèce incertaine constitue un aspect majeur des problématiques de la biodiversité.

[Naturae] Enjeux de conservation de la macrobiodiversité des lacs de montagne français : synthèse bibliographique

Lien : https://sciencepress.mnhn.fr/fr/periodiques/naturae/2025/14
#naturae #biodiversité #science #museum
Enjeux de conservation de la macrobiodiversité des lacs de montagne français : synthèse bibliographique

Les écosystèmes lacustres de montagne sont des milieux longtemps considérés comme immuables, invulnérables et exempts de pollution à cause de leur situation isolée et de leur éloignement des activités anthropiques. Ils sont considérés comme des « sentinelles » du changement climatique pour de nombreux scientifiques car ils présentent une sensibilité prononcée aux variations climatiques. En réalité, ils subissent de nombreuses pressions à l’échelle globale mais aussi plus localement. On retrouve parmi elles l’introduction de poissons, la pression d’espèces exotiques envahissantes et de nouveaux pathogènes, une pollution du milieu se traduisant par des perturbations trophiques, chimiques et mécaniques. Cet article propose une synthèse bibliographique pour une meilleure compréhension des enjeux de conservation de la macrobiodiversité des lacs de montagne en France. Il apporte des pistes de réflexions avec la présentation de retours d’expériences sur des mesures de gestion mises en place dans ces milieux. Il offre finalement l’identification de certaines lacunes dans les connaissances actuelles, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives de recherche. Il a été réalisé sous la coordination du Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées, animateur du Groupement d’intérêt scientifique [GIS] Lacs des Pyrénées et d’ASTERS, Conservatoire d’espaces naturels de Haute-Savoie, animateur du GIS Lacs sentinelles.

[Naturae] Diagnostiquer un problème de santé dans une colonie de Chiroptères : exemple d’une mortalité atypique de Petit...

Lien : https://sciencepress.mnhn.fr/fr/periodiques/naturae/2025/13
#naturae #biodiversité #science #museum
Diagnostiquer un problème de santé dans une colonie de Chiroptères : exemple d’une mortalité atypique de Petit Molosse de La Réunion, Mormopterus francoismoutoui Goodman, Jansen Van Vuuren, Ratrimomanarico, Probst & Bowie, 2008

Les maladies des Chiroptères sont peu documentées et leur rôle dans le déclin des populations probablement insuffisamment pris en compte. Dans ce contexte, il est essentiel de disposer d’un système de détection et de diagnostic précoce et pluridisciplinaire de la mortalité chez les Chiroptères. Le réseau SMAC (Surveillance de la Mortalité anormale des Chiroptères), animé par l’Office français de la Biodiversité et basé sur l’implication des chiroptérologues sur le terrain, constitue l’un de ces outils de vigilance, depuis 2014 dans l’hexagone et depuis 2018 à La Réunion. En janvier 2023, ce réseau a enregistré une mortalité anormale de Petits Molosses de La Réunion Mormopterus francoismoutoui Goodman, Jansen Van Vuuren, Ratrimomanarico, Probst & Bowie, 2008. Des investigations d’urgence ont été mises en place afin d’établir rapidement un diagnostic, évaluer les risques pour la population de chauves-souris et les populations humaines, et éclairer la décision publique pour la gestion de cet évènement. Celles-ci n’ont pas permis de conclure avec certitude sur les causes de cette mortalité mais orientent vers un stress environnemental. Cet exemple illustre bien les difficultés propres aux investigations dans la faune sauvage en liberté.

