Oui, je sais. Si l’on considère que le palais, c’est une affaire de goût, on retombe sur les cinq sens couramment admis par la culture populaire. C’est d’ailleurs un conseil d’écriture très répandu : pour aider votre lecteur à s’immerger dans vos textes, basez vos scènes autrement que sur des descriptions visuelles ou auditives.
Rouleaux de printemps, par phamkhanhquynhtrang (Pixabay) De nombreux sites sur les internets abordent l’intérêt de mettre en œuvre les cinq sens pour accrocher le lecteur. Ils donnent de multiples exemples qui guideront sur l’emploi de divers champs lexicaux ou listes de qualificatifs. D’autres inviteront l’auteur à la subtilité, leur offrant d’évoquer la surface rugueuse d’un vieux vêtement ou la note sucrée d’un parfum vaporeux, laissant le cerveau du lecteur raccorder la description au sens concerné. Les plus poètes joueront avec des figures de style parfaitement ciselées.
Toutes ces approches sont valides, et je ne suis pas meilleur auteur qu’un autre.
Souvent, je préfère une narration directe, qui laisse peu de place à la poésie ou aux métaphores, mais en fonction de mes manuscrits, il y a quelques subterfuges — pour ne pas dire gimmicks — auxquels j’aime bien me livrer. C’est particulièrement vrai pour les « Aventures occultes de Lady Bradsley », aussi bien le premier tome qui couvre le début du XXe siècle allant de 1904 à 1916, que « Le sceau des ténèbres » qui nous plonge dans la Grande Dépression de 1929. L’un des concepts sous-jacents de chacun de ces livres est simple : cinq épisodes, reliés entre eux par un fil rouge. Cinq enquêtes paranormales, dans cinq pays différents, où l’héroïne se confronte au monde surnaturel propre à la culture visitée.
Évidemment, j’essaie d’y mettre en mouvement tous les sens du lecteur, au fil de toutes ces pages, mais il est un sujet avec lequel je me régale, littéralement. Si les aventures de Lady B. sont autant d’invitations au voyage (c’est un retour que j’ai régulièrement), quoi de mieux que la découverte culinaire d’un pays pour transporter mes lecteurs et les dépayser ? Vous comprendrez mieux maintenant la place discrète mais systématique que j’accorde aux repas typiques des régions traversées, au cours de chaque épisode. Je n’évoque que rarement les goûts ou les ressentis des dégustateurs, mais je ne manque jamais de m’attarder sur la composition des assiettes de mes protagonistes. Ce faisant, je glisse subtilement le lecteur dans la peau d’un touriste, je fais appel à sa mémoire personnelle ou simplement à son imagination.
C’est ainsi que je ne fais pas directement intervenir le goût dans mes écrits et que je dépasse les quelques poncifs liés aux saveurs sucrée, acide, amère, salée, voire même umami (vous la connaissiez, celle-là ? Bravo, très peu de personnes la citent spontanément, sans doute en raison de ses origines spécifiques nippones, les japonais ayant un mot pour absolument tout). En m’en référant directement à la gourmandise du lecteur, j’apostrophe le mécanisme de récompense de son cerveau, espérant susciter son plaisir pour mon texte, au final. Un petit exemple de mise en appétit ?
« Leur hôtesse leur offrit des tamales, pour le dîner : de savoureux petits pâtés de viande, cuits à la vapeur dans des feuilles de bananiers. Ils se régalèrent de ce repas simple, partagé avec leur famille d’accueil dont les trois enfants considéraient les Occidentaux avec beaucoup de curiosité. »
— Le poignard et le Nahual, in « Les aventures occultes de Lady Bradsley: le sceau des ténèbres, 1929 »
Voilà, je n’y consacre pas forcément plus d’effort ou de temps que cela, mais cela semble assez bien fonctionner dans l’ensemble. Et vous, quels sont vos astuces et gimmicks qui participent à l’immersion de vos lecteurs dans vos univers ?
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