Pascal Auger : Compostelle avec Philippine, trisomique
Pascal Auger, journaliste/conférencier québécois, nous livre une nouvelle chronique en ce mois d’octobre.
Compostelle avec Philippine trisomique
« Le projet de base a été un peu fou. On a avancé année après année en faisant des centaines de rencontres. »
Dans un monde où les chemins de vie sont souvent tracés de manière traditionnelle, certaines aventures parviennent à briser les conventions et à nous inspirer. C’est le cas de Cyprien et de sa fille Philippine qui ont parcouru plus de 2200 kilomètres entre Paris et Saint-Jacques de Compostelle d’une manière unique.
« On est parti en 2019 et avec ma fille Philippine, on a marché six ans sur les chemins »
Faire le chemin autrement
Partir de son domicile de Paris à pied n’est pas la seule originalité du projet de Cyprien. Il choisit un itinéraire détourné, passant par Vézelay, hors des sentiers battus. Cette décision audacieuse incarne l’esprit de leur périple. Ils ne sont pas partis en quête d’un simple record ou d’un défi personnel banal. Pour eux, le chemin vers Compostelle est une véritable odyssée familiale, ponctuée de moments de complicité incomparables. Philippine, porteuse de trisomie 21 et d’une cardiopathie, est transportée dans un chariot par son père, symbolisant la fusion de l’effort physique et de la tendresse paternelle. Cette démarche reflète leur manière d’aborder la vie, tout comme le font les pèlerins qui empruntent le Chemin du Québec, en réinventant leur rapport au territoire et aux autres.
« C’est un peu à l’image de Philippine, qui parfois prend des chemins détournés pour y arriver. »
Les six années d’un cheminement
Cette philosophie s’incarne dans chaque kilomètre, dans chaque nuit passée chez des anciens pèlerins, dans chaque échange sur le bord du chemin. La logistique d’un tel voyage avec une enfant aux besoins particuliers a nécessité une préparation rigoureuse. Malgré les incertitudes, l’envie de vivre une expérience exceptionnelle a triomphé.
Marcher un tronçon chaque été pendant six ans a permis à leur relation d’évoluer. Chaque étape est unique et Philippine a grandi, pris de l’assurance, exploré, tissé des liens. Ce rythme leur offre une progression douce, un enracinement dans la lenteur et la régularité. Le chemin devient leur terrain de complicité, leur école de résilience et un moyen d’inscrire Philippine pleinement dans la société pèlerine. Chaque rencontre enrichit l’expérience humaine et renforce leur lien.
« Elle prenait son indépendance dans les albergues et on a chacun trouvé notre rythme. »
L’arrivée, et après ?
La veille de la Saint-Jacques, ils atteignent Santiago. Pour Cyprien, c’est la cerise sur le gâteau, mais le gâteau compte tout autant. Des caméras les filment, un documentaire se prépare, peut-être un livre. Mais au fond, ce qu’il retient, c’est l’essence même de cette marche : Philippine, par sa joie et sa lumière, a porté son père autant qu’il l’a portée. Ensemble, ils ont avancé pas à pas, sur un chemin aussi intérieur que géographique, comme peuvent le dire aussi ceux et celles qui s’élancent sur le Chemin du Québec, convaincus que chaque pas compte plus que l’arrivée. Cyprien nous laisse avec ce message simple transmis par un homme et sa fille.
« Arrêtez de vous poser la question, lancez-vous. »
- Pascal Auger
- Journaliste/conférencier
- www.QuebecCompostelle.com
Vous pouvez retrouver les précédents articles de Pascal Auger sur culturemarche.com, sur ce lien.
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