Étude du retour de la Loutre d’Europe Lutra lutra (Linnaeus, 1758) sur le fleuve Lez grâce aux méthodes non-invasives de suivi des populations et une collaboration étroite entre structures académiques et territoriales

Nous étudions la Loutre d’Europe (Lutra lutra (Linnaeus, 1758)) dans le fleuve côtier du Lez, près de Montpellier, en zone de recolonisation d’un milieu anthropisé. L’objectif est de mieux comprendre la dynamique d’installation de l’espèce. À travers des méthodes d’échantillonnage non-invasives telles que le piégeage photographique, l’ADN environnemental et la recherche d’épreintes, nous posons des questions liées à la période d’activité de l’espèce, à son régime alimentaire, aux interactions interspécifiques et aux origines géographiques des individus détectés. Nos résultats indiquent une activité principalement nocturne, probablement liée à la pression humaine sur le cours d’eau. Le régime alimentaire est dominé par des poissons comme le Chevesne (Squalius cephalus (Linnaeus, 1758)), mais la loutre montre une grande plasticité, consommant également des espèces exotiques envahissantes comme l’Écrevisse de Louisiane (Procambarus clarkii (Girard, 1852)). Des interactions avec d’autres espèces, comme le Renard (Vulpes vulpes (Linnaeus, 1758)), sont également documentées. L’origine des populations locales semble venir du nord, contrastant avec celles du bassin de l’Hérault. Notre étude souligne l’importance de restaurer les petits cours d’eau et d’améliorer leur connectivité (trame turquoise) pour la conservation de l’espèce. Elle intègre aussi une dimension interdisciplinaire en combinant sciences écologiques et sociales, avec une enquête sur les perceptions locales de la loutre. Enfin, la médiation scientifique est abordée à travers l’élaboration d’une valise pédagogique et la création d’un « havre de paix » pour la loutre afin de sensibiliser à la préservation des zones humides et favoriser la cohabitation durable avec l’espèce.

[Naturae] L’art de la squelettochronologie : outils et limites chez les tortues marines

Lien : https://sciencepress.mnhn.fr/fr/periodiques/naturae/2025/11
#naturae #biodiversité #science #museum
L’art de la squelettochronologie : outils et limites chez les tortues marines

La squelettochronologie est l’étude de la croissance périodique de l’os chez les vertébrés et comment on peut obtenir l’âge des individus. Cette méthode, proche de la dendrochronologie qui étudie les cernes annuels chez les végétaux ligneux, est appliquée chez les reptiles et les amphibiens depuis une centaine d’années. Son utilisation chez les tortues marines est plus récente et a permis de fournir des réponses à des questions restées sans réponse comme l’âge des individus, la vitesse de leur croissance ou leur âge à maturité. Une analyse critique de la littérature scientifique est effectuée. De nombreuses incertitudes subsistent quant à la réelle capacité de cette méthode à fournir un âge aux individus des sept espèces de tortues marines. Des pistes d’amélioration sont proposées mais certaines difficultés resteront sans doute toujours un frein pour la généralisation de cette méthode.

[Naturae] Suivi à long terme du déplacement d’une espèce en danger critique d’extinction : la Grande Mulette Pseudunio a...

Lien : https://sciencepress.mnhn.fr/fr/periodiques/naturae/2025/10
#naturae #biodiversité #science #museum
Suivi à long terme du déplacement d’une espèce en danger critique d’extinction : la Grande Mulette Pseudunio auricularius (Spengler, 1793)

Dans le cadre de la construction de la ligne grande vitesse Sud Europe Atlantique (LGV SEA), une mesure de déplacement d’une station de la très rare Grande Mulette Pseudunio auricularius (Spengler, 1793) a été réalisée en 2012. Au cours de ce déplacement, 63 individus ont été déplacés sur deux stations proches, situées en amont du site impacté sur la Vienne. L’article présente en détail les choix techniques effectués, le protocole de déplacement mis en place, ainsi que le suivi des individus sur dix ans. Le suivi met en évidence des différences de mortalité entre les classes d’âges mais pas entre les sites. Les juvéniles déplacés n’ont pas subi de perte d’individus après déplacement, quand les adultes voyaient leur effectif diminuer de manière constante jusqu’à t+48 mois. Cette diminution n’est pas statistiquement différente de celle d’un échantillon témoin. Des évolutions majeures de fonctionnalité d’un des sites de report ont été observées et ont déclenché la mise en place d’une mesure de restauration. En cela, la mise en place des suivis sur le long terme est nécessaire afin de suivre les individus et l’intégrité des sites de report